‹ Chansons du 15e siècle, publiées d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale de ParisChapitre 17 sur 100 · LIP · texte numérisé non relu

LIP

Si congié prens de mes belles amours, Vrays amoureux, ne m'en voullés blasmer;

Car j'ay souffert de plus grèves doulours Que ne font ceulx qui nagent^ en la mer.

Car aymer m'est tous les jours tant amer

Qu'avoir ne puis d'elle ung tout seul regard Fors en fierté pour mon cueur entamer;

8 Sy prens congié avant qu'il soit plus tard.

J'apperçoy bien clerement tous les jours Que mes amours commancent a finer; Joué el m'a des plus estranges tours Que jamès homme saroit ymaginer; Pourtant ma part en vieulx habandonner, Car n'ay trouvé loyaulté de regard : Je ne dy pas pour luy blasme donner; 1 6 Sy prens congié avant qu'il soit plus tart.

Pour moy soulloit faire plainctes et plours Telz qu'il sembloit qu'elle se deust pasmer, Tant avoit paour, ce me disoit tousjours, Que aultre dame je ne voulsisse aymer. Mais de rigueur elle se vieult armer, Et paint reffuz dedans son estandart'. De sa prison vueil mon cueur deffermer; 24 Sy prands congié avant qu'il soit plus tard.

La mercy Dieu, j'ai desja fait mon cours, Et les nouveaulx commancent a régner *;

LU. — ' La seule forme de cette chanson, qui est une ballade, moins VEnvoi, indique qu'elle n'est pas populaire. La première strophe se trouve dans le ms. 1397.

* Qui naviguent.

^ Métaphore empruntée à l'usage de peindre sur son étendard quelque emblème allégorique.

' Régner; voy. xv, 24.

Je n'y ay plus reconfort ne recours : Laisser convient les aultres gouverner; Mais je sçay bien qu'avant leur retourner Hz en auront tout autant pour leur part Comme j'ay eu, et n'en vieulx mot sonner; 32 Sy prens congié avant qu'il soit plus tard.

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