‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 204 sur 249 · MONTAGNE ET VALLÉE · texte numérisé non relu

MONTAGNE ET VALLÉE

Sur le mont couronné de glace Je gravis depuis le matin ; Je veux , pour y marquer ma trace , Atteindre son sommet lointain.

Épuisé , je m'arrête en route , A mi-côte, au milieu du jour; Mes yeux se ferment, et j'écoute Deux voix qui parlent tour à tour :

« Monte vers moi, dit la monta^j^ne; Choisis les plus âpres chemins :

Comme l'aigle sur la campajjne Tu planeras sur les humains.

Tu boiras le vent des orages; Le soleil fixera tes yeux ;

Tes pieds seront dans les nuages , Et ton front touchera les cieux. »

— « Descends vers moi, dit la vallée; C'est à mon modeste niveau

Oue la vie obscure et voilée S'écoule comme un clair ruisseau.

Mon égale température Sied à l'oiseau comme à la fleur.

J'ai l'abri contre la froidure, Et l'ombre contre la chaleur. »

— « Monte vers moi , dit la montagne ; On se grandit en s'élevant; L'ambition est ta compagne,

Et la gloire marche devant.

C'est de l'azur des hautes cimes Que se nourrissent lés grands cœurs De ces égoïstes sublimes.

Les poètes et les vainqueurs. »

— « Descends vers moi, dit la vallée; Mon eau sort du glacier voisin ,

eu AN SOIN s. 473

Mais elle ne devient peuplée

Qu'en se réchauffant dans mon sein.

Ici j des humaines tourmentes

Expirent les chocs furibonds;

Ici sont les femmes aimantes

Et les hommes simples et bons. »

Ainsi m*ont parlé, dans un rêve, Les deux voix d'en haut et d'en bas Je n'hésite plus, je me lève; Qu'un bon esprit guide mes pas !

Je suis ma pente naturelle , Et je vais où courent les eaux, Où l'affection me rappelle, Où sont les fleurs et les oiseaux.

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