‹ Chansons du 15e siècle, publiées d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale de ParisChapitre 16 sur 100 · XLIX · texte numérisé non relu

XLIX

Reveille toi,, franc cueur Jouyeulx, Tu n'as plus cause de dormir, Car vees cy le temps gracieulx Qui fait les arbres reverdir ; II te fauldra de vert vestir.

C'est la livrée aux amoureulx.

Et faire chanter nuit et jour 8 En despit des faulx envieulx.

Par ung matin Forée d'ung boys.

Le long d'une sentelle, Je ouy chanter a haulte voix

Une chancon nouvelle :

Il y avoit des motz plaisans.

Dieu doynt qu'il puissent advenir I En disant que les faulx jaloux 16 Seroyent de toutes joyes banniz.

Ce moys de may qu'il renouvelle Et bien se prent sur la saison,

XLIX. — * Cette chanson incohérente et visiblement altérée de toutes façons est reproduite sans essai de corrections.

Avoir nous fault dame nouvelle Que loyaulment nous serviron ; Ne scay si nous eschapperon Ce temps d'esté sans riens avoir; Mais toutes fois nous esperon 24 De bien vivre et mieulx avoir.

Les grandes dames doyvent avoir Pitié de leurs povres servans; Nécessité est de savoir Qu'il fault aider aux escoutans Et non pas croire les rapportans ; Faulx rapporteurs sont tousjours prests; Bien doy mauldire mesdisans, 32 Car par eulx j'ay mains maulx souffers.

Mes maulx souffers n'est que du mains, Qui auroit saison gracieuse; J'auré des biens, j'en suis certains^ Sy ma vie n'est malleureuse :

Qui a malheur tout luy court sus, Et ne peult venir a bon port; Qui bonne maistresse a il se actend 40 D'avoir a la fin bon confort.

bi je suis trouvée Au boys sous la ramée Aveques mes amours, Pour chose que je voye Point ne changeroye 6 Mes loyalles amours.

L'aultrier m'aloye esbaloyent :

Rencontray bergère ses aigneaulx gardent;

L. — • Cette chanson paraît également fort altérée. Esbaloyant, voy. xxiv, 3, et ci-dessous lx, 2.

Je lui prins a dire : « Serez vous m'amye? » Elle m'y respond : « Vostre courtoisie Ne me desplaist mie. »

12 Mes loyalles amours !

Je la prins par sa main qui blanchoye ^ Et la gecté sur l'erbe qui verdoyé ; Je luy feiz courtine D'une blanche espine Et d'une aultre flour Qu'on appelle rose ; C'est bien aultre chose 20 Que d'aymer par amour.

James je n aure envie

D'amer femme aulcunnement Sy je ne sçay de quel gent 4 Elle est et qui l'a nourrie.

J'en avois une choisie Qui disoit qu'el m'aymoit tant; Mais elle est a plus de cent 8 Autant comme a moi amye.

Cil est bien fol qui se fie En femme quant el se vent ; Car qui luy fault de paiement*, 1 2 L'amour est bien toust faillie.

* L'ancienne langue exprimait la coloration par une série de verbes en -oyer que nous avons perdus ou que nous n'employons plus dans ce sens : blanchoyer, verdoyer, rougeoyer, indoyer, etc., étaient bien plus pittoresques que être blanc, vert, rouf^e, bleu, etc.

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