‹ Chansons de Thibault IV (volume 2)Chapitre 6 sur 26 · CHANSONS D'AMOUR · texte numérisé non relu

CHANSONS D'AMOUR

N« 1. — Man. 184 supl. F. ~ 66, 67, fonds Caogé : musique. — M. n» 7613. —59, fonds La Vallière.— Souvent elle commence par : D'envis sent mal, qui ne l'a appris. — La fable de Narcisse, à laquelle l'auteur fait illusiou, est citée inexactement. Narcisse ne se noya pas. — Cette erreur est rectifiée dans une chanson adressée à Thibault. Voyez note du no 18 — Ces couplets sont disputés à Thibault par Guillaume LeVinier, trouvère du Nord.

a — Ne faut-il pas lire : Vers lui , qui est à sa Dame

ententis?

b — Moût vauroit qu'ele en seust ma foi. L. c — Se je vos aim ! ci a belle entreprise, L, d — Si com je croi. L.

No 2 — Man. Mouchet , S. — 7615 : musique. — 184. Sup. F. ; musique. — 66, Cangé : musique ; vignette. — Elle représente une jeune fille et une licorne endormie à ses pieds. Des chasseurs vont s'emparer de l'animal fabuleux. Les traditions de la vénerie au xiiie siècle admettaient ce mode de chasse. Les yeux d'une pucelie fascinoient la licorne , disaiton ; et elle ne pouvait plus résister. Voyez à cet égard le Bestiaire de M« Richard de Furnival, auteur et poète picard. Manuscrit du fonds La Vallière, fol. 79. — N© 2756. — Le m. de Berne attribue cette chanson à Pierre de Gand.

a — 184 — De son enemi — De son ami. L.

\) — 7615 — Et moi ont fait de tel semblant. L.

bb — Mouchet, 8. — Mon cuer n'en puis pas avoir. L.

c — Mouchet, 8. — Douce Dame, quant je devant vos fui. L.

ce — Moult tost ont un homme saisi. l84.

d — Les deslrois de ces huissiers. L, — Et les tourments

des .111. portiers : Mouchet, 8.

e __ 184 — En cest uis : L. — En cestui : 66 — S'il est

ainsi com je vos di , n'i a pitié fors que merci. Mouchet, 8. f — Mouchet, 8. — En la prison et de moi près , 184. —

En vostre prison et moi après. L.

g — Il manque peut-être ici un vers. — Ne faut il pas : Mais

non de faire sostenir ?

N» 5. ~ 65. Arsenal. — 184, Suppl. franc. —Mouchet, 8 — 66, 67, Cangé : musique publiée par La Ravallière. a — Cangé 67. — Di li qui tant m'agrée. L.

b — La blonde coronée : 66, Cangé. — Cette Tarianle est célèbre. Cette chanson, qui commence le manuscrit 65 de l'Arsenal , y est illustrée d'une miniature représentant un jeune trouvère nu-tête, jouant de la vielle et chantant devant plusieurs personnes ; d'eux d'entre elles sont assises et portent couronne. Le scribe a-t-il rais le mot coronée pour rattacher la chanson à la vignette? Ou l'artiste a-t-il couronné ses personnages pour entrer dans l'esprit de la chanson ? C'est ce qui est difficile à dire. Le mot couronnée ne se trouve que dans cette leçon ; — ailleurs on lit : blonde colorée. Le terme couronée suffirait-il pour désigner la reine Blanche ? Non sans doute. Duchesses , comtesses , portaient couronnes. Le poète fait toujours de sa dame une reine de beauté. Blonde couronnée peut signifier reine des blondes. Enfin ce qui fait croire que l'auteur a écrit blonde coulorée , c'est que cette locution se retrouve dans plusieurs autres chansons.

No i. — Manuscrit 65 , Cangé : musique. — Cette chanson est généralement attribuée au sire de Coucy. Cependant le manuscrit 63 Cangé la donne à Gasse-Brulé. Le manuscrit que possédait Estienne Pasquier, (Recherches sur la France, 1663, in-folio , p. 601 ) ' commençait par cette pièce et la donnait sous le nom du roi de Navarre. Nous la lui laissons, d'autant plus que les commentaires, qu'on en a fait, la constituent pièce du procès. — La Ravallière ne l'avait pas éditée. — On remarquera qu'elle a été composée pour être publique. A la fin l'auteur s'adresse aux seigneurs de la cour.

No 5. — Mouchet, 8. — Cette chanson est inédite. — Le deuxième couplet prouve que Thibault portait ses hommages en bon lieu sans doute, mais ailleurs qu'aux pieds d'une reine. il s'agit ici d'une de ses premières passions, d'une dame qui le fit poète. Nous pensons pouvoir nommer sa muse. — Raoul de Soissons, sr de Coeuvres, poète et ami de Thibault, épousa une demoiselle de la maison de Hangest. Elle avait pour prénom unique celui de Comtesse. Raoul mourut avant 1276, et sa fille Yolande épousa Bernard sieur de Moreuil. Thibault fit donc des chansons pour d'autres que pour Blanche : et l'on remarquera que dans celle-ci le style et les pensées ont les mêmes caractères que dans toutes les autres ; le poète s'y montre, comme à l'ordinaire, tendre et respectueux

No 6. — 184. — 66. 67 : fonds Cangé. Musique. —-Cette chanson est jolie. Le -ie couplet mérite attention. Est-ce à la reine Blanche que Thibault p^^ut demander un rendez-vou$

nocturne. — En se comparant à Tristan dans celte chanson et dans celle qui porte le n» 43; il provoqua le trait satyrique lancé contre lui par la chronique anonyme de S» Magloire. V. ci-après pièces à ï'appui, n» 4o.

a — 66, 67. — Las ! que ne soit assise, ,— ou esprise. L. b — 66, 67. — A vos s'en va. L.

c — 66, 67. — Li dois maus dont j'atends joie , ^Megriève, sème desloie. L.

