‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 227 sur 249 · LE ROI DE LA FÈVE · texte numérisé non relu

LE ROI DE LA FÈVE

Je suis roi de par la fève ,

Et mon rêve Doit durer un soir entier.

Puisqu'il faut qu'on s^ résigne ,

Soyons digne De notre nouveau métier.

Je ferai de mes richesses Des largesses :

Mes amis, empressei^-vous , Je veux honorer bien vite

Le mérite ; Vous devez en avoir tous.

Mais quoi ! l'on m'appelle Sire..

Qu'est-ce à dire ?

Je n'en suis pas irrité ?

Ma Majesté paternelle

Serait- elle Sensible à la vanité ?

C'est d'une insigne faiblesse ;

Mais je laisse Mes scrupules sommeiller.

La flatterie est plus douce

Que la mousse , £t j'en fais mon oreiller.

La vérité chaste et probe

Se dérobe Sous des voiles complaisants : Je né puis plus la connaître ,

Moi le maître , Qu'à travers mes courtisans.

Qu'ils me semblent méprisables ,

Mes semblables !

La vertu n'existe pas.

A mesure que je règne,

Je dédaigne Le troupeau qui suit mes pas.

Et parfois mon cœur fidèle

Me rappelle Ceux à qui j'ai tout promis.

Où sont-ils? Quoi! ma présence

Les offense ?

Les rois n'ont jamais d'amis.

Leur affection est morte...

Que m'importe !

Des conseils, je n'en veux plus, Je veux des bouches muettes ,

Des mains prêtes, Des dévouements absolus.

O mes projets de justice ,

Un caprice Vous emporte tour à tour.

Toute crédulité sainte

S'est éteinte :

Je ne connais plus l'amour.

Désormais je ne veux croire

Qu'à ma gloire ; Qu'on la proclame en tous lieux !

Dans mon culte de moi-même.

Je blasphème Et je suis jaloux des dieux.

Mais qu'entends-je ? Minuit sonne :

Ma couronne Sur mon front vole en éclats.

Ah ! j'ai fait un mauvais rêve!

Qu'il s'achève , Mes amis , entre vos bras !

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