L'ENFANT DE LA NÉGRESSE
Air (VAristippc. — o.
Ton fils est mort, ô jeune esclave noire !
Petit enfant , tu devais l'adorer :
Donne plus bas des pleurs à sa mémoire,
(3n t'a ravi le droit de le pleurer. {bis.)
Ici ta race est maudite sans cesse,
Elle gémit sous un joug odieux :
L'homme eût tué ton fils , pauvre négresse ;
Dieu pour jamais lui sourit dans les cieux. {bis.
Ton maître approclie... Il t'aperçoit peut-être : Travaille, esclave, et cèle tes douleurs. S'il te voyait , (ah ! crains le fouet du maître ,') Ton sang bientôt me cacherait tes pleurs. Combien de fois sa main lâche et traîtresse A flagellé ton corps si gracieux ! . . . L'homme eût tué ton fils, etc.
Qu'il a l'air tendre et que sa voix est douce,
Que son regard révèle de bonté !
Est-ce bien là l'être qui te repousse
En paria de la société ?
Au prix du sang, l'or qui remplit sa caisse
Étouffe en lui tout sentiment pieux ,
L'homme eût tué ton fils, etc.
La femme l)lanclie est là-bas qui folâtre Avec son fils rose et plein de vigueur ;
Son jeune cœur, de ce fils idolâtre, Ne croirait pas aux tourments de ton cœur. Vois , son enfant l'embrasse et la caresse ! En sanglotant tu détournes les yeux...
L'homme eût tué ton fils, etc.
Dieu prend pitié de ta douleur cruelle : Ton corps fléchit... En ce suprême instant La mort sur toi vient étendre son aile Et va te joindre à l'ange qui t'attend. Ton beau visage oii brille ton ivresse, Offre à la mort un front tout radieux : L'homme eût tué ton fils, pauvre négresse; Va lui sourire à jamais dans les cieux.