M'ont si grevé, mors sui s'ele mi délaie. iSA. ce — Dirai vos que mon cuer emblé m'a. L. d — 66, 67 — iSi — Ne pot avoir tant come il ot durée. L. e ~ Et s'amor garder, qui l'aura. 66, 67.

No 7. — 7615 musique. — 184 — 66 Cangé : musique. — Dans cette chanson , Thibault semble répondre aux reproches d'ambition> qu'on lui faisait. Le 5e couplet peint bien la nature de ce cœur amoureux et volage. — Cette pièce fut faite pour un ami. i

a — Et grant chevance. 7613.

b 66 — Corn faus. L.

c — 7615 — Ce est raisons qui a amer-emprent. L.

d — Que tous les biens savez. 181, 7615 , 66.

e — Il s'agit ici de Philippe de Nanteuil. V. notre volume

des Chansonniers de Champagne aux \2^ et 15e siècles,

f — Bien est s'amour a la moie tornée :

Toujours iert mais de bêles dames amez. L.

No 8. 184 — 67 : musique. — 66: vignette. Elle représente un jeune homme qu'une flèche frappe au cœur. — Dans le 4e couplet, l'auteur reproche à sa Dame sa timidité et sa jeunesse en amour. — Blanche veuve , mère de onze enfants, femme de cœur et d'énergie, ne peut dans aucun cas être l'objet de xette plainte.

a — Contre le tans, qui devise

Yver et pluie d'estey.

Et la mauvis se deluise. 66 , 67 , 384. b — 184 ^ — Alerance. — Estrivance. L. c — 66, 67, 184. — Le feist expérimentep. L, d — 184 — Diex m'i doint merci Iroverl L.

No 9. — 7615, — 7222 — 66, 67: musique. — Mouchet, 8 : musique. — Dans cette chanson l'auteur déclare que sa Dame est priée d'amours par bien d'autres gens que lui. Il s'adresse donc à une coquette.

a — Que grant avoirs : 66, 67, Mouchet, 8. — Qui mal en

veut ouvrer. L.

b — N'estre ostagiés : 66, 67. — Sans bêle guise non •

Mouchet , 8.

c — 66, 67. — Ja par amour n'aimera riches hom Mes il mentent li losengiers félon Car qui plus a, mieuz doit amour garder. L. d — Esbaudir : L. — Et baudise, — Esbaudis cuer. 66, 67. e — 72"'22. — Lors me laidange, et confort et maudi. L. f. — 7222 — A doulour vis , si muir ne me convient. L.

No 10—67, 66 Cangé : musique. — 66: vignette. Elle représente un amant aux genoux de sa Dame. — 18i: miniature remarquable. On y voit Thibault à cheval , l'épée à la main. 11 porte un casque surmonté d'nne couronne d'or à trois fleurons , et un bouclier rouge aux armes de Navarre. Son armure tst de fer doré. Le cheval noir, qu'il monte, est revêtu d'un drap rouge aux armes de Navarre. Cette peinture, qui lappellé le sceau de Thibault, est à peu près reproduite dans une petite gravure placée en tête de la page .i. de l'édition de 1742, a — Que je vos aim sor tote rien. 66. b — Il faut lire : Por ce le métrez en obli. — Por ce sel

metez en oubli. L. — Ne faudrait-il pês: Pour ce me

mettrez en oubli?

No 11. —184. — 66 , 67 : Cangé. Musique. — Cette pièce prouve que les idées galantes s'alliaient sans scrupule aux idées religieuses; mais comme dans cette chanson l'amour domine , nous l'avons classée parmi les poésies amoureuses.

a — 66, 67. — .Si' raison est que je por li morroie. L. b — La verrai-je ma Dame sans cops rendre. 66, 184. c — Ne quiert muer. L. — Ne puet parler. 56, 67, 184. ce — A ses dois mes cointes si bel açaindre 184. — Si desataindre. 66.

No 12. — 76!3. — Mouchet, 8.— i84, — 66. 67: musique. — Il parait, d'après ces couplets, que la Dame de Thibault chantait. V aussi chanson l9. On n'a jamais dit que la Reine Blanche, entre autres mérites, ait eu celuilà. , — Le Dante (œuvres compieles ; Vouisc, in 4», 1758 , tom IV^ , dans son traité : De vulgari eloquentia , cite cette chanson comme un modèle de vers undécasyllibiques. Il attribue aussi à Thibault une autre pièce, ((ue généralement on

place parmi les œuvres de Gace Bralé (manuscrit 65, 67). Au surplus, la voici :

Ire d'amours, qui en mon cuer repère,

Ne me let tant, que de chanter me liengne.

Grant merveille est, se j'en puis chançon trère ;

Car je n'i voi l'acheson , dont il viengne.

Car li désirs et la grant volenlé ,

Dont je suis si pensis et esgaris

M'ont si mené , ce vos puis je bien dire ,

Qu'à peine sai connoistrc joie d'ire.

Et non por quant tôt li cuer m'en esclaire D'un bon espoir ; Dex doint que il aviengns ! Molt par devroit à ma Dame desplaire , Se eeste amor m'occit : bien l'en conviengne. Mort m'a ses cors le gent , li acesmés , Et son dous vis freschement colorés , Et sa biauté , dont il n'est riens h dire. Dex! por qu'en ot tant à moi desconfire?

