‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 24 sur 249 · L\\ PROPRIETAIRE · texte numérisé non relu

L\\ PROPRIETAIRE

Je possédais un parent Infirme et millionnaire , Qui m'appelait son enfant; Il mourut, ce pauvre père, Me léguant mille soucis , Trois rhumatismes chroniques , Et six maisons magnifiques Sur le pavé de Paris.

Ah ! monsieur, la misère ! . . .

N'apprenez pas un jour Ce qu'il en coûte pour Être propriétaire.

Je ne puis , dans ma maison , Dormir, ni manger, ni boire; Pan ! pan ! pan ! c'est un maçon Qui m'apporte son mémoire.

Tout conspire contre moi , Peintres, couvreurs, architectes, Contributions directes Qu'on double par une loi !.. .

Ah! monsieur, la misère!...

N'apprenez pas im jour Ce qu'il en coûte pour Être propriétaire.

J'en possède jusqu'à six.

De ces portiers que j'abhorre , Qu'il me faut loger gratis , Et qu'il faut payer encore !

Mais ce n'est rien que cela ; Chacun d'eux veut que j'insère Son fils dans un ministère , Et sa fille à l'Opéra....

Ah ! monsieur, la misère ! . . . N'apprenez pas un jour Ce qu'il en coûte pour Être propriétaire.

Quatre fois par an , hélas !

Pour toucher mes honoraires , Je dois aller, chapeau bas , Frapper chez mes locataires.

Du ton le plus radouci , J'ai beau demander mes termes»

On m'accueille dans des termes Que je ne puis dire ici

Ah ! monsieur, la misère ! . .

N'apprenez pas un jour Ce qu'il en coûte pour Être propriétaire.

L'un me demande du jour.

Un autre , de l'éclairage :

Les modistes de ma cour Me demandent de rouvra{;e l Enfin ils s'entendent tous Pour consommer ma ruine, Jusqu'à madame Fifine Qui demande des verrous!

Ah! monsieur, la misère!...

N'apprenez pas un jour Ce qu'il en coûte pour Être propriétaire.

Sur mon dos plus d'un quinquct S'est renversé par még^arde ; Dans un trou de son parquet M'a fait tomber ma mansarde ; Enfin , croiriez-vous qu'un jour Un artiste du cinquième M'a, sur mon escalier même, Appelé « monsieur Vautour?... »

Ah ! monsieur, la misère ! . . .

N'apprenez pas un jour Ce qu'il en coûte pour Être propriétaire.

Je chassai de ma maison Ce locataire incommode , Gardant, comme de raison, Son vieux lit et sa commode.

Or, savez-vous ce qu'il fit?...

En dépit de la censure , Il fit ma caricature , Que l'on vend à son profit.

Ah! monsieur, la misère!...

N'apprenez pas un jour Ce qu'il en coûte pour Être propriétaire.

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