‹ Chansons du 15e siècle, publiées d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale de ParisChapitre 12 sur 100 · XXXVIII · texte numérisé non relu

XXXVIII

Souvent m'esbas, et mon cueur est marry : Je vis en dueil et en grant desplaisance,

XXXVII. — * Cette strophe, qui a un vers de moins que les autres et dont les rimes sont en dehors du système suivi dans le reste de la chanson, lui est certainement étrangère.

' Hée : reste de la vieille conjugaison du verbe haïr, devenu aujourd'hui si irrégulier.

XXXVIII. — » Cette chanson fait également partie des recueils de Bayeux et de Vire.

Toutes les foiz qu'il me vient souvenance 4 De la belle qui vers moy a failly.

Elle m'avoit promis et baillé foy Qu'elle m'amoit par sus tous loyaulment : Mais avec elle ung aultre je trouvoy, 8 Qui son plaisir faisoit secrètement.

One mes nul jour plus traîtresse ne vy, Car de m'amer elle moustroit semblance, Et sy disoit qu'el n'avoit desirance 12 D'aymer aultre; mais elle a bien failly,

[Ja creu ne l'eusse, je vous jure ma foy^ Jusqu'à présent que voy la tromperie : Celluy est donc bien plain de grant follie 1 6 Qui cuide femme tout seul avoir pour soy.

De leur semblant et d'elles je dis fy, Car tout leur fait ce n'est que tromperye; Il est bien foui qui en femme se fye : 20 Car a bien pou ilz^ sont toutes ainsi '.]

Pas n'eusse creu, certes n'en doubtez mye, Qu'elle eust voulu pour riens me decepvoir : Celluy est bien esprins de grant follie 24 Qui cuide femme tout seul pour luy avoir.

De leur amour et d'elles je dy fy, Car tout leur fait ce n'est que decevance ; Il est bien foui qui en femme a fiance : 28 Car a bien pou ilz sont toutes ainsy.

^ //f pour elles : cette forme bizarre n'est pas rare au quinzième siècle; voy. notamment la célèbre ballade de Villon ur les dames du temps jadis : Ou sont il^, vierge souveraine? Mais ou sont les neiges d'antan ?

^ Ces deux strophes, qui manquent dans les autres manuscrits, ne sont que des variations des deux suivantes.

Av'ous ^ point veu la Perronnelle 2 Que les gendarmes ont emmenée ?

Hz l'ont abillée comme ung paige :

4 C'est pour passer le Daulphiné.

XXXIX. — * Cette chanson, malgré son peu de valeur, a été extraordinairement populaire. Notre manuscrit seul en a conservé le texte complet, mais les quatre premiers vers se retrouvent dans la farce de Calbain, au milieu du seizième siècle, et, ce qui est plus remarquable, dans la Comédie des Chansons {Ane. Th. Fr., IX, 129) au dix-septième, La Monnoyecite aussi cette chanson comme du temps de Louis XII (voy. Littré, au mot péronel le) ^ je ne sais d'après quel texte (La Monnoye imprime à tort, ainsi que les éditeurs des deux comédies ci-dessus citées. Avons). Elle est mentionnée dans une pièce du seizième siècle [Poés. franc., VIII, 3o3), et dans les chansons à danser du livre V de Pantagruel. Péronelle est devenu un nom commun, non pas, comme le dit M. Littré, par un développement analogue à celui d'autres noms propres, mais grâce à la popularité de la chanson (voy. l'exemple cité par lui d'un pamphlet du dix-septième siècle , où figure encore la Péronelle, c'est-à-dire celle de la chanson). En Provence, le souvenir de la vieille chanson est seul resté populaire ; on dit cantar la Peronelo^ dans le sens de « parler pour rien, chanter » (voy. Mirèio^ ch. 11, p. i58; il semble, d'après ce passage, qu'il s'agisse d'une chanson connue, mais je tiens de M. Mistral que cette locution est employée dans le sens que je viens de dire). Dans Oudin, Curiosité:^ françoises, p. 3 16, on trouve : « Chanter la perronelle^ dire des sottises, niaiser. » — Perronnelle est proprement le diminutif de Perronne, nom de femme formé sur Pierre. Je ne sais si la chanson fait allusion à un personnage réel.

* Av'ous, pour ave^ vous, contraction usitée aux quinzième et seizième siècles (encore, par exemple, dans les poésies de la reine de Navarre). Pour l'clision apparente d'une syllabe accentuée, comp. XI, I . Si je supprime le v de vous et non celui de ave^ (a'vous), c'est qu'on trouve des formes comme ven'ous. croy'ous.

Elle avoir troys mignons de frères^ 6 Qui la sont allez pourchasser.

Tant l'ont cherchée que l'ont trouvée 8 A la fontaine d'un vert pré.

« Et Dieu vous gard, la Perronnelle!

10 Vous en voulez point retourner ? »

« Et nenny vraie ment, mes beaulx frères 12 James en France n'entreray.

K Recommandez moy a mon père 14 Et a ma mère s'il vous plaist. »

^^ Je vous escry de ma pencèe, A vous que j'ayme par amours; Pourtant si je suis loing de vous, 4 Je ne vous ay pas oubliée.

« Ma fantazie est tant troublée De quoy faictes si long séjour Sans venir vers moy de retour :

8 J'ay paour que ne soyez changée.

a Hellas ! je vous ay tant aymée Et aymerè de jour en jour :

James je ne feray séjour 1 2 Q.ue je ne vous aie embrassée. »

« Mon bel amy qui tant m'agrée, Je vous remerciray ung jour, Mais que soye couchée près vous^ ] 16 Comme ay esté mainte nuytèe.

« Dieu vous envoyé bonne journée, En me recommandant a vous Comme celle qui par sus tous 20 Vous ame plus que femme née. »

XLP

Le perier^ qui cherge^ souvent Doit bien avoir soûlas et joye, 3 Quant le dieu d'amours s*i actent^

En ce perier a une fleur Qui est plus blanche que christal; Plus vermeille en est la couleur 7 Que n'est ne rose ne cendal ^ ;

Et tout entour boutons d'argent, Qui sont fermez a latz de soye :

10 On y preist son esbatement.

En ce perier y a ung fruict :

De le cuillir il en est temps; Le jalloux est au pie qui bruict 14 Et crie comme ung hors du sens ^,

Et va disant : « Comment! comment!

Vous y savez trop bien la voye :

1 7 Vous y venez secrètement. »

XLI. — * Cette chanson se lit encore dans le ms. de Baycux et dans le recueil Lotrian de i543.

2 Perier, du lat. vulg. pirarius, tandis que poirier est refait sur poire.

^ Cherge pour charge, encore usité dans les patois du Centre et de l'Ouest. Charger est pris ici dans le sens de « porter du fniit. »

' Ce vers n'est pas clair ; je comprends : « Puisque le dieu d'amour lui même en prend soin. »

^ Cendal, étoffe de soie rouge.

" Ung hors du sens, locution substantive équivalant littéralement à « un forcené ».

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