Irer me font celé gent de maie aire , Plus que mes mais , que por amor sostiengne. Riens ne lor vaut : ja ne porront deffaire Qu'amors ne m'ait et qu'au cuer ne me tiengoe. Si faitement me sui à li donés , Que ja sans mort n'en cuit eslre tornés. Puis qu'on ne puet vers amors escondire , Ne r doit l'en pas à fins amans esclire.

Joians désirs , dont j'ai plus de .c. père ^ M'occiront voir , ains qu'en la joie viengne, Qui los jors m'est promise por atrère. IVîès je ne cuid qu'à ma Dame en souviengne , Qui Dex dona valeur et trop biautés.

Mes contre moi si est orguels niellés : Si n'ai povojr de tel tort contredire. Puisque mes cuers me vuet por li occire.

Très grant amor me fit folie faire :

Si ai paor que longues la maintiengne. Mes je ne puis pas mon corage retrère : Issi me plest, comment qu'il m'en aviengne. Par tel reson sui povres esgarés , Quant je plus vueil ce , dont plus sui grevés. Et en l'esmai m'estuet joer et rire : One mes ne vi si décevant martire.

lia! Quens de Blois , vos qui fustes amés, [ Tiengne vos en , se vous' en remembrez :

Car, qui d'amour oste son cuer et tire > Aventure est se grant honeur désire.

C'est à l'occasion de ces couplets que le Dante donne à Thibault le titre de maître incomparable. L'éloge doit revenir à Gace. Voyez notre vol. des Chansonniers de Champagne. a — 7613. Mouchet 8 — Séance et beauté. L. b — 66 , 67 — Tous trois sont un , qui bien i a pensé. L. c — 67 : Mouchet 8 — De moi ont fait leur chemin ferré. L. d — 67 — Les grans biautés et li biens que j'ivi. L, e — En amours a proesce. 67 f — Cil dui sont troi. 66 , 67.

fhis. — Ou amors a et reut et refui, 67. — Retroit et ravi. L. g — Que nus n'i fait. L.

h — A mon hostel, 67 — Ou je sui. 7613. i — Mouchet 8, 66 — Je n'i vois plus ; mes à Dieu me

commant. L.

j — Car tous biens fais ai laissié por cestui. Mouchet. 8. 1 — Ma belle mort ou ma joie i atent. — Id. m — Se de s'amour i deignoit assener. — Id, n — N'en poroit nuls sachier. — Id.

G — Mon message noncier. L. — Mon corage envoier. 184.

No 13 — 184 — 66, 67 : musique. — Cette chanson ne

fut pas faite pour Blanche : elle est envoyée à Thibault de

Blazon.

a — 184 — Forment amois 67 — Formant à moi — Qui aim forment guerroie. L.

b — Plour li fait ses dolors. L.

c — 67 — Recorderoit toute voie. L.

d — 66 , 67 — Est il sus la meillor. L.

dd — Qu'adès m'estuet que la voie. 66, 67, 184.

e — 66, 67 — 184 — Chançon , va tanlost si di A m'amie de par mi Qu'elle te face chanter. L.

f — V. surThibault de Blazon notre vol. des Chansonniers, p. 18.

No 14. — 184 — 7613: musique — 66 : musique. — Cette chanson paraît être une réponse : l'auteur semble dire que la Dame, à laquelle il s'adresse, ignore son amour. a — Ne soiez deceus. L. — Ne sui pas. 66. b — 184 — Et doner bien et joie. L. c — Se tuit sont li mien oel de ma chière. 184.

Car trop sont loings 11 mien huiz de ma chièr«. L.

d — Recevez le , Dame, s'il vous agrée. 66.

No 15 — j 84 — 66: musique. — Cette chanson a été altérée et publiée sous le nom de Thibault dans ranlhologie française. Le premier vers est tel :

Las ! si j'avais pouvoir d'oublier.

a — Espoir fait faire grant folage. L. b — 66, 184 — Là où ne puet avenir. L. c — S'iert bien ma peine sauvée. 66.

d — 184 — Que seul la désirée. L.

e — Por ce fait Amours doloir 66.

f — 66 , 184 — Vous vueil monstrer sans contendre. L.

No 16 — 184 — 66 : musique.

a — 66, 184 — Mais cil est dous et puissans. L. b — Qui de tous maus m'est garans. 66. c — 66 — Jamais je ne querroie voloir

Envers Dieu merci si grant, L.

d — 66 — 184 — Que je vodrois tant avoir. L.

No 17 — 184 — 66 : Musique — Dans cette chanson Thibault ne dissimule pas qu'il aime de divers côtés ; mais il prétend que c'est pour mieux dissimuler sa passion véritable. Qu'on n'oublie pas ses quatre bâtards.

a — 184 — Et soffrir bien qu'autre mal, si l'avoit. L.

Que soffrir bien autre mal se l'avoie. 66. b — 184 — Les graus biautés com si pot acointier. L. c — 184 — En cortoisie. L.

