LE CHATEAU DU FOU
Sur le sommet de la colline S'élève un château tout récent , Qui déjà semble une ruine ; Il fixe les yeux du passant.
Sous le jeune lierre qui pousse On voit se rider ses grands murs , Comme ces fruits rongés de mousse Qui tombent avant d'être mûrs.
Je gravis à travers la lande :
Un homme était sur le coteau; Je Taborde et je lui demande Quel est le nom de ce château.
a Si vous voulez qu'on vous le dise , Allez ici, là, n'importe où :
C'est le château de la marquise...
Mais non , c'est le château du fou.
tf Voilà , si vous voulez les croire ,
Ce qu'ils vous répéteront tous.
Mais moi , je connais cette histoire » ,
Ajouta-t-il d'un ton plus doux.
tt II passa dans cette contrée , J'étais jeune, voilà longtemps, Une femme belle et titrée, Baronne et veuve avant vingt ans.
« Un jeune homme du voisinage Conçut pour elle un fol amour.
La dame accepta son hommage
Et crut le payer de retour.
« Ce n'était pas une chaumine Qui convenait à son blason :
Un château dut sur la colline Succéder à l'humble maison.
« Tout amant ici-bas élève Un temple à sa divinité :
Les uns bâtissent dans le rêve , D'autres dans la réalité.
c( La dame voulut elle^^méme
Dresser le plan de son château.
Rien n'est coûteux pour ce qu'on aime;
Rien n'est trop grand , rien n'est trop beau
a Pour extraire les pierres blanches , On taille le sol en gradins.
Les forêts fournissent les planches, Les prés se changent en jardins.
tt Plus de vendanges dans la vigne , Plus de moissons dans les guérets :
Le désert allonge sa ligne...
Mais après, direz- vous, après?
ce Un couple d'oiseaux se sépare ÀTant d'avoir construit son nid.
La destinée est si bizarre !
Le château ne fut pas fini ,
« Car notre baronne est marquise.
Le manoir loge le hibou,
Et le paysan le baptise
De ce nom : le château du fou.
a Vous me demanderez peut-être Le nom de la dame ? Pourquoi ?
Il vaut mieux ne pas le connaître.
Le fou , regardez-le : c'est moi ! »