JALOUSIE
Jaloux ! Et pourquoi le serais-je ?
Son front est pur et lumineux
Gomme un Gorrége.
Mon soupçon est un sacrilège :
Je suis heureux !
Heureux ! Lorsque j'étais près d'elle, De mes désirs l'entretenant ,
Je me rappelle Sa froideur, qui m'était mortelle.
Et maintenant...
Maintenant qu'atteignant au fatte J'ai vaincu ses sens engourdis,
Je m'inquiète De sa trop rapide défaite ,
Et je me dis... •
Je me dis que ce bien insigne Ne devait pas être pour moi.
Étais-je digne De profaner ce cou de cygne ?
Alors, pourquoi...
Pourquoi souffrit-elle l'injure Que je lui fis quand je l'aimais ?
Et qui m'assure Qu'elle est fidèle , étant parjure ?
Âh ! si jamais... >
8i jamais un autre... ô mon àme !
Ce n'est pas lui que je tuerais.
Mais elle est femme :
Mon mépris sauverait l'infâme ,
Et je saurais...
Je saurais la fuir et me taire ; Mon front n'aurait pas un souci ,
Et solitaire, J'irais enfouir mon mystère...
Ciel ! la voici !
La .voici : le soupçon farouche A son aspect tombe amorti.
Quoi ! cette bouche , Cette voix qui charme et qui touche ?. . •
Non , j'ai menti !
J'ai menti. Visions malsaines,
Disparaissez !
Envolez-vous, chimères vaines...
Ah ! mon sang^ me brûle les veines !
le suis jaloux ! . . .