BONS OUVRIERS, CHANTEZ PLUS BAS
Air : Bon ouvrier, voici l'aurore. —
Bons ouvriers, ces chants de fête, Qu'avec plaisir mon cœur reçoit.
Non , non , ce n'est pas le poëte , C'est l'ouvrier qui vous les doit.
Quand vous chantez à la nuit close Mon tablier plaide ma cause, A vos yeux il a tant d'appas !
Je suis sans lui si peu de chose :
Bons ouvriers, chantez plus bas!
Parfois j'oublie , en mon ivresse ,
Le prestige du tablier,
Quand votre voix enchanteresse
Redit ce que veut V ouvrier ;
Je frémis, ma tète s'enflamme.
Mon cœur à des accents de flamme
Va-t-il donner l'essor ? Hélas !
Non, le bonheur trouble mon âme :
Bons ouvriers , chantez plus bas !
Fi des concerts que l'on entonne Pour exprimer un vain souhait.
Sérénade où la voix résonne.
Mais où le cœur reste muet !
Fi de la musique savante Que pour les princes on invente ; (3'est souvent l'hymne de Judas !
Ouvrier, l'ouvrier me chante.
Mes bons amis , chantez plus bas !
(bis.)
Bons ouvriers , sans crainte aucune Vous pourriez risquer ces accents.
Si Yos chansons au clair de lune Allaient flatter quelques puissants ; Je ne suis rien. Prêtez l'oreille !
Lorsque l'autorité sommeille, Amis, ne la réveillez pas :
Je vous écoute, moi qui veille.
Bons ouvriers , chantez plus has !
Bons ouvriers , de vous connaître , Ah ! coml)ien je serais jaloux !
Quand vous chantez sous ma fenêtre.
Mes refrains me semblent si doux !
La sérénade me transporte :
Tout au bonheur qu'elle m'apporte , J'ouvre mon âme à vos ébats.
Quelque nuit j'ouvrirais ma porte.
Bons ouvriers , chantez plus bas !
Que de gens, pour atteindre au faite.
Flattent les peuples ou les rois ; Je ne veux rien, faible interprète De vos devoirs et de vos droits.
Sur moi qu'on lance l'anathème, Je suis du peuple et je vous aime.
Ouvrier jusques au trépas Je resterai toujours le même !
Bons ouvriers , chantez plus bas !
Janvier 1849.