N° 18— Mouchet 8: musique — 7613 — 66: musique. — Cette chanson paraît adressée à Raoul de Coucy ou à Raoul de Soissons , chevaliers et poètes picards. Il est possible que Thibault en ait envoyé copie à d'autres en changeant le nom du destinataire. Le manuscrit 1615 nous livre une réponse faite à ces couplets , et les place sous le nom d'un poète nommé Jean. Ce nom peut en désigner plus d'un. Le manuscrit Cangé 67 donne cette pièce à Messire Thierry de Soissons (p. 128), et le manuscrit l84 à Raoul de Soissons. Le manuscrit de Berne la conserve sous le nom du Roi de Navarre. Quoiqu'il en soit, la voici :

Jehan au roi de Navarre :

Roy de Navarre , Sire de Vertus

Vous me dites qu'amours a grant poissanee»

Certes , c'est voir ! bien l'ai aperceu ,

Plus pooir a que n'a li Rois de France. Car de tous maus puet donner aligance Et de la mort confort et garison.

Ce ne porroit faire nus mortiex hom.

Que Amours fait bien le riche dolouser Et le povre de joie quaroler ( coroner 67 ).

Amours m'a fait son povoir esprouver Plus qu'à nullui , ce sachiez sans doutance : Que onques mon corps ne puet à ce mener Paour de mort, dont je suis en balance, Que tout adès n'eusse en remembrance Ma douce Dame et sa noble façon.

Car de biautés i truis si grant foison, Que li pensers me faisoit oublier Paour de mort et ma santé cuidier.

Dieus ! qu'en puis je ! Celle a mon cœur entier: Que tout li bon désirent s'acointance.

Certes ja nus ne m'en doit chastoier : Que ja por mort n'i aurai repentance De recorder sa très belle semblance.

Et quant j'aurai de ce confession , Ne me doiut Diex santé, si la mort non. Car quant mes cors la parole perdi , Disoit mes cuers : Douce Dame , merci l

Ha I je l'aim plus cent tans que je ne dis. Si me doint Diex de mes maux aligeance! Car de m3s ieus si belle riens ne vi ; Ne je ne vis de si très grant vaillance. El s'a adès si sage contenance, Que en siècle n'a losengier ne félon, Qui de Jui peust dire se tout bien non. Sire , quant j'aim Dame de tel valeur, Loés la moi : si ferez vostre honneur. (1)

Longues me sont les nuis et lonc li jour, Quant du veoir fais trop grant demourance. S'en plour souvent de souspir de paour, Que son ami ne mete en oubliance.

Or ai ge dit folie et enfance !

(i) Thibault avait donc l'habitude de chanter les dames, même celles de ses amis.

Qu'onques ses caers ne pensa traïson.

Ains est si bons et de si bon renon, Que ses vers euls ne m'auront engingnié, Ne ses fins cuers ne sera sans pitié.

Moult truis mon cors de mon cuer esloingnié Et de ma Dame , en qui j'ai ma fiance. Si de li me sentoie embrasié.

Santé auroie et de joie abondance ; Car de s'amour , de sa bonne vaillance Ne prendroie toute France et Digon.

Ha ! Douce riens , de qui fais ma chanson , Confortes moi ! car je ne puis garir Sans votre amour, ne de joie enrichir.

Rois, en qui j'ai amor et espérance , De bien chanter avés assez raison.

Mes mes plours est souvent de saison, Quant je ne puis veoir ce quej'aim plus, Qn'onques n'ama son ombre Narcissus.

No 19-- 184-7613 : musique. — 66 , 67 : musique. L'air de ce manuscrit ne nous paraît pas le même que celui publié par La Ravaillière. — 66 , vignette : un jeune homme assis tient à la main un rouleau de parchemin , où se trouve sans doute écrite une chanson. — On voit par les derniers vers que la Dame de Thibault chantait. Voyez aussi à cet égard n° 12.

a — 184 — Grief m'en sont li sopir. L. — Joie en font mi

sospir. L.

b — 184 — Se nus n'a tele voie L. c — Mais se nus puet à bonne amour venir. 7615. d — Que beautés ne vos ait oubliée, 184. — est oubliée, 66. e — Je vous vueil dire et conter ma dolour. L. f — Que par vous soit mire et confortée. 7613, 66. g — 66. — Toute m'entente i ai ge tournée. L. h — 66, 7613. — Ne mesferez donc, Dame, à l'entrée. L.

No 20. —184, 7613, 66, 67. Mouchet, 8. — Les 4 derniers contiennent l'air fait pour cette jolie chanson. — 66 ; vignette. Un jeune poète montre au doigt d'un air railleur un arbre verdoyant. Elle rend assez bien le trait lancé par Thibault contre les poètes printanniers de sod temps. Casse consacre au retour des beaux jours plus du quart de ses

«bansoDs. D'autres auteurs ne sortaient pas de ce lieu-commun. Thibault lui-même ne l'a pas toujours dédaigné. Voyez chanson 29, 4, 8.

a — 184 , 67. — Moienne gent. L.

b — ■ 67. -- Ahaier. L. — Essaucier : 7613.

c — 7615. — Aime cent et plus assez : 67, 184.. — Aime tant et plus assez. L. — Quelle que soit la variante que l'on adopte, il est évident que Thibault chantait une Dame entourée d'adorateurs.

d — Je la voil engignier. L.

e — Car li plus faus : 184. — En fait mains à prisier. L^

f — 7615. — Mais grans anuis i a meslier sovent. L.

g — Plus que n'a sens , ne reson ne plaidier. 67.

No 21. — 104, — 66, 67, Mouchet, 8: Musique. — 66. Vignette sans intérêt. — La Gn de celte chanson paraît une allusion aux cruelles calomnies répandues contre la Reine et Thibault. L'auteur en prend gaiment son parti : ce qui ne peut s'admettre que si toute la cour savait que les factions seules avaient inventé de pareilles accusations. — On voit qu'il les brave ; car il envoie sa nouvelle chanson à trois de ses amis.

a — 184 — Li dons maus moi fait languir. L. — Que li

maus d'amors m'occist : 66. — Li dous mous d'amour

m'occist. Mouchet, 8.

b — 184, — 66. — Dieus ! tant fort quant la remir. L. 6.

