‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 225 sur 315 · LE CONVOI DE DAVID · texte numérisé non relu

LE CONVOI DE DAVID

4m de Roland.

Non, non, vous ne passerez pas,

Crie un soldat, sur la frontière,

A ceux qui de David, hélas !

Rapportaient chez nous la poussière.

— Soldat, disent-ils dans leur deuil.

Proscrit-on aussi sa mémoire ?

Quoi ! vous repoussez son cercueil, Et vous héritez de sa gloire !

CHŒUR

Fût-il privé de tous les biens,

Eut-il à trembler sous un maître,

Heureux qui meurt parmi les siens

Aux bords sacrés (bis) qui l’ont vu naître, (bis.)

* Allusion h la rameuse loi du sacrilège, loi barbare, dont la Révolution de juillet nous a délivrés.

** Les enfanta de ce grand peintre, ayant sollicité en vain l’aulori:>utitm de rapporter sa dépouille eu France, ont été oblige» de le Taire inhumer dans une église de Bruxelles, après en avoir obtenu 1a permission du roi det Pays-Bas.

Non, non, vous ne passerez pas,

Dit le soldat avec furie.

— Soldat, ses yeui jusqu’au trépas Se sont tournés vers la patrie.

Il en soutenait la splendeur Du fond d’un exil qui l’bonore;

C’est par lui que notre grandeur Sur la toile respire encore.

CHŒUR

Fùt-il privé de tous les biens,

Eùt-il à trembler sous un maître.

Heureux qui meurt parmi les siens Aux bords sacrés (bis) qui l'ont vu naître !

Non, non, vous ne passerez pas,

Redit plus bas la sentinelle.

— Le peintre de Léonidas Dans la liberté n’a vu qu’elle.

On lui dut le noble appareil *

Des jours de joie et d’espérance.

Où les beaux-arts à leur réveil Fêtaient le réveil de la France.

CHŒUR

Fùt-il privé de tous les biens,

Eût-il à trembler sous un maître,

Heureux qui meurt parmi les siens Aux bords sacrés (bis) qui l’ont vu naître î

4 On sait que David fut l'ordonnateur des ceremonies publi • qurs qui curent lieu au commencement de la Révolution. Il faut ajouter qu'il eut la plus grande influence sur e mouvement imprimé aux arts par la Révolution française.

Comme tous les réformateurs, David a dù pousser à l'exagération des principes avec lesquels il combattit l’école des Vanloo et des Boucher ; mais, malgré cette exagération, il n’en restera pas moins uuc de uos plus grandes gloires dan» R., arts.

— Non, non, vous ne passerez pas,

Dit le soldat, c’est ma consigne.

— Du plus grand de tous les soldats,

Il fut le peintre le plus digne".

A l’aspect de l’aigle si fier,

Plein d’IIomère et l’âme exaltée,

David crut peindre Jupiter;

Hélas ! il peignait Prométhée.

choeur.

Fut-il privé de tous les biens.

Eût-il' à trembler sous un maître,

Heureux qui meurt parmi les siens Aux bords sacrés (bis) qui l’ont vu naître !

Non, non, vous ne passerez pas,

Dit le soldat, devenu triste.

— Le héros, après cent combats, Succombe, et l’on proscrit l’artiste.

Chez l’étranger la mort l’atteint .

Qu’il dut trouver sa coupe amère! •

Aux cendres d’un génie éteint,

France, tends les bras d’une mère.

CHOEUR

Fut-il privé de tons les biens,

Eût-il à trembler sous un maître,

Heureux qui meurt parmi les siens Aux bords sacrés (bis) qui l’ont vu naître!

Non, non, vous ne passerez pas,

Dit la sentinelle attendrie.

— Eh bien, retournons sur nos pas; Adieu, terre qu’il a chérie !

Les arts out perdu le flambeau •

Qui fit pâlir réclat de Rome.

Allons mendier un tombeau Pour les restes de ce grand homme.

CHŒUR

Fut-il privé de tous les biens.

Eut-il à trembler sous un maître,

Heureux qui meurt parmi les siens

Aux bords sacrés (bis) qui l’ont vu naître !{bi>

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