‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 32 sur 340 · BEAUCOUP DAMOUR · texte numérisé non relu

BEAUCOUP DAMOUR

Musique {|e P. Wii.iipm.

Malgré 1.1 voix do l;i sagossp,

Je vomirais amasser de l'or :

Soudain aux pieds de ma maîtresse

.Tirais déposer mon trésor.

Adèle, à ton moindre caprice

Je satisferais chaque jour.

Non, non, je n'ai point d'avarice.

Mais j'ai beaucoup, beaucoup d'amour.

Que la Providence m'élève

.Jusqu'au trône éclatant des rois;

Adèle embellira ce rêve :

Je lui céderai tous mes droits.

Pour être plus sur de lui plaire,

Je voudrais me voir une cour.

I)'amhition je n'en ai guère.

Mais j'ai beaucoup, beaucoup d'amour.

Pour immortaliser Adèle, Si des chants m'étaient inspirés.

Mes vers, où je ne peindrais qu'elle, A jamais seraient admirés.

Puissent ainsi dans la mémoire Nos deux noms se graver un jour!

Je n'ai point l'amour do la gloire, Mais j'ai beaucoup, beaucoup d'amour.

Mais quel vain désir m'importune?

Adèle comble tous mes vonix.

L'éclat, le renom, la fortune. Moins que l'amour rendent heureux.

A mon bonheur je puis donc croire, Et du sort braver le retour !

Je n'ai ni bien, ni rang, ni gloire.

Mais j'ai beaiuxiup. beaucoup d'amour.

niANSOXS DF. lîHi;AX(rER

izrJ A^SSE^u i:

LKS BOXFJ'BS, 01 I/ANGLOMAM-:

.\rn : A f.inps li'iili'il , ;i roii|>v il'pt.iiifj.

Quoiqup loiirs rliapontix soient liimi l.iiiU, God dam ! moi j'aime, les Anglais :

Ils ont un si lion rarartrri' !

ComnK! ils sont polis! et siirlout

Qnr lours plaisirs sont i1p bon proni ! Non . chez nons point , Point (le cps coups de poinjr ()ui l'ont tant iriionnenr à l'AniïleteiTe

I il ;

THAXSO.XS ])E BKIÎA.XGER

Viiilà (l(>s lioxours à Paris :

f'iiiirun.s vilo ouvrir dp? paris, ]-;t iiii'-me par-clcvaiit notaire. ]b doivent se. battre un conlre un ; l'iiur des Anglais c'est peu ronimun.

Xon, liiez nous point, l'oint lie ees eoups de pciini;' ijiiii l'ont t:iiit diionuiMU' à l'Auiileterre.

C'a, mesdames, qu'en pensez-vnus?

("est à vous de juger les coups.

i.Kioi! ee spectacle vous atterre?

Le sang- jaillit... battez des mains.

Dieux! que les Anglais sont humains!

Non, chez nous point.

Point de ces coups de poing Qui t'ont tant d'honneur à l'Angleterre,

En scène d'abord admirons La grfice de res deux lurons.

Grâce qui jamais ne s'altère.

De la halle on dirait deux forts :

Peut-être ee sont des milords.

Non, chez nous point, l'oiiif de ees coups de poing i.>ni l'iiut tant d'homieni' à l'A'.igh'terre,

Anglais, il faut vous suivre en tout, l'our les lois, la mode et le goût, .Même aussi pour l'art militaire.

Vos diplomates, vos chevaux.

N'ont pas épuisé nos bravos.

Non, chez nous point, l'oint de ces coups de poing (.)ni l'cinl tant d'honneur ;i l'Au^lelerre.

('IIAXFJONS DE BHRANGEK

LA CEN8I RK

CllA.NbU.N iJLI GOLliLI M A .N L' m; lU 1 IC Al Mn|~ DAiHl 1 8 1 'l- ('l

Am ; Qu'csl-tf qiiVa iii'lail ii moi?

Que, sous le joug' des libraires, Ou livre eiicor nos auteurs Aux censeurs, aux inspecteurs, Kats de cave littéraires ; Riez-en avec moi.

Ah ! pour rire Kt pour tout (lire , Il n'est besoin, ma lui, It'uu privilège du roi !

iviu'un censeur bien lyranuique l»c l'esprit soit le geôlier, Kt ([u'avec son prisonnier Jamais il ne counnunique ; Kiez-eu avec moi.

.\li ! pour rire Et pour tout dire.

Il n'est besoin, ma lui, Ii'uu [irivilege du ruj !

L'État ayant plus d'uu membre Que la presse eiit fait trembler, Qu'on ait craint son l'ranc parler Dans la chambre et l'antichambre; Riez-en avec moi.

Ah ! pour rire Et pour tout dire, 11 n'est besoin , ma foi .

D'un privilège du roi !

Quand déjà l'un n'y voit guère, Quand ou a peine à marcher, En feignant de la moucher.

Qu'on cteiguc la lumière; Riez-eu avec moi.

Ah ! pour rire Et pour tout dire.

Il n'est besoin, ma foi.

D'un privilège du roi !