Biaus sire Diex , tant la désir. — 67. c — Ce couplet est cité par Fauchet et par Favin dans son

histoire de Navarre. 11 ne serait concluant que s'il était

prouvé que Blanche avait pris un cerf pour emblème.

D'ailleurs, les derniers vers démontrent que Thibault se

joue ici des médisants.

d — 66, 184 — Je ne voi ne bas ne haut. L. c — 66 — Ans deux. L. 67. Mouchet 8. f — Plus sors qu'un ors espaignois. 66. g — 67, 184 — Que trop het les cortois. L. h — Que emble fèves et pois. Mouchet 8. i — L. — N'est tant destrois , n'envieus , ne envers moi dolo-

reux, I84. — N'escuiers luxurieux; Mouchet 8. — Ne

moigne luxurieux. L.

j __ 66 — Ce vers , dans l'édition de 1 742 , est représenté

par celui-ci : — Je le vos dis en oiant* — Il se trouve

l'avant-dernier du couplet.

m — Il s'agit ici sans doute de Philippe de Nanteuil , peutêtre de Renaut de Sabeuil , chevalier et poète du temps. Quanl à Lorent , je n'ai pu savoir qui il était ; Thibault le nomme encore ailleurs. Gasse-Brulé étoit aussi lié avec lui et le cite dans ses poésies.

No 22 — 7613 : Mouchet 8. — Si cette chanson est du Roi de Navarre , comme semble l'indiquer une note du manuscrit Mouchet 8 , elle serait curieuse en ce qu'elle montrerait Thibault aux pieds d'une blonde ou d'une brune. Nous avons laissé les mots intéressants parmi les variantes pour éviter le reproche de partialité.

a — Tant com entoie : Mouchet, 8.

b •— Le quart de dolour : id.

c — Car se pitié. 76l3.

d — Tant mar l'aime, id.

e — A vous aimer ai mon cuer duit. id.

f — De la sade brunette : Mouchet , 8.

g — A la belle t'envoi. 7615.

No 23. — 184. — 66, 67 : musique. — • On remarquera que le dernier mot de chaque couplet commence le suivant. a — Cette chose me devroit mouî seoir. L. b — It n'i a point de pont. 184.

c — Celer dit-on que mieux vat à l'ami. L.

No 24 — 7613 — 66 — 181 : musique — Mouchet 8. — Cette chanson prouve que Thibault ne fit pas toutes ses chansons d'amour de suite : comme tous les poètes, il prit, déposa et reprit la lyre quand les idées lui vinrent.

a — On ne voit mais nului , qui vit ne chant. 7615.

b — 7613 — Pour ce que je vauroie. L.

c — El mont ne voi nului , qui très bien aim. Mouchet 8.

d — Cil qui aime; ains Dieu ne fist celui. 7615,

N» 25. — Mouchet 8. — Jean de Brienne et Muse Aliate disputent cette chanson à Thibault. Dans le doute, nous la lui laissons.

a — En pur don longuement. L.

b — Car je ne l'aim, ne ne m'en puis retraire. Mouchet 8.

c — Ainsi me lient Amour à son voloir. — Id.

ce — Mouchet 8 — Ains me détient autressi par semblance. L.

4 — A mal peour : Mouchet 8 — Et sans fiance. L.

e — Mouchet, 8. — Qu'il me convient ce qu'eleveut voloir. L. f — Mouchet, 8. — Qu'il n'i convient pas trop grant maiestire. L^ g — Qu'on ne se puet d'amours mie garder. Mouchet, 8, h — Qu'on vos doit bien servir et honorer, id. i — Mouchet, 8. — Puisque mercis ne me puet rien valoir, h. j — Fors biau parler , et servir, et souffrance. Mouchet, 8.

Fors que dou tout mettre en sa souffrance. L. 1 — Mouchet, 8. — Tant i covient qui joie eu vuet avoir. L.

No 26. — 184 — 66 : musique, a — S'ans m'aligance brisier. 184.

b — 66. Pour çou ne m'en os meller. L.

No 27. — 7613: deux airs différents, fol. 29 et 79. — 184 — 66. Cette chanson est attribuée à Monnios (de Paris ou d'Arras) par le manuscrit 7613. — D'après son envoi elle dut être composée après 1239. Or Blanehe avait alors 52 ans. — Si ces couplets étaient faits pour la Reine , le poète n'aurait-il pas évité de faire dans le cinquième couplet une allusion à son âge ?

a — 7613 — Por ce vos pri d'amors douche semblance. L.

b — 7613 — Que de mes iex seul ne me puis aidier Dou regarder , dont je ai désirier. L.

No 28. — 76l3 : deux airs différents, fol. 72 et 170 — Mouchet 8 — 66 musique — 184. — Cette chanson, faite probablement en croisade ou en Navarre, pour les amis que Thibault laissait en Champagne , n'a donc rien de mystérieux.

a — Que trop .mentent li anquant. 7613. fol. 170.

b — Mais ma Dame doit connoistre. L. — A leur fins dis, 7613.

c — Qui plus de moi n'aim nus i

Si en vueil amendement. Mouchet. 8. d — ¥os débonnaire dis. 7613 , fol. 170. e — Ne tanfox d'Alemaigne 7613. — La Ravallière propose de lire : Ni qu'un froid d'Alemagne. — Ne pourroiton pas lire : Ni qu'un fols d'Alemaigne ? f — Si vous en rent les grés. L.

