‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 218 sur 249 · SARAH LA GRISE · texte numérisé non relu

SARAH LA GRISE

Lorsque Sarah , ma jument grise , Solide encore à dix-neuf ans , Est attelée au char-à-bancs, Que croyez-vous qu'elle se dise ?

a Mon maître n*est pas inhumain ;

Sans doute Nous nous reposerons demain.

En route !

— Eh bien! qu est-ce à dire^ Sarah?

Ne savez-vous pas votre route ?

— Non , dit Sarah ,

Je vais où mon maître voudra. »

Tout en trottant elle raisonne :

o Où me conduit-il aujourd'hui ?

Volontiers j'irais avec lui, S'il faisait route courte et bonne.

Modérons-nous; ne peut-on pas,

Sans honte , Aller de temps en temps au pas ?

Ça monte.

— Eh bien! (fu'est'Ce à dire, Sarah ?

Vous trouvez que la route monte ?

— Oui, dit Sarah; Tout à l'heure elle descendra.

M Sur la droite , ici près , demeure Un vieil ami de la maison.

ii:i.

504 GUSTAVE r^ADAUD.

L'amitié n'est plus de saison :

Nous la négligeons à cette heure.

Allons , mon maître , par pitié ,

Je boite , Un sacri6ce à l'amitié :

A droite !

— Eh bien ! qu'est-ce à dire, Sarah ? Vous voulez donc tourner à droite ?

— Oui , dit Sarah :

Le vieil ami nous oubliera.

a A gauche est notre métairie ; Voilà toute une éternité Que nous n'avons rien visité, Grange, grenier, ni bergerie.

Allons voir notre nouveau foin

Qu'pn fauche.

Tournons ici; ce n'est pas loin :

A gauche.

— Eh bien! qu'es t-^e à dire, Sarah ?

Vous voulez donc tourner à gauche ?

— Oui , dit Sarah :

Notre fermier nous trompera.

« Allons, poursuivons notre course.

Mais seulement si je pouvais Souffler, car je sais où je vais , Et je n'ai plus qu'une ressource :

C'est le cabaret aux rideaux

De serge , Où s'arrêtent les lourds chevaux

D'auberge.

CHAiNSONS. 505

— Eh bien ! quest^e à dire, Sarah Vous vous arrêtez à l'auberge ?

— Non , dit Sarah , On ira tant que l'on pourra.

a Ah ! c'est toujours la même histoire , Et toujours histoire d'amour ; On ne pense pas au retour, On arrive en chantant victoire.

Voici la maison , je la dois

Connaître :

Vous y venez souventes fois,

Mon maître.

— Eh bien ! arrêtez-^vous , Sarah !

Attendez ici votre maître,

— Oui , dit Sarah :

Je sais qui le ramènera. »

Page 1