LE ROI DE LA FÈVE
Je suis roi de par la fève ,
Et mon rêve Doit durer un soir entier.
Puisqu'il faut qu'on s^ résigne ,
Soyons digne De notre nouveau métier.
Je ferai de mes richesses Des largesses :
Mes amis, empressei^-vous , Je veux honorer bien vite
Le mérite ; Vous devez en avoir tous.
Mais quoi ! l'on m'appelle Sire..
Qu'est-ce à dire ?
Je n'en suis pas irrité ?
Ma Majesté paternelle
Serait- elle Sensible à la vanité ?
C'est d'une insigne faiblesse ;
Mais je laisse Mes scrupules sommeiller.
La flatterie est plus douce
Que la mousse , £t j'en fais mon oreiller.
La vérité chaste et probe
Se dérobe Sous des voiles complaisants : Je né puis plus la connaître ,
Moi le maître , Qu'à travers mes courtisans.
Qu'ils me semblent méprisables ,
Mes semblables !
La vertu n'existe pas.
A mesure que je règne,
Je dédaigne Le troupeau qui suit mes pas.
Et parfois mon cœur fidèle
Me rappelle Ceux à qui j'ai tout promis.
Où sont-ils? Quoi! ma présence
Les offense ?
Les rois n'ont jamais d'amis.
Leur affection est morte...
Que m'importe !
Des conseils, je n'en veux plus, Je veux des bouches muettes ,
Des mains prêtes, Des dévouements absolus.
O mes projets de justice ,
Un caprice Vous emporte tour à tour.
Toute crédulité sainte
S'est éteinte :
Je ne connais plus l'amour.
Désormais je ne veux croire
Qu'à ma gloire ; Qu'on la proclame en tous lieux !
Dans mon culte de moi-même.
Je blasphème Et je suis jaloux des dieux.
Mais qu'entends-je ? Minuit sonne :
Ma couronne Sur mon front vole en éclats.
Ah ! j'ai fait un mauvais rêve!
Qu'il s'achève , Mes amis , entre vos bras !