LE BOULANGER DE GONESSE
Te voici donc , jeune homme , Habitant de Paris.
On te dit économe , Modeste et bien appris.
Mais , pour qu'on te connaisse , Je veux t'interroger.
— J'arrive de Gonesse Pour être boulanger.
— Soit; beaux-arts ou commerce, Rien n'est hors de saison :
Il faut que l'homme exerce Son cœur et sa raison.
Du péché de jeunesse Tu vas te corriger.
— J'arrive de Gonesse Pour être boulanger.
— As-tu fixé d'avance , Pour le coordonner, Le plan de l'existence
Que tu prétends mener? «
Cent ennemis sans cesse Te viendront assiéger.
— J'arrive de Gonesse Pour être boulanger.
— En lettres, en musique, •Que seras-lu demain ?
Romantique ou classique ?
Rossiniste ou Germain ?
£>is-moi dans quelle espèce Il faudra te ranger ?
— J'arrive de Gonesse ^Pour être boulanger.
— Régleras-tu ta montre 5ur le trône ou l'autel ?
.Seras-tu pour ou contre
Le pouvoir temporel ?
Selon quelle sagesse Vas-tu te diriger ?
— J'arrive de Gonesse Pour être boulanger.
— A quels nouveaux principes Te rattacheras-tu?
A l'école des pipes, Ou du chapeau pointu ?
-Quelle est, touchant la presse , Ta façon de juger ?
— J'arrive de Gonesse Pour être boulanger.
— Il n'est pas impossible, Jeune homme , que l*amour^ Si ton cœur est sensible , T'égare quelque jour.
C'est une douce ivresse, Mais c'est un grand danger.
— J'arrive de Gonesse Pour être boulanger.
— Surtout fuis comme un crime* L'ambition ! Vois-tu ,
C'est l'insondable abîme Où sombre la vertu.
Fais-moi bien la promesse De ne pas t'y plonger.
— J'arrive de Gonesse Pour être boulanger.
— Au fait, c'est entre mille Un des plus sûrs moyens De te montrer utile
A tes concitoyens.
Cuis donc pour la noblesse ,
Le peuple et l'étranger.
— J'arrive de Gonesse Pour être boulanger.
CIIANSOJNS. 503