REPONSE
DE l'ÉTUDIANTR a l'I^TUDI A .\T.
Mon bon ami , je prends la plume Qui restait h mon vieux chapeau , Et, pour écrire ce volume, Je la taille avec ton couteau.
Tu me demandes des nouvelles De nos amis — Ne sais-tu pas Que les oiseaux ont pris leurs ailes.
Et que je suis seule ici-bas?
L'an dernier, le jour de ta fcte , Tu me menas à l'Odcon Pour applaudir le drame honnête De tes amis Paul et Léon ;
Et l'on joua la pauvre pièce Devant trois polytechniciens , Treize claqueurs, une négresse, Et puis nous deux ; tu t'en souviens?
Voilà , mon cher, l'image exacte De notre Paris si changeant; Je demande le cinquième acte , Ou qu'on me rende nion argent !
On ne reconnaît plus personne ; Quelques familles d'Albion S'en vont regarder la Sorbonne,
Ou visiter le Panthéon.
Berthe, en ce moment , se repose Chez ses parents , dans un château ; C'est en- Auvergne, je suppose :
Elle a deux oncles porteurs d'eau.
Clara, tu sais, celle qui boite, Cherche en Espagne le Pérou ; Angèle est sur la rive droite , Clarisse est on ne sait pas où.
Enfin , nos meilleures amies De leur mieux savent s'arranger; Elles font des économies Sur la province et Tétranger.
Et moi, je reste et je travaille, En comptant les nuits et les jours; Je me fais un chapeau de paille.... Que dis-je? un chapeau de velours.
Ce matin, j'ai vu Marguerite ; Sur ton compte je m'alarmais ; Elle a fait une réussite ; Les cartes ne mentent jamais.
GUAINSONS. 271
Venez , monsieur, que l'on vous g[ronde ! • Je voyais clairement là-bas Certaine demoiselle blonde Qui me causait bien du tracas.
Le carreau perd , le trèfle gagne ; L'as de pique est bien négligent; Cœur... c'est un homme de campagne Qui doit m'envoyer de l'argent.
D'ici, moi, je ne puis connaître Quel est ce campagnard charmant ; Cherche qui cela pourrait être, Et dis-le-moi très-promptement.
On a beau rester sage et sobre , On a sa table et son loyer; Tu sais que le terme d'octobre Est toujours le diable à payer.
J'ai d'autres choses à te dire; Mais tu vas être bien contrit ; Je n'oserais jamais écrire Tout ce qui me vient à l'esprit.
Aussi, mon ange, j'y renonce, Pour ne pas flatter mon prochain.
Songe que j'attends ta réponse Avant le huit du mois prochain.
Adieu, laisse là ta rivière.
Ton foin , ton oncle , et pense à moi ;
Si tu possèdes la chaumière ,
Le cœur est ici tout à toi.
Ma main a besoin de la tienne ; Je fais des rêves absorbants....
Si tu passes par Saint-Étienne, Apporte-moi quelques rubans.