LA DEMOISELLE DU CHATEAU
Lu demoiselle du château S'assied pensive à sa fenêtre.
Elle voit les {;ens du hameau Monter, descendre et disparaître Sur les deux versants du coteau.
tt Bonjour, ma bonne demoiselle. »
C'est Mathurin, le gros fermier :
tt Beau temps, dit-il, pour un rentier, Mais non pour l'avoine en javelle.
Le froment que j'ai récolté Rapporte moins qu'il n'a coûté.
Adieu, ma bonne demoiselle. »
— « Bonjour, ma bonne demoiselle. »
C'est le médecin du canton ,
Monté sur son cheval breton :
«Je vais, dit-il, où Ton m'appelle.
Un jour ici, demain là-bas; La fièvre ne pardonne pas.
Adieu,' ma bonne demoiselle. »
— « Bonjour, ma bonne demoiselle. »
C'est la laitière au teint vermeil; Elle chemine en plein soleil;
Son grand chapeau lui sert d'ombrelle. « Je n'ai vendu que la moitié De notre lait. C'est grand'pitié.
Adieu, ma bonne demoiselle. »
— « Bonjour, ma bonne demoiselle. »
C'est un berger menant troupeau :
« Je vais , dit-il , vendre un agneau , Ce pauvre petit-là qui bêle.
Oh ! voyez-vous , lé cœur se fend , Car un agneau , c'est un enfant.
Adieu, ma bonne demoiselle. »
— « Bonjour, ma bonne demoiselle. »
C'est le vieux curé du pays :
« Je vais chez la mère Louis Recevoir son âme immortelle.
Elle avait quatre-vingt-trois ans.
Priez pour les agonisants.
Adieu, ma bonne demoiselle. »
Adieu, la bonne demoiselle.
Berthe rentre et pense tout bas
Que chacun travaille ici-bas.
a A quoi suis-je bonne? dit-elle; J'irai voir mes pauvres demain. »
Une voix répond du chemin :
a Merci, ma bonne demoiselle. »