No 29. — 7613. — Cette chanson inédite nous montre Thibault en flagrant délit d'hommage aux printemps.

a — Le mot amoureusement ne signifie-t-il pas ici : En se faisant longtemps prier d'amour?

No 30. — 7613 : musique— 184 — 67, 66: musique.— 66 ; vignette : aile représente un jeune homme assis , appuyé sur le coude et rêvant. — Celte chanson est faite pour être envoyée à Nanteuil.

a — 7613 — Que tous dis est mes cuer maltalentis. L.

b — Couardement , paoreux , sans doutance. 184.

G — 66. — Amors de vos ne me dois pas loer. L.

d — Ph. de Nanteuil. V. Chansonniers champenois, p. 48.

e — 184. — Trop petit valoir. L.

No 31. — Nous n'avons trouvé ce texte inédit que dans le manuscrit Mouchet, 8 : aussi n'a-t-il pas toute la clarté désirable. — On remarquera que Thibault se plaint des médisans, qui dénaturent son amour.

No 32 — 7222 — 66: musique. — Cette chanson, non publiée en 1742, a été éditée par Laborde dans ses essais sur la musique, t. 2, p. 227. Elle est du plus haut intérêt : elle prouve que Thibault travaillait pour les concours du Puy d'Amour. Ces chansons ne sont donc que des jeux d'esprit.

a — Dame d'amors et li max que je trai. Laborde.

b — Si me tairai que je ne li annoie. 66.

c — Miex choisir ne sauroie. Laborde.

d — Aillors penser qu'à li. id.

e — S'elle savoit et dont s'en fust en voie. Laborde.

f — Ces deux vers ne sont pas dans les manuscrits 7222 et 66.

No 35 — 184 — 66, 67 : musique.

a — 66, 184. — Pour couse d'amer me dueL L. b — Qui en plusieurs leus m'essaie. 66. c — Mais de cuer aira, qu'est de greigneur povoir. 67. d — Maintes gens ont un escuel. 184. e — Qui trop set faire grief plaie. 67, 184. f — 66. — Dame, qui part au besoing. L. .

g — Et je pert sans reson querre 67., h — 66. — Demain autant me harra. L.

i — 66, 67. — Molt grants'ena bien querre. L. j — 66, 184. — Et a doutis sans requerre. L. k — 66 — Moult vauroie ors escoter. L. I — Si qui le cuer outre saille. — L. m — 66. — Qui mie me nuist 67. — Qui ja me despleust. L.

No 54. — 184. — 66, 67 : musique publiée par La Ravallière.

T. 2, p. 309. — Le 4e couplet n'est-il pas une protestation contre les projets ambitieux imputés à Thibault? a — La voyelle E est répétée 3, i et même 5 fois, suivant

les manuscrits.

b — Je meisme a toi tenu. 66.

c — Tel renom. 66.

d — Mort m'a boni 66. — Mort m'a hom. 67. — Ce serment par la mort de Mahomet sent la croisade, ou au moins les Pyrénées.

No 35. — 184 — 67 , 66 : musique. — 66 ; Vignette. Elle représente un jeune poète assis,- écrivant sur une bande de velin. — On remarquera que les deux derniers vers de chaque couplet riment avec les deux derniers du ceuplet précédent.

a — Puis pren conseil de ci faire chanson. L. b — 66, 67. '- Ainçois sera Yvers pour pluie faillie. L. c — 66, 67. — Por ce se j'ai de moi grant paor, n'en

puet pas. L.

d — 66 , 67. — Qui ne porroit por riens quitier s'amie. L. e — 66, 67 — Par ce son il en si grant covertour, ce n'est pas. L. f — Nul ne porroit de cestui mal esciver. 184.

No 36. — 7613, 184, 66 : musique, a — Le mot Valara, qui constitue le refrain, se trouve dans certaines leçons répétées deux fois. Dans le manuscrit 66 on lit Valarara.

b — 66. — Bonne et belle et coulorée. L. c — 66. — 184, — L'amour que vous ai donnée. Que je ai tant désirée Quant prierai. — L.

d — 66, 184. Ne m'oubliez mie. L.

e — Plaise vous que en ma vie

Iceste parole die. — 66 , 184.

f — 66. — Ce vers ne se trouve pas dans l'édition de 1742. La Ravallière le donne comme une variante du quatrième vers du dernier couplet, g — 66. — Dont je li pri. L.

No 37. — 67 : musique. — Cette chanson , inédite en 1742, a été publiée d'une manière incomplète par Laborde (Essai sur la musique, t. 2, p. 229.; Elle a été aussi attribuée par divers textes à Gauthier d'Espinois , et Richard de Fournival.

X — De ma doleur complaindre. Laborde.

N" 38. — 66 , 67 : musique. — Eucore une chanson faite pour un ami. Celle-ci dut être envoyée à un noble champenois , Guillaume de Garlande , vassal de Thibault , et sans doute son frère d*armes.

a — Noblet ou Noblor paraît avoir été le nom ou le surnom de la famille, de Garlande : V. Duchesne , histoire de la maison de Dreux , liv. xi , p. 658. — Gace-Brulé fit aussi des chansons pour ce chevalier.

