‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 97 sur 340 · SI J'ÉTAIS PETIT OISEAU · texte numérisé non relu

SI J'ÉTAIS PETIT OISEAU

Air miiiveaii ili' VVii.iipm . h» Il fsiit que l'on (lie doux.

Moi qui, mriiip aupn's des belles, Voudrais vivre en passager, Que je porte envie aux ailes De l'oiseau vif et léger! Combien d'espace il visite !

A voltiger tout l'invite :

L'air est doux, le ciel est beau.

Je volerais vite, vite, vite.

Si j'étais petit oiseau.

Puis j'irais sur les tourelles Où sont de pauvres captifs, En leur cachant bien mes ailes, Former des accords plaintifs.

L'un sourit à ma visite ; L'autre rêve , dans son gite , Aux champs où fut sou berce.iu.

Je volerais vite, vite, vite.

Si j'étais petit oiseau.

C'est alors que , Philomèle M'enseignant ses plus doux sons.

J'irais de la pastourelle Accompagner les chansons.

Puis j'irais charmer l'ermite Qui, sans vendre l'eau bénite.

Donne aux pauvres son manteau.

Je volerais vite, vite, vite, Si j'étais petit oiseau.

Puis, voulant rendre sensible Un roi qui fuirait l'ennui.

Sur un olivier paisible J'irais chanter près de lui.

Puis j'irais jusqu'où s'abrite Quelque famille proscrite , Porter de l'arbre un rameau.

Je volerais vite, vite, vite.

Si j'étais petit oiseau.

Puis j'irais dans le bocage, Où des buveurs en gaieté.

Attendris par mon ramage , Ne boiraient qu'à la beauté.

Puis ma chanson favorite , Aux guerriers qu'on déshérite Ferait chérir le hameau.

Je volerais vite, vile, vite.

Si j'étais petit oiseau.

Puis, jusques où naît l'aurore, Vous, méchants, je vous fuirai A moins que l'Amour encore Ne me surprît dans ses rets.

Que, sur un sein qu'il agite.

Ce chasseur que nul n'évite ^le dresse un piégp uouvû«iii.

J'y volerais vite, vile, vile.

Si j'étais petit oiseau.

CHANSONS DE BERANGER

ur'ELLE EST JOLIE

Am :

Grands dieux! combien elle est jolie, Celle que j'aimerai toujours!

Dans leur douce mélancolie Ses yeux fout rêver aux amours.

Du plus beau souffle de la vie A l'animer le ciel se plaît.

Grands dieux ! combien elle est jolie ! Et moi, je suis, je suis si laid !

Grands dieux ! combien elle est jolie ! Et cependant j'en suis aimé.

J'ai dû longtemps porter envie Aux traits dont le sexe est charmé.

Avant qu'elle enchantât ma vie, Devant moi l'Amour s'envolait. Grands dieux ! combien elle est jolie ! Et moi , je suis, je suis si laid !

Grands dieux! combien elle est jolie!

Elle compte au plus vingt printemps.

Sa bouche est fraîche épanouie ; Ses cheveux sont blonds et flottants.

Par mille talents embellie.

Seule elle ignore ce qu'elle est.

Grands dieux! combieu elle est jolie!

Et moi, je suis, je suis si laid !

Grands dieux! combien elle est jolie 1 Et pour moi ses feux sont constants.

La guirlande qu'elle a cueillie Ceint mon front chauve avant trente ans Voiles qui parez mou amie.

Tombez ; mon triomphe est complet.

Grands dieux ! combien elle est jolie ! Et moi, je suis, je suis si laid !

r[lAN>:ONs; PE r.KRANORR

ITT

L'AYEUGLE DE lUfiNOLET

Ain : P.oriiio de b Fi'i illi' cl le CliàlMll.

A Bagnolet j'ai vu naguère

Certain vieillard toujours content.

Aveugle il revint de la guerre,

Et pauvre il mendie en rliantant. (Dis.

Sur sa vicdle il ri'dil sans cesse :

« Aux gens de plaisir je m'adresse.

« Ah ! donnez, donnez, s'il vous iilait. Et de lui flonner l'on s'empresse, f. Ali ! donnez, donnez, s'il vous plaît. » A l'aveugle de Ragnolet. »

CHANSONS DE BERANGER

Il a pour guide une fillette ;

Et, près d'aimables étourdis,

A la contredanse il répète :

et Comme vous j'ai dansé jadis.

o Vous qui pressez avec ivresse

a La main de plus d'une maîtresse.

Cl Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît;

« J'ai bien employé ma jeunesse.

« Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît,

(I A l'aveugle de Bagnolet. »

Il dit aux dames de la ville

Qu'il trouve à de gais rendez-vous :

« Avec Babet, dans cet asile,

tt Combien j'ai ri de son époux !

« Belles, qu'une ombre épaisse attire,

'. Là, contre l'hymen tout conspire.

« Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît;

« Les maris me font toujours rire.

« Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît,

« A l'aveugle de Bagnolet. »

S'il parle à de certaines filles Dont il fit longtemps ses amours :

o Ah ! lour dit-il, toujours gentilles, K Aimez bien et plaisez toujours.

<• Pour toucher la prude inhumaine , « Trop souvent ma prière est vaine.

a Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît ; « Refuser vous fait tant de peine I « Ah ! donnez, donnez, s'il vous plait , « A l'aveugle de Bagnolet, »

Mais aux buveurs sous la tonnelle

Il dit : « Songez bien qu'ici-bas,

« Même quand la vendange est belle,

<■ Le pauvre ne vendange pas.

0 Bons vivants que met en goguette

« Le vin d'une vieille feuillette,

o Ah! donnez, donnez, s'il vous plait;

« Je me régale de piquette.

« Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît,

« A l'aveugle de Bagnolet. »

D'autres buveurs, francs militaires, Chantent l'amour à pleine voix.

Ou gaiement rapprochent leurs verres Au souvenir de leurs exploits.

Il leur dit, ému jusqu'aux larmes :

« De l'amitié goûtez les charmes.

« Ahl donnez, donnez, s'il vous plait; « Comme vous j'ai porté les armes !

« Ah! donnez, donnez, s'il vous plait, « A l'aveugle de Bagnolet. »

Faut-il enfin que je le dise

On le voit, pour son intén't,

Moins à la porte de l'église

Qu'à la porte du cabaret.

Pour ceux que le plaisir couronne.

J'entends sa vielle qui résonne :

a Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît,

» Le plaisir rend l'âme si bonne !

<i Ah! donnez, donnez, s'il vous plait,

'• A l'aveugle de Bagnolet, »

CHANSONS Dlù UÈKANGEK

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