ANACHARSIS EN FRANCE
Anacharsis, ressuscité,
Voulut connaître un jour la France ,
Pour juger du progrès immense
Qu'a dû faire l'humanité.
Que de bienfaits pour tant de peines !
Et cependant la Grèce — Athènes. . . .
Avant d'arriver à Paris ,
Il avait fait le tour du monde ;
Il vit que la terre était ronde :
a Que nos pères seraient surpris!
Dit-il; l'antiquité radote.
Et pourtant Platon.... Hérodote.... »
Il vit d'énormes monuments Acropoles de l'industrie, Parthénons de cavalerie Où s'exercent les régiments.
Il vit des dieux faits sur modèle ; Mais Phidias — mais Praxitèle
Il vit plus d'un peintre pareil Barbouiller des toiles étroites ;
Un autre avait placé des boites Et laissait faire le soleil.
Le dieu du jour lui soit fidèle !
Mais Parrhasius.... mais Âpelle....
Il suivit la Chambre et les cours , Il lut des colonnes de prose Disant toujours la même chose , Quoique paraissant tous les jours, Et des harangues par centaines.
Mais Përiclès mais Démosthènes....
Au théâtre il allait le soir Pour applaudir nos grands artistes ; Il admirait les machinistes Et cessait d'entendre pour voir.
* La statue était sous le socle ; Mais Euripide mais Sophocle...
Il était sensible aux douceurs
Des vers unis à la musique :
Il vit dans maint endroit lyrique
Que les deux sœurs ne sont plus sœurs.
« Je ne suis, dit-il, qu'un barbare;
Mais Anacréon.... mais Pindare ^
Par-dessus tout il s*affola
Des découvertes de notre âge.
« Être savant c'est être sage ,
Disait-il; le progrès est là.
Tout foyer échauffe et dilate;
Mais Pythagore mais Socrate.... »
« Eh bien y se dit Anacharsis,
Le inonde est-il meilleur? Peut-être.
Pour en juger, il faudrait natti*e
Et n'avoir pas vécu jadis.
Tout va , tout marche , tout progresse ;
Mais la jeunesse la jeunesse ! . . . »