‹ Chansons de P.-J. de Béranger 1815-1834Chapitre 33 sur 315 · VOYAGE AU PAYS DE COCAGNE · texte numérisé non relu

VOYAGE AU PAYS DE COCAGNE

Am Contredanse de la Rosière, oc L'ombre sVraporo

Ah! vers une rive Où sans peine on vive Qui m’aime me suive!

Voyageons gaiment.

Ivre de champagne,

Je bats la campagne.

Et vois de Cocagne Le pays charmant.

Terre chérie,

Sois ma patrie,

Qu’ici je rie Du sort inconstant.

Pour moi tout change :

Bonheur étrange!

Je bois et mange Sans im sou comptant.

Mon appétit s’ouvre,

Et mon œil découvre Les portes d’un Louvre ■ En tourte arrondi.

J'y vois de gros gardes, Cuirassés de bardes,

de Béranger.

Portant hallebardes De sucre candi.

Bon Dieu! que j’aime Ce doux système!

Les canons même De sucre sont faits.

Belles sculptures, Riches peintures En confitures,

Ornent les buffets.

Pierrots et Paillasses, Beaux esprits cocasses, Charment sur les places Le peuple ébahi,

Pour qui cent fontaines, Au lieu d’eaux malsaines, Versent, toujours pleines, Le beaune et l’ai.

Des gens enfournent, D’autres défournent; Aux broches tournent Veau, bœuf et mouton.

Des lois de table L’ordre équitable De tout coupable Fait un marmiton.

Dans un palais j’entre,

Et je m’assieds entre Des grands dont le ventre Se porte un défi ;

Je trouve en ce monde,

Où la graisse abonde,

Vénus toute rondo ^ Et l'amour bouffi.

Nul front sinistre;

Propos de cuistre,

U Airs de ministre,

*j N'y sont point permis.

; . La table est mise,

La chair exquise;

•* Que l’on se grise :

Trinquons, mes amis.

Mais parlons d'affaires.

Beautés peu sévères,

j V . Qu’au doux bruit des verres

D’un dessert friand.

On chante et l’on dise Quelque gaillardise M, Qui nous scandalise

En nous égayant.

Quand le vin tape

/ L’époux qu’on drape,

Que sur la nappe Il s’endort à point;

De femme aimable Mère intraitable,

* Ah ! sous la table

Ne regardez point.

Folle et tendre orgie!

La face rougie,

La panse élargie,

Là, chacun est roi ;

Et, quand l’heure invite A gagner son gîte,

L’on rentre bien vite Ailleurs que chez soi. *

Que de goguettes!

Que d’amourettes !

Jamais de dettes,

Points de nœuds constants.

Entre l’ivresse Et la paresse,

Notre jeunesse Va jusquà cent ans.

Oui, dans ton empire, Cocagne, on respire...

Mais qui vient détruire Ce rêve enchanteur?

Amis, j’en ai honte :

C’est quelqu’un qui monte Apporter le compte Du restaurateur.

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