‹ Chansons du 15e siècle, publiées d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale de ParisChapitre 31 sur 100 · LXXX · texte numérisé non relu

LXXX

A la venue de ce doulx temps d'esté, Le jour faillant, j'oy l'autrier chanter La doulce fleur que mon cueur ayme tant; Advis me fut qu'en son doulx chant disoit : « Mon bel amy, venez parler a moy, 6 Et vous aurez m'amour dorénavant. »

Je m'y levay tost et secrètement, Et m'en allé comme ung loyal amant Tout droit au lieu ou je Touy chanter. Elle m'a fait tant aller et venir Que a peu prés qu'elle m'a fait mourir, 12 Avant que m'ayt s'amour voulu donner.

Amoureux suis et seray cest esté :

A mes amours je tiendray loyaulté Jusques a tant qu'il me fauldra mourir. Les envieux la m'ont voulu oster :

* Faire la folie, locution encore fréquente dans les campagnes pour désigner le genre spécial d'égarement dont il s'agit ici. On dit aussi faire la sottise.

LXXX. — * Cette chanson, avec des différences, se Ht aussi dans le ms. de Vire.

En despit d'eulx je l'auray cest esté, 1 8 Et demairon * joyeulx esbatement.

Aymés moy, ma mignonne^ aymez moy sans danger'.

Au jardrin de mon père il y croist un rousier : Troys jeunes damoiselles sy s'i vont umbraiger. 4 Aymez moy, ma mignonne,, aymez moy sans danger.

Troys jeunes damoiselles sy s'i vont umbraiger;

Troys jeunes gentilzhommes sy les vont regarder.

7 Aymez moy, ma mignonne, aymez moy sans danger.

Troys jeunes gentilzhommes sy les vont regarder; Je choysi la plus belle et la priay d'amer. 10 Aymez moy, ma mignonne, aymez moy sans danger.

Je choysy la plus belle et la priai d'amer. « Mon père est en sa chambre, allez luy demander. » i3 Aymez moy, ma mignonne^ aymez moy sans danger.

« Mon père est en sa chambre, allez luy demander, Et s'il en est content je m'y vieulx acorder. » i6 Aymez moy, ma mignonne, aymez moy sans danger.

Page 1