‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 112 sur 249 · MONSIEUR DE LA CHANCE · texte numérisé non relu

MONSIEUR DE LA CHANCE

L'autre soir, monsieur De la Chance , Un joueur qui gagpnait toujours, S'endormit ayant fait d'avance Sa prière de tous les jours :

« Mon Dieu , vers moi daignez descendre ; J'ai bien des titres au porteur :

Faut-il les garder ou les vendre?

Conseillez-moi , mon bon Seigneur. » —

« Me voici ! » dit une \<n% forte; Et le dormeur, se soulevant , Vit se dresser devant sa porte Un mort qui paraissait vivant.

« Qui va là? — Palsembleu , mon maître , Dit le spectre d'un ton strident, Tu ne veux pas me reconnaître?

Nous sommes frères cependant.

— Mais ton nom? — Voilà bien les hommes ! N'as-tu pas, d'après mes rapports, Encaissé d'assez fortes sommes

Sur les primes et les reports?

J'étais ton ami véritable; C'est moi qui dirigeais ton jeu.

Il faut bien que je sois le diable

Car je ne suis pas le bon Dieu.

— Qui, toi, Satan? arrière, arrière!

Je suis loyal et bon chrétien ;

Je fais tous les soirs ma prière ; J'ai tout payé, je ne dois rien.

— Ha , ha ! nous passons la mesure :

J'ai des amis, bel innocent,

Qui font ce qu'on nomme l'usure Pour gagner dix écus sur cent.

Ici , la chose est différente :

Ton argent, que je gouvernais.

T'en rapportait de vingt à trente :

Tu vois bien que tu me connais! » —

Alors, le pauvre De la Chance Se signait et tendait lés bras :

« Si j'ai péché, c'est ignorance; Mon Dieu, ne m'abandonnez pas!

CliAiNSOiNS. 205

Pour toi, je ne veux plus t'entendre; Va-t'en , démon ! . . . Un mot pourtant Faut-il garder ou faut-il vendre?

— A la bonne heure! » dit Satan.

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