Que cette chambre sensée Laisse avec soumission f>ortir la procession Et renfermer la pensée ; lvii>z-on avec uioi.

Ah ! pour rire Et pour tuul dire , Il n'est besoin, ma foi, D'un privilège du roi!

Qu'un ministre qui s'irrite «vUiand on lui fait la leçon.

Lise tout bas ma chanson.

Qui lui parvient manuscrite ; Riez-eu avec moi.

Ah ! pour rire El pour tout dire, 11 n'est besoin, ma loi.

D'un privilège du roi!

i) Oa vciiaii de dUoiiloo à la Chambre uiio loi rcsiricilv.-" de la lilierlO do lu proise, pnisoiuéc p.ir Tabbo de Monlcsquimi , n;iiii^l;c do l'intOriiur.

(ix

CHANSU.XS DE BEKANGER

LE TliOlSlEME MARI

CHA>SO.N AVEC ACCU JirAG.Nli.M EM DE GESTES

AïK : Ali! ali! qu'elle tsl bien!

Malheureuse avec deux maris, Au troisième enfin je commande.

•Jean est grondeur, mais je m'en ris; Il est tout petit, je suis grande.

Sitôt qu'il fait un peu de bruit , Je lui mets son bonuet de nuit.

A'ii, vlan, taisez-vous, Lui dis-je, ou que je vous entende...

Vli, vlan, taisez-vous; .Je me venge de deux époux.

Lcandre un soir était chez moi :

A neuf heures mon mari frappe.

Je n'ouvris point, l'on sait pourquoi ; Mais, à minuit, Léandre échappe.

Il gelait, et Jean morfondu .\ la porte avait attendu.

Vli, vlan, taisez-vous; Quoi ! monsieur croit-il qu'un l'attrape ?

Vli, vlan, taisez-vous; Je me venge de deux époux.

Six mois après des nœuds si doux, El les alfaires arrangées, J'en eus deux tilles, qu'entre nous, De trois mois l'on dit plus âgées.

Au baptême Jean fit du train.

Car Léandre était le parraiu.

\ïi , vlau , taist'Z-vous, Jeau , vous n'aurez point de dragées;

Vli, vlan, taisez-vous; Je me venge de deux époux.

Mais, à mon tour, je le surpris Avec la vieille Pétronille.

D'un doigt de vin il était gris; Il la trouvait fraîche et gentille.

Sur ses deux pieds il se dressait.

Et le menton lui caressait.

^"li , vlau, taisez-vous; Vous sentez le vin et la fille ;

Vli, vlan, taisez-vous; Je me venge de deux époux.

Léandre me fait lui prêter

De l'argent qu'il rond Dieu sait comme !

Jeau, qui travaille et sait compter,

S'apcnoit qu'on touche à sa somme.

Hier il dit qu'on l'a volé;

Moi, du trésor je prends la clé.

■\li, vlan, taisez-vous; Plus d'argent pour vous, petit honunc !

Mi, vlan, taiscz-vous; Je uif venge de deux époux.

Jean peut l»riller entre deux draps, Malgré sa chétive apparence ; Léandre fait plus d'embarras, Mais a beaucoup moins de vaillance.

Lorsque Jean veut se reposer.

S'il me piait eucor d'en user,

^"li. vlan, taisez-vous; Et \ito (|ue l'on recommence;

\h. vlau, taisez- vous ; Je uie M-nge de deux époux.

CHANSONS 1>K liKKAXdEK

LE CAIULLONNEIR

Aili : Mon s.jsli'mc rsl il'.iiiiier k liuii Mil.

Digue, ilif^iic, diy, diii, dij;. diu, ddU. Ah ! ([no. j';rimc A suiHirr un baptèiiic !

Aux mûris j'en demande pardon.

Dig, diu, don, diu, digue, digue, don.

Les décès m'ont assez fait connaître;

Préludons sur un ton plus heureux.

D'un vieillard l'héritier vient de uaitre. Sonuuns tort : c'est un fait scandaleux.

Digue, digue, dig, din, dig, dm, don.

Ah! que j'aime .\ sonner un haptuue !

cnA>;.<oxs \)]

Aux maris j'en (iL'iiiaiiilc [lariluii.

])ig-. (lin. lion, iliii. ilip-uo, digue, iluii.

La luainaii est gaillardu et jolie ;.

Mais l'époux est triste et catarrlieux ; Sur sou compte il sait te qu'on publie. •Sonnons Tort : il n'est pas généreux.

l)igue. iligue, diji, diu. di|^-, din. duu. Ali ! que j'aiure A sonner un baptême !

Aux maris j'en demande pardon.

Uig', din, don, din, digue, dig:ue. duu.

L)e l'entant quel peut être le père'.' >i''est-ce pas mon voisin le banquier'.' Les cadeaux mènent vite une affaire.

Sonnons tort : il est g-ros marguillier.

Digue, digue, dig, din, dig, din, don.

Ah ! que j'aime A sonner un baptême !

Aux maris j'en demande pardon.

Dig, din, don, diu, digue, digue, don.

Si j'osais, je dirais ijue le maire S'est créé ce petit l'M-bevin ; .Te l'ai vu cliifl'onner la commère.

