‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 205 sur 340 · A M. LUCIEN BONAPARTE · texte numérisé non relu

A M. LUCIEN BONAPARTE

PRINCE DE CAXINO

En 1803, privé ilc ressources, las d'espérances déçues, versifiant sans but et sans cncouragcmcit, sans instruction et sans conseils, j'eus l'idée (et combien d'idées semblables étaient restées sans résultat!), j'eus l'idée de mettre sous enveloppe mes informes poésies et de les adresser, par la poste, au frère du premier consul, M. Lucien Bonaparte, déjà célèbre par un grand talent oratoire et par l'amour des arts et des lettres. Mon épitrc d'envoi, je me le rappelle encore, digne d'une jeune tète toute républicaine, portait l'oiupreintc de l'orgueil blessé par le besoin de recouvrir à un protecteur. Pauvre inconnu, désappointé tant de fois, je n'osais compter sur le succès d'une démarche que personne n'appuyait. Mais le troisième jour, ô joie indicible! M. Lucien m'appelle auprès de lui, s'iuformc de ma position, qu'il adoucit bientôt, me parle en poète et me prodigue des encouragements et des conseils. Malheureuseineiit il est l'orcé de s'éloigner do lu France. J'al-

lais me croire oublié, lorsque je reçois de Rome une procuration pour toucher le traitement de l'Institut, dont M. Lucien était membre, avec une lettre (jue j'ai précieusement conservée et où il nie dit :

o: Je vous adresse une procuration pour toucher mon traitement de l'Institut. Je vous prie d'accepter ce traitement, et je ne doute pas que, si vous continuez de cultiver votre talent par le travail, vous ne soyez un jour un des ornements de notre Parnasse. Soignez surtout la délicatesse du rhyilimc : ne cessez pas d'être hardi, mais soyez plus élégant », etc., etc.

Jamais on n'a fait le bien avec une grâce plus encourageante; jamais, en arrachant un jeune poète à la misère, on ne l'a mieux relevé à ses propres yeux. Aux sages avis qui accompagnent do tels bienfaits, on sent que ce n'est pas la froide main d'une générosité banale qui vient vous tirer de labime. Quel cœur n'eu eût été vivement énni!

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