‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 123 sur 249 · LE GAZ A L'INSTITUT · texte numérisé non relu

LE GAZ A L'INSTITUT

Passants, écoutez la complainte D'un réverbère trépassé.

Ouvrez l'oreille au glas qui tinte, Et saluez une âme éteinte D'un requiescai in pace.

Nous étions encore cinq frères, Cinq invalides, cinq débris; Nous nous abritions sous nos verres , Pour nous cacher, vieux réverbères, Au centre du nouveau Paris.

C'était à l'Institut de France; Nous y vivions obscurément.

Dans la naïve confiance Que l'égide de la science Couvrirait notre monument.

Les vieilles croyances sont mortes ; Les dieux païens n'ont plus d'autels.

Esprit moderne , tu l'emportes ; Le gaz s'avance : il bat les portes Du temple où sont les immortels.

Jusque dans mon dernier asile Il creuse un canal souterrain ;

Il se glisse , hideux reptile , Allongeant son tuyau fossile Sous le parvis de Mazarin.

Oh ! que dira rAcadëmie, Lorsque, sortant de son sommeil, Un aigle de l'astronomie Se verra frappé d*ophthalmie Aux feux d*un nocturne soleil?

Écoute mon vœu prophétique :

Tu périras, gaz de l'enfer. Supplanté , comme un empirique , Par quelque démon éleètrique , • Qu'on appellera Lucifer.

Adieu , mon maître , mon lampiste ; Tu me traitas avec douceur.

Ton office était d'un artiste ; Voudras-tu , pauvre Jean-Baptiste , Passer à l'état d'allumeur?

Adieu; ma carrière est brisée; L'huile \i\ manquer au ressort; Ma dernièi^ç mèche est usée ; Qu'on me mette dans im musée Avec la date de ma mort 1

Et vous, amoureux solitaires, Quand vous traverserez ces cours, Cherchant d'impossibles mystères , Souvenez-vous des réverbères Contemporains de vos amours !

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