.Sonnons tort : je boirai de son vin^

Digue, digne, dig, din, dig. diu. ilui .\li ! que j'aime .V sonner un baptême !

Aux maris j'en demande pardon.

l'.KKAXGEK liig. iliu. lieu. diu. (ligue, digue, don.

•Je crois bien que notre grand vicaire Aura mis le doigt au liénitier.

Depuis peu. ma fille a su lui plaire.

Sonnons fort, pour l'bonneur'du mclicr.

Digue, digue, dig. diu. dig, diu. don.

Ah ! ([ue j'aime A sonner un baptême!

Aux maris j'en demande pardon.

Dig, din, don, din, digue, digue, don.

Notre gouverneur a, je le pense, Prélevé des droits sur ce terrain ; Dans l'église il vient donner quittance. Sonnons fort : monseigneur est parrain.

Digue, digue, dig, din. dig. din, don.

Ah ! que j'aime A sonner un baptême!

Aux maris j'en demande pardon.

Dig, din, don, din, digue, digue, don.

l'ius facile à nommer que ton père.

Cher enfant, quel lionheur inlini!

•le suis sûr di' te voir plu? d'un frère. Sonnons fort, et (|ui' r>ieu soit béni!

Digue, digue, dig, din, dig, din, don.

.\h ! que j'aime A sonner un baptême!

.\.ux maris j'en demande pardon.

Dig, din, don, din, digue, digue, don.

rn AN SONS I»K BKIîANriRR

LE NOI VEATI DIOGÉ^E

Air; : lîoii vov:igc, rlicr Diimiillcl.

Sniis (iiu inniit.'':ui , Liliro rt rniiteiit, jf ris (>l hni; sans p'Aiin. Diogène,

Sons ton manteau, Librft et content, je roule mon tonneau.

Dans l'eau, dit-on, In jiuisas ta rudesse; Je n'en bois pas, ot , censeur plus joyeux. En moins d'un mois, pour log'or ma sagesse, .l'ai mis à sei' un tnuui'au de vin vieux'.

Diogène , Sous ton manteau, Libre et content, je ris et buis sans gène. Diogène, Sons ton manteau, Liiwe et content, je roule mou Innncau.

Où je suis bien, ais(''meHt je séjourne; Mais cûnimt> nous li's dieux sont i'iiiinsfanls ; l>ans iiKui liiniieaii, su)' ce i;lidie ijiii louriie, .le tnurne hmm la Inrlnue et je ti'iiips.

l)ioL;riii' , .Sous Ion maul<MM , I.ilii'r rt coutcnl , je ris et bois sans gène. Diiigèni'.

.~^ii\is tnii mantiMii , i.ilu'e et l'diilrnl . ji' rniile liinii tniiMiMu.

i'our les partis ilont l'cut Inis j'osai rire, Ne pouvant l'Ire im utib' soutien, I>evant ma tuuue on ne viendra pas dire : T'our ([ui lii'ns-tu, tni ipii ne tiens à rien?

Diogène , .Sous tdu manteau , Libre et content, je làs et bois sans gène. Diogène , Sous tou m.anteau , Libre et contiMit, je roule mon tnunean.

.J'aime à fronder les préjugés gotliiijues Et les cordons de tontes les couleurs ; Mais, étrangère aux excès politiijues.

Ma Ijheih' n',a ([u'un cli.ipeau ilc Ib'urs.

Diogène,

Snus ton manteau , Libri' et ciiiilent, je, ris et boi.s sans gène. Diogène,

Sous ton manteau . Libre et ciiuti'ut , ji> roule mon Iruuie.iu.

Qu'en \ni congrè.s, se partageant le monde, Des potentats soient trompeurs ou Irninpés, .Ir ne vais pninl ileniander à la ronde

■-I di' ma iMiine ils se .-on! oci'n)iès.

Diogène.

Siius l'Ui manteau ,

J>ihrft et content, je ris et liois sans gène. Diogène , Sous ton manteau.

Libre et content, je roule mon tonneau.

N'ignorant pas où conduit la satire, Je fuis des cours le pompeux appareil : Des vains honneurs trop enclin à médire, Aup^^s des rois je crains pour mon soleil.

Diogène, Sous ton manteau, Libre et content, je ris et bois sans gêne. Diogène, Sous ton manteau.

Libre et content, je roule mon Iminenu.

Lanterne en main, dans l'Atliène? moderne. Chercher un homme est un dessein fort beau ; Mais quand le soir voit briller ma lanterne.

CHANSONS DE BERANfiER

C'est qu'aux amour? elle sert de flambeau.

Diogène, Sous ton manteau , Libre et content, je ris et bois sans gène, Diogène, Sous ton manteau, Libre et content, je roule mon tonneau.

Exempt d'impôt, déserteur de phalange, Je suis pourtant assez bon citoyen :

Si les tonneaux manquaient pour la vendange, Sans murmurer je prêterais le mien.

Diogène, Sous ton manteau , Libre et content, je ris et bois sans gêne. Diogène, Sous ton manteau , Libre et content, je roule mon tonneau.

CHANSONS DE B1:;RAXGER

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