‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 114 sur 249 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

d'un lÊTUDIANt A UNB ^TUDIAWTR.

Je t'ai promis 9 petite folle, De t' écrire au moins une fois Avant ma rentrée à l'école ; J'obéis toujours, tu le vois.

Que te dirai-je? Que je t'aime....

Méchante , vous le savez bien.

Puis , tu me répondrais de même , Et cela ne prouverait rien .

Parlons plutôt de mon voyage :

Je m'amuse comme un enfieint; Je suis chez mon osnde-héritage De qui tu rêves si souvent.

Toi qui n'as jamais, que je pense « Dépassé Saint-Gloud ou Pantin , Tu te figures que la France N'existe qu'au pays Latin.

Détrompe-toi , ma bonne amie , La province a des habitants Qui vivent avec bonhomie.

Et qui sont toujours bien portants.

Ils ont un soleil mag[nifique, Un air pur, un vaste horizon; Depuis que le printemps abdique, L'automne est la douce saison.

Je vois d'ici des paysages Gomme on en peint dans les tableaux ; Les prés , les bois et les villages Posent exprès sur les coteaux.

Là-haut , la butte aride et sèche ; J'y chasse , sans savoir pourquoi ; Là-bas , la rivière où je pèche , Ce qui me fait penser à toi.

Puis , c'est une saveur champêtre Qui semble sertir du terroir; < Des paysans , sans me connaître , En passant, me disent bonsoir.

Tu ne te doutes pas des choses Que l'on peut apprendre en courant :

Sais-tu ce qui produit les roses? — Des rosiers. — Cela te surprend ;

£<:j GUSTAVE NADAUD.

Car tu n'as jamais lu Malherbe , Ni BufFon, ni monsieur Cousin.

On fait le foin avec de Tlierbe , Et le vin avec du raisin.

. Une autre chose que j'admire, Ce sont les moulins : c'est charmant ; Cela tourne à mourir de rire ; On n'a jamais bien su comment.

Il faut que je te dise encore Que je suis vivement épris D'une étrangère : c'est l'aurore , Qu'on n'a jamais vue à Paris.

Ce matin, près de la rivière, Je marchais, un livre a la main; J'ai découvert une chaumière Où ne conduit aucun chemin;

Un toit de mousse et de verdure , Étroit pour un , large pour deux ; Un nid construit par la nature Pour abriter un couple heureux.

Et je me disais que la vie Y pourrait être douce un jour, Pour peu que ma philosophie Se parfumât de ton amour.

Et voilà les rêves que j'aime.

En attendant les jours frileux , Et ma chambrette du cinquième Et le cours de Duranton deux.

C H AN SOIS s. 2(59

Adieu, ma chatte; sois bien so(je, Tiens tout ce que tu m'as promis , Et réponds à mon griffonnage En me parlant de nos amis.

Adieu , je t'embrasse à pincettes Sur ton col blanc , sur ton œil noir, Et surtout sur les deux fossettes Qui m'ont pris mon cœur, un beau soir.

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