‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 189 sur 315 · LA BONNE MAMAN · texte numérisé non relu

LA BONNE MAMAN

COUPLETS

A l’NE DAME I>E TRENTE ANS, QUg L’ALTECR APPELAIT SA CRANü’MÈRE.

Air : J'étais bon chasseur autrefois.

Au dire du proverbe ancien,

L’amitié ne remonte guère.

Bon petit-fils, je n’en crois rien Quand je pense à vous, ma grand’mère.

Ces titres, quelquefois si doux,

Vous paraitraient-ils insipides?

Bonne maman, consolez-vous :

Vous n’avez point encor de rides.

L’âge a-t-il éteint vos désirs?

Blâmez-vous les tendres chimères?

Censurer, les plus doux plaisirs Est le plaisir de nos grand’mères.

Les ans font-ils neiger sur nous,

A nos yeux tout se décolore.

Bonne maman, consolez- vous :

Vous ne blanchissez point encore.

L’Amour a peur des grand’mamans ; Mais, à prix d’or, combien de vieilles Ont à leurs gages des amants Dont les missives font merveilles !

On sait, pour lire un billet doux.

Quels moyens prennent ces coquettes.

Bonne maman, consolez-vous :

Vous lisez encor sans lunettes.

Quoi! sans rides, sans cheveux blancs, Et sans lunettes, à votre âge !

Voyons si vos genoux tremblants Des ans n’attestent pas l’outrage.

Oui, je vois trembler vos genoux Que 1 Amour tendrement caresse.

Bonne maman, consolez-vous :

Prenez un bâton de vieillesse.

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