LE SACRE DE CHARLES LE SIMPLE
Air du beau Tr.stan.
Français, que Reims a rénnis?
Criez*: Montjoie et Saint-Denis!
On a refait la sainte ampoule,
Et, comme au temps de nos aïeux,
Des passereaux lâchés en foule Dans l’église volent joyeux **.
D’un joug brisé ces vains présages Font sourire Sa Majesté.
Le peuple crie : Oiseaux, plus que nous Soyez sages; Gardez bien, gardez bien votre liberté, (bis.)
Puisqu’aux vieux us on rend leurs droits, Moi, je remonte à Charles Trois.
Ce successeur de Charlemagne De Simple mérita le nom;
Il avait couru l’Allemagne Sans illustrer son vieux pennon.
Pourtant à son sacre on se presse :
Oiseaux et flatteurs ont chanté.
Le peuple crie : Oiseaux, point de folle allégresse ; Gardez bien, gardez bien votre liberté.
* Charles III, dil 1 1 Siat-ut, l’un drs successeur* de Charlemagne, fut d'abord évincé du trône par Eudes, comte de Pans. Il se réfugia en Angleterre, puis en Allemagne. Mais, a la mort d’Eudes (eu 898) , les seigneurs et les évêques français, sciant rattaches à Charles, lui rendirent la couronne, qu il perdit enfin lorsque, trahi par Hébert, comte de Vermaudois, il lut emprisonne h Péronue, où il mont ut en Dit,
■»• Au sacre de Charles X, on lacha dans 1 église un grand nombre d’oiseau* qui se précipitèrent dans toutes les parties e U nef. Cette imitation d'une vieille coutume nous valut an d s morceau* de poésie les plus parlait* de madame lastu. a qu nous devons tant de productions délicieuses.
Chamarré de vieux oripeaux.
Ce roi, grand avaleur d’impôts,
Marche entouré de ses fidèles,
Qui tous, eu des temps moins heureux,
Ont suivi les drapeaux rebelles L’un usurpateur généreux.
Un milliard les met en haleine :
C’est peu pour la fidélité.
Le peuple crie : Oiseaux, nous payons notre chaîne ; Gardez bien, gardez bien votre liberté.
Aux pieds de prélats cousus d’or,
Charles dit son Con/Ueor.
On l’habille, on le baise, on l’huile.
Puis, au bruit des hymnes sacrés,
11 met la main sur l’Evangile.
Son confesseur lui dit : « Jurez.
« Rome, que l’article concerne *,
« Relève d’un serment nrèté. »
Le peuple crie : Oiseaux, voilà comme on gouverne; Gardez bien, gardez bieD votre liberté.
Le Charlemagne, en vrai luron,
Lès qu’il a mis le ceinturon,
Charles s’étend sur la poussière.
« Roi ! crie un soldat, levez-vous !
<i — Non, dit l’évêque ; et, par saint Pierre,
« Je te couronne : enrichis-nous.
« Ce qui vient de Lieu vient des prêtres,
« Vive la légitimité ! »
Le peuple crie : Oiseaux, notre maître a des maîtres ; Gardez bien, gardez nien votre liberté.
* I.’article de la Charte relatif A la liberté des cultes eau. sait, dit-on, une grande répugnance à Charles X, qui, assurct-on encore, n’en voulait pas jurer l'observation.
Oiseaux, ce roi miraculeux Va guérir tous les scrofuleux.
Fuyez, vous qui de son cortège Dissipez seuls l'ennui mortel :
Vous pourriez faire un sacrilège * **
En voltigeant sur cet autel.
Des bourreaux sont les sentinelles Que pose ici la piété.
Le peuple crie : Oiseaux, nous envions vos ailes; Gardez bien, gardez bien votre liberté, (bis.)