XLV
Ung espervier venant du vert boucaige : Il est jolis et de noble façon; Sy je le puis tenir pour mectre en caige, 4 J'iray voiler le temps et la saison.
J 'iray voiler * si tresparfectement Que les jaloux seront bien esbahiz : Et sy je trouve nulle maulvaise gent,
8 Je leur diray que je quiers la perdris.
Mais je querray la belle au cler visaige. Celle qui tient mon cuer en sa prison; A la servir je mectz cueur et couraige : 12 Par mon serment j'ay bien droit et raison.
Les faulx jaleux sont dolens et marris : Le filz de Dieu les vueille tous tuer, Et trestous ceulx qui gardent de jouir 1 6 Vrays amoureulx qui en sont tant coursez * !
XLV. — * Cette chanson se retrouve dans le ms. de Baycux et dans le recueil Lotrian de 1S43.
* Voiler, chasser au vol^ à l'oiseau. On dit aussi de l'épervier qu'il vole le gibier qu'il prend. De là le fr. mod. voler, qui est inconnu à la vieille langue, et qui n'a aucun rapport avec embler, lequel dérive de involare, littéralement « empaumer » [vola est le creux de la main). M. Littré l'a très-bien reconnu contre Diez, mais il n'a pas bien expliqué involare.
^Courser, abréviation de courroucer.
J'en congnois bien ung, qu'a peu qu'il n'enraige Quant il me voit auprès de sa maison : Mais s'il dcbvoit mourir de malle raige, 20 Si convient il qu'il en viengne a raison.
Vecy la doulce nuyt de may Que Ton se doibt aller jouer^ Et point ne se doibt on coucher :
4 La nuyt bien courte trouveray.
Devers ma dame m'en yray, Si sera pour la saluer Et par congié luy demander 8 Si je luy porteray le may^
Le may que je luy porteray Ne sera point ung esglantier^ Mais se sera mon cueur entier 1 2 Que par amour luy donneray.
[Et quant j'y eu assés esté, Ung seul baiser luy demanday; Elle m'a dit : « Allez, allez ; i6 Aultre chose de moy n'aurez. »]
Ma chère dame que je désire tant, Souffrez que soye vostre loyal amant : Tout mon vivant Autre ne serviray ; 5 Je suis a vous et tousjours je seray.
LXVI. — * On sait qu'au i" mai il était d'usage d'apporter un jeune arbre du bois et de le planter sur la place publique. Les galants, pendant la nuit, plantaient également des tîiais sous les fenêtres de leurs maîtresses.
J'aymerais mieulx mourir tout maintenant Que je ne fusse loyal tout mon vivant, En espérant D'avoir de vous mercy :
1 o Vous estes celle que mon cueur a choisy.
S'a vous aymer j'ay trop hault entreprins, Autre qu'amours n'en doit estre reprins} Car j'en suis prins Tant amoureusement 1 5 Qu'impossible est d'eschapper nullement.
Toutes sont darnes^ ce dit on, en amours^ : Il est bien vray^ je le voy tous les jours; Car j'ay pour vous Tant de mal a porter 20 Que plus n'en puys sans la mort endurer.
Pour Dieu, ma dame, advisez a mon cas : De vous a moy ne fault nulz advocatz, Certes non pas Quant il vous plaira bien;
2 5 Pensez y donc : plus suis vostre que myen.
Pardonnez moy si je ne vous sers bien A vostre gré, dame, non pas au myen : Sur toute rien Complaire je vous vueil, 3o Au moins que j'aie de vous un regard d'ueil.
Helas! ma dame, ayez pitié de moy; Car je vous jure loyaulment sur ma foy, Foy que je doy A Dieu mon créateur, 35 Qu'en moy avez ung loyal serviteur.
XLVII. — * Proverbe : toute femme est une dame pour celui qui l'aime. Voy. le ms. de Baycux, ch. xlii, v. 5.
Adieu vous dy, ma dame par amours; Je prie a Dieu qu'il nous vueille tousjours Et moy et vous Garder de deshonneur :
40 Souviengne vous de vostre serviteur.
XLVIIP
Petite fleur coincte^ et jolye, Las! dictes moy si vous m'aymés; Despechez vous si vous vouliez^ 4 Car il m'ennuye, n'en doubtez mye ;
Car il m'ennuye trop mallement Que je ne sçay vostre pensée :
Je vous supply treshumblement, 8 Dictes la moy si vous agrée ;
Car j'ay de vous si grant envye, BellCj si vous le saviez, De moy pitié vous auriez I 2 En vérité par courtoisie.
Belle, vous prenez tout en jeu Ce que je vous dy, par ma foy :
Je vous requier ou nom de Dieu, 16 Sy vous m'aymés, dictes le moy.
Heias ! je plaidoye sans partie :
Je vous ame et vous me hayez ' ;
XLVIII. — * Chanson commune à notre manuscrit, à celui de Bayeux et au recueil Lotrian.
2 Cointe, primitivement < instruit » (voy. Alexis, p. i85), puis • élégant, gracieux )>.
• Haye^; les formes inchoatives ne se sont introduites dans le vcrbc haïr qu'au seizième siècle (cf. ci-dcssus, xxxvn, 16); de là l'irrégularité de ce verbe.
Mais s'ainsi vous me renvoyez, 20 En la fin en serez marrye.
[« Beau sire, je ne vous hay pas:
Aussy feroy je que villaine ; Mais vous savez bien qu'un tel cas 24 Que on le celle a trop grant peine.
a Sy j'en dévoie perdre la vie, Vous aurez ce que demandez. »
a Ma chère dame, c'est assez :
28 Du bon du cueur vous remercie. »]