N° 39. — 7615, 184, 67, 66 : musique. — 66 : vignette. Un jeune homme assis, appuyé sur son coude, paraît rêver. Sa figure est résignée. — Au premier [vers lisez : Qui plus aime , plus endure.

a — Mais je n'en puis point avoir. 66, 67. b — Diamant en mon recort L — D'aymant en mon recort.

66, 181. — Dyamans que j'en recors, 67. c — Des péchiés et de l'ardure. 67.

d — Je n'en deusse partir. 66.

f — Âins me het pour li servir. L. — Ains me veut par li

traïr. 67. — Ains m'i veut por lui occire. 7613, f — 184. — Que vous jugiez maintenant L. g — Ma grant joie en devient ire

Que ne 1' sauroie conter

Qu'en nul sens ne trui manière. 67.

h — Rancunous et Arabi. 66. — La Ravallière pense qu'il

s'agit ici de Raoul sire de Coucy , tué à la bataille de

la Massoure en 1230. — Cette chanson peut s'adresser

aussi à Raoul de Soissons , ami de Thibault.

N» iO. — 66, 7613 , Mouchet 8 : musique.

ai — Mouchet 8. — ^-Sçavez pourquoi Amours o non amours. L.

b — Diable , qui chastie. Mouchet 8,

c — Estroitement se j'aie ja raerchi. — Id.

d — 66. — Trester de félonie. L. — Que le puet-on recorder félonie. Mouchet, 8.

e — 7613 — Je suis tout homs. L.

f — 66. — Et en sont bien chier mon avancement. L. — Car en son bien truis mon avancement : Mouchet, 8 — Et sont bien chier tout avancement. 7613.

g — Car de seigneur. 66. — Car de s'oneur. Mouchet, 8.

h — 7615. — Car ele i a tout veu et oï, L.

i — Ne se peut estandre. L.

U — Aussi dès jou c'est pour moi désenfler. L,

j — 66. — Quand on en ot parler. L.

k — Ces deux vers, inconnus à La Ravallière, nous sont donnés par le manuscrit Mouchet, 8.

I — Mouchet 8. — En un confort, qu'araors scet aux siens rendre, L.

m — Qui ses annuis i sauroit bien haïr. — Mouchet, 8.

n — Joie et secours pour avoir trop grant mal. id.

0 — M. 8, — La rniex embaufamée. L.

i\o 41. —'Mouchet, 8. — Cette chanson est inédite.

No 42. — Mouchet, 8. — Cette chanson est inédite. On remarquera que Thibault déclare qu il y a déjà cinq ans qu'il aime sa Dame.

Mo 45. — Mouchet, 8. — 6G : musique, — Cette chanson a été publiée d'une manière incomplète par La Ravallière , d'après Estienne Pasquier. Celui-ci la cite comme un chefd'œuvre dans une de ses lettr.^s à Ronsard (édition 1725, t. 2, p. 59. ) — Cette chanson est remarquable et prouve que ce n'était pas en l'honneur de Blanche que Thibault écrivait. Elle fut faite après le retour des croisades. — l24i ^ 124'2. A cette époque Blanche avait 55 ans. Or l'auteur dans le premier vers du deuxième couplet, dit que sa Dame est jeune, gaie, coquette. Il la nomme la Rose de beauté.» — Thibault se compare encore ici à Tristan ; ce qui explique le passage satyrique de la chronique de St Magloirc , que nous publions ci-après,

a — Mouchet, 8. — Dont mille fois la douleur m'assouage. L. b — Le voir, et la joie. Mouchet, 8. c — Mouchet, 8. — En droite iceine. L. d — Mouchet, 8. Vers inconnus à La Ravallière. e — Id. — Et s'amour naist mie en moi trop vilaine. L. f — Id. — Ja sans mentir n'en ferai pénitence. L. g — Id. — Vers inconnu à La Ravallière. h — Id. — Ces trois vers étaient inconnus à L. — Archier est peut-être Jean d'Argies ou d'Argier, poète contemporain de Thibault. — 11 s'?git encore ici de Raoul de Soi:^sons, seigneur de Cœuvre, chevalier et trouvère Picard.

No 44. ~ Mouchet, 8. ~ Cette chanson inédite est antérieure à 1259. Elle peut dater du jour où Thibault prit la croix ; 1235. —Blanche avait alors 48 ans.

No 45. — Mouchet, 8. — Cette chanson inédite paraît faite à la même occasion que la précédente. — On remarquera le dernier vers, il prouve que Thibault s'adresse à une dame, qui reçoit les hommages de tout le monde.

N» 46. — 184. ~ 66, 67 : musique. — 66 : vignette. Un jeune trouvère, assis, lit ou chante des vers écrits sur une bande de parchemin, a — Tains et pers. 66.

b — G7. ~ Qui bien le scet atendre. 66, c — L'on i puet bien mainte chose mesprendre. 67. d — Leur grant honour atendre. 67.

e — N'i doi perdre, s'on ne m'i velt deffendre. 184. f Sans plus cop prendre. 67.

