‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 226 sur 315 · LES INFINIMENT PETITS · texte numérisé non relu

LES INFINIMENT PETITS

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LA GÉRONTOCRATIE.

Ain : Ainsi jadis un -rand prophète.

J’ai foi dans la sorcellerie.

Or un grand sorcier, l’autre soir.

M’a fait voir de notre patrie Tout l’avenir dans un miroir.

Quel image désespérante !

Je vois Paris et ses faubourgs*

Nous sommes en dix-neuf cent trente.

Et les barbons régnent toujours.

Un peuple de nains nous remplace ; Nos petits-fils sont si petits,

Qu’avec peine dans cette glace Sous leurs toits je les vois blottis.

La France est l’ombre du fantôme l)e la France de mes beaux jours.

Ce n’est qu’un tout petit royaume ; Mais les barbons régnent toujours.

Combien d’imperceptibles êtres I De petits jésuites bilieux I

De miliers d’autres petits prêtres Qui portent de petits bons dieux !

Béni par eux, tout dégénère;

Par eux la plus vieille des cours JN est plus qu’un petit séminaire ; Mais les barbons régnent toujours.

Tout est petit, palais, usines, Sciences, commerce, beaux-arts.

De bonne? petites famines '

Désolent de petits remparts.

Sur la frontière mal fermée Marche, au bruit de petits tambours.

Une pauvre petite armée ;

Mais les barbons régnent toujours.

Enfin le miroir prophétique, Complétant ce triste avenir,

Me montre un géant hérétique Qu un monde a peine à contenir.

Du peuple pygmée il s’approche,

Et, bravant de petits discours,

Met le royaume dans sa poche ;

Mais les barbons régnent toujours.

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