‹ Chansons du 15e siècle, publiées d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale de ParisChapitre 32 sur 100 · LXXXII. > Meshoen, voy. vi · texte numérisé non relu

LXXXII. > Meshoen, voy. vi

Et m'en entray en ung jardrin :

Trouvé ma dame par amour; Mais elle m'a joué d'un tour Qui de s'amour m'a esloigné.

8 Adieu pour meshoen^ adieu.

M'en entray ung peu plus avant Pour mieulx savoir de son arroy^:

J'y trouvay ung gentil gallant Qu'elle tenoit parmy le doy ; Mais je vous jure sur ma foy, Tel ayme qui n'est pas aymé.

i5 Adieu pour meshoen^ adieu.

« Belle, celluy qui tient mon lieu, Sy Dieu plaist, il vous servira, Et il a juré son grant Dieu Que de ses amours il jouira^; Mais si Dieu plaist il en sera Ainsy trompé que j'ay esté.

22 Adieu pour meshoen, adieu. »

« Et il n'a pas tenu a moy Que n'avez jouy de voz amours.

Mais vous estiez trop loing de moy, Et si estiés trop paresseux ; Je croy qu'aviez affère ailleurs :

On ne peult pas courre et corner*.

29 Adieu pour meshoeUj adieu. »

' Arroy, arrangement; ici manière d'être, conduite.

3 Cette contraction des deux premières syllabes de jouira se retrouve au v. 24.

^ Joli proverbe : On ne peut pas à la fois poursuivre le gibier et sonner du cor. Cf. Le Roux de Lincy, Livre des Proverbes, II, 362. Cf. Plaute, Mostellaria^ 791 (éd. Bugge) : Semul flare sorbereque haii factu facile est.

Amours m'ont fait du desplaisir mainte heure, Et de courroux mon povre cueur labeure : Pour chascun jour me tourmente a oultrance ; J'enay tel dueil et telle desplaisance 5 Que j'ay grant paour que de brief je ne meure.

Or n'est il nul qui de ce me sequeure. Sy mon amy en avoit congnoissance, Je suis bien seure qu'il mectroit sa puissance A moy garder de mal et de grevance ; 10 Car c'est par luy qu'il faudra que je meure.

[Prisonnier suis en tresgrant desplaisance ; Pas n'ay aprins a dancer telle dance, Car pour aymer j'ay eu mainte malheure^ Je prie a Dieu qu'il m'en doynt allegence ; 1 5 Car c'est par luy qu'il fauldra que je meure.]

Dame Venus tient mon cueur en prison Trop longuement sans quelque mesprison*, Car nuit et jour de la servir m'enhorte ^; 4 C'est pitié dont ainsy amours mon sens transporte.

Il m'est advis que je voy Perrichon ^ Aiant au cueur une grant marrison *

LXXXIII. — * Malheure, de mala hora, ne doit pas se confondre avec maleur (mal écrit malheur) de ïnalum augurium.

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