No 47. — Mouchet 8, — 66 : musique. — 7615 : deux airs différents , fol. 37 v» et fol. 170 vo. — Cette chanson est souvent citée : on lui a donné une importance qu'elle n'a point. — La Ravallière soutient que, puisque Thibault se compare à Pyrame , sa Dame oe peut être Blanche : car Thysbé était jeun et n'était pas libre : or Blanche était reine, libre et d'un âge mûr. D'abord Thibault souhaite que sa Dame soit Thysbé , c'est-àdire qu'il désire être aimé comme Pyrame le fut par Thysbé. L'histoire de ces infortunés amants était , au xiiie siècle, aussi populaire que celle de Tristan et d'Yseult. Plus d'un trouvère l'a mise en vers. Les vers de Thibault sont simplement une allusion à un sujet connu. — La Ravallière croit encore trouver dans lo mot Aigle le nom de la Dame que Thibault aimait. La chose est possible , sans doute : mais ce nom peut être simplement allégorique. La Ravallière reconnaît , d'ailleurs , que dans un des manuscrits qu'il a consultés , on lit , au lieu d'Aigle , le mot Plaisans. — Thibault aima plus d'une femme en sa vie : aucune d'elles ne garda ses amours de 1220 à 1245. Ces chansons ne sont que des passe-temps de prince et des œuvres de poète.

a — 7613. — Pour quoi ma Dame dolor. L. b — Mouchet, 8. — Plaine de si grant douçor. L. c — 7613. — Donne, si face grand vigor. L. d — Que je ne vivrai plus. Mouchet, 8.

e — Ces vers sont placés autrement dans l'édition de 1742.

f — 7613. — Qui trait par si grant douçour. L.

g — Espris d'ardant feu d'amour. L. — Espris, ardent feu d'amors. Mouchet, 8.

Il — Dame, se le service Deu amasse autant. 6G.

i — Que je en paradis en eusse loîer. L. — Qu'en paradis n'eust nul tel loier. 7615.

j — Car en la foi faudront les droiturier. Mouchet , 8. -- C'est une allusion à la venue de l'Antéchrist annoncée par les saintes écritures.

k — Quant cruauté vaut merci ne proier. 66.

I — Ni bons amour, n'attendre longuement. Mouchet, 8.

II — Qu'atendre sans espoir. 66.

m — 7613. — Aigles s'en vont: ne pois merci trouver. Mouchet 8 — Aigle, sans vous. L. — Les deux couplets où on lit le mot aigle sont omis dans le m. 7615.

n — Amours sera mais pis. — Mouchet 8.

0 — Mouchet 8. — Où est la rose et le lis. L.

N» 48. — 7222. — 67 — 66 : musique. — Cette chanson permet de supposer que le Roi de Navarre donne son cœur à une Dame d'un rang plus haut que le sien. Mais d'une part elle est réclamée par André Contredit et Perrin d'Angecourt. — De l'autre, Thibault n'a-t-il pas, comme tous les trouvères de son temps, cherché prétexte à quelques vers d'amour respectueux ? Au surplus, l'auteur pTOteste contre les médisans : ce qui est encore de style de poète.

a — d€. — Son herbergage. L.

b — Amours me fist vilaine courtoisie. 66. c — 66. — Non sont; par Dieu, j'aime et si fait folage. L. d — S'espoir n'estoit, s'offrir ne la poroie. 66. e — 66, — Vostre home demeng. L.

f — • 66. — D'une chançon bêle par irélage. L.

No 49 — 184 — Mouchet, 8 — 7613 — 68, 67 : musique. — ^6: vignette. Elle représente un jeune homme assis près d'une dame sur un banc. Cette curieuse chanson nous peint la dame de Thibault entourée d'adorateurs, auxquels elle fait bon accueil. — Elle est, d'ailleurs, faite pour Raoul de Soissons on Raoul de Coucy, auquel on l'envoie.

a — 7913. — Mi grant désir. L.

aa — Qui ont veu son genl corps acesmé. L. b — M'ont si sorpris de bonne volonté. 67. — Sont si vers

lui de bonne volonté. 184.

c — Mouchet, 8. — Nés Dicx ! l'aime. L. — r,c vers

signifie : Ou elle n'aime aucun d'eux. — Ou : Nus d'eux qui ne Taime.

d — 6G. Qu'en sa valor sont. L. — De sa biauté sont. 67. e — 67. — Qui ne en die: 7615. — Nevousen die. L. f — Que la vauroit sovent ramentevoir. L. g — Tant me fet grief mal départir : GG. h — Amené fol espoir. L. — Aviegne fol espoir. 66. i — 67. — Car fins amans. L. — Qui mains fait vivre. 66. j — 66. — Et mes fins cuers , qui pense h desservir. L.

— Et mes fox cuers pense adès à guérir. 67. k — Que je ai fait por li grant désirier. 67. 1 — Tu puisse lancier : L. — Les osasse. 66.

N« 50. — 184, — 7615. — 66 : musique : vignette. Elle représente un trouvère assis , chantant et tenant à la main une bande , de parchemin, a — Sont mi œil tous jors à li. 76i5. b — 7615. — Mais moût guerredon es lent. L.

N» 51. — 184. — 7615. — Musique. — 66 : musique.

a — 7615, 66 — Que j'ai ; ne puis oster hors. L.

b -. 66 — Dolente, désespérée doit on gieter puer. L.

c — 7615 — Ne se pitié ne la fait faindre. L.

d — Le lien et merci criant. L. — Le leu : 7613.

e — Dame, cui j'aime tant, L.

f — - Renaut, cil qui sent. GG. — Cette variante ne permet-elle pas de croire que Thibault envoyait ses chansons à diverses personnes en changeant le nom du destinataire? — Bernard doit être Bernard de La Ferté , poète breton , aiïji de Pierre de Dreux , comte de Bretagne , auteur de diverses chansons. Nous en publions une h la suite du poème du tornoienient de l'Antéchrist. — Renaut est le prénom de plusieurs poètes ou chevaliers contemporains de Thibault. La Ravallière pense que l'ami de Thibault peut être le poète Renaut de Sabueil dont parle Fauchet. — Ce même Renaut est nommé, chanson 21 .

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