LE LION DE WATERLOO
AïK : Soïdat français. — 3.
Un vieux soldat d'Aboukir et d'Eylau , En oubliant sa blessure profonde, D'un pas égal marche vers Waterloo, Ce coin de terre où l'on joua le monde. Quel souvenir oppresse le vieillard :
Il voit ces bords où tomba l'aigle immense 1 Il touche au but, effaré, l'œil hagard, Car un lion a frappé son regard.
Ce lion menace la France ! {bis.)
Le preux s'écrie : — •■ Et notre aigle n'est plus ! •' En se souillant quelle horde ennemie •' Pour des soldats, trahis et non vaincus,
- D'un champ d'honneur fait un champ d'infamie ?
- Puis-je, martyrs, en ce lieu plein d'horreur " Donner des pleurs à votre souvenance ?
■' Oui, je venais pour pleurer; mais mon cœur •' N'est maintenant ouvert qu'à la fureur : " Ce lion menace la France !
• Belges amis, et c'est sur votre sol ■ Que ce lion ose lever la tète ,
' Vous qui longtemps suivîtes dans son vol
• L'aigle indompté de conquête en conquête. ' Dans nos revers comme dans nos succès,
' Aux jours de deuil comme aux jours d'espérance ' A votre ardeur je vous reconnaissais :
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<• Ah ! vous étiez de vrais soldats français : V Ce lion menace la France !
" Si le consul n'eût pris le sceptre en main . " Verrais-je ici cet insolent trophée ? " Non ! du hardi bonnet républicain " La vieille Europe aurait été coiffée î •• La république aux feux de son soleil, " Aux nations révélait leur puissance : « Quand chaque peuple après un long sommeil . •■ Dut à la France un magique réveil , " Ce lion menace la France !
•' Mais qu"ai-je dit? Peuples, l'ordre des rois •■ A fait surgir ce monument de haine : " Ils sont encor puissants comme autrefois, •• Comme autrefois faible est la race humaine. •' Mais vous du moins vous êtes vraiment grands, ■■■ Belges heureux de votre indépendance : ■- Quoi ! vos couleurs réunissent vos rangs . •■ Quoi ! vous avez su chasser vos tyrans. '• Ce lion menace la France ! '•
Mais un vieux Belge, au Français en courroux , Dit : — •■ En ces lieux j'ignore vos alarmes. Frère, et pourtant ma croix dit qu'avec vous J'ai partagé le destin de vos armes.
Ce monument écrase ses auteurs :
Peut-il marquer le jour de décadence Sans rappeler, même à nos détracteurs, ' Cette Iliade où nous étions acteurs ? •• Ce lion rehausse la France ! ••
COUPLETS
chantés au Cercle Lyrique Montais, qui m'avait nommé président, lors de sa fondation.
Am : Tout le long de la rivière. — 25.
Eh quoi ! de ce cercle chantant Vous me nommez le président.
Je l'ai dit et je le répète :
Mes amis , vous perdez la tète !
A-t-on jamais vu, n'importe où, Des sages guidés par un fou ?
Dieu sait demain ce qu'on en pourrait dire !
Vraiment , mes amis , cela ferait trop rire , Vraiment cela ferait trop rire !
Tout grand cercle avec gravité
Songe au bien de l'humanité.
Moi , c'est en sablant le Champagne ,
En battant même la campagne.
Que je rêve dans un refrain
La paix de tout le genre humain.
Et je serais l'élu de votre empire.
Vraiment , mes amis , cela ferait trop rire , Vraiment cela ferait trop rire !
Je sais trop combien de nos jours Nos lettrés font de grands discours ; Leur président tousse et se lève , Jusqu'au ciel son esprit s'élève ;
Enfin il selève si bien
Que chacun n'y comprend plus rien ; Il parle , on bâille ; il se tait , on admire ; Et moi, mes amis, je tous ferais trop rire.
Vraiment je vous ferais trop rire !
Grâce à votre vote flatteur.
J'aurais l'air d'un grave docteur.
Quoi ! je prendrais un ton sévère !
Et sans sourire au bruit du verre,
Je viendrais ici chaque soir
Guindé dans mon vieil habit noir?
Allez au diable , ou cessez mou martyre. Vraiment, mes amis, je viens ici pour rire.
Vraiment je viens ici pour rire !
5 octobre 1845.