‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 190 sur 315 · LE VIOLON BRISÉ · texte numérisé non relu

LE VIOLON BRISÉ

Am : Je regardait Madclincttc.

Viens, mon chien, viens, ma pauvre bête; Mange malgré mon désespoir.

Il me reste un gâteau de tète :

Demain nous aurons du pain noir, (bis.)

Les étrangeis, vainqueurs par ruse,

M’ont dit hier dans ce vallon :

« Fais-nous danser! » Moi, je refuse; L’un d’eux brise mon \iolon.

C’était l’orchestre du village :

Plus de fêtes ! plus d’heureux jours !

Qui fera danser sous l’ombrage?

Qui réveillera les Amours? (bis.)

Sa corde vivement pressée,

Dès l’aurore d’un jour bien doux, Annonçait à la fiancée Le cortège du jeune époux.

Aux curés qui l’osaient entendre Nos danses causaient moins d’effroi.

La gaîté qu’il savait répandre Eut déridé le front d’un roi. (bis.)

S’il préluda, dans notre gloire,

Aux chants qu’elle nous inspirait,

Sur lui jamais pouvais-je croire Que l’étranger se vengerait?

Viens, mon chien, viens, ma pauvre bête; Mange malgré mon désespoir.

11 me reste un gâteau de fête •

Demain nous aurous du pain noir, (bis.)

Combien sous l’orme et dans la grange Le dimanche va sembler long!

Dieu bénira-t-il la vendange Qu’on ouvrira sans violon ?

Il délassait des longs ouvrages,

Du pauvre étourdissait les maux ;

Des grands, des impôts, des orages.

Lui seul consolait nos hameaux, (bis.)

Les haines, il les faisait taire ;

Les pleurs amers, il les séchait.

Jamais sceptre n’a fait sur terre Autant de bien que mon archet.

Mais l’enuemi qu’il faut qu’on chasse M’a rendu le courage aise.

Qu’en mes mains un mousquet remplace Le violon qu’on a brisé, (bis.)

Tant d’amis dont je me sépare Diront un jour, si je péris •

Il n’a point voulu qu'un barbare Dansât gaiinent sur nos débris.

Viens, mon chien, viens, ma pauvre bête ; Mange malgré mon désespoir.

Il me reste un gâteau de fête :

Demain. nous aurons du pain noir, (bis.)

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