‹ Chansons. Éd. complète, avec les airs notés et le portrait de l'auteurChapitre 73 sur 218 · AH! LAISSEZ-MOI CHANTER AU COIN DU FEU · texte numérisé non relu

AH! LAISSEZ-MOI CHANTER AU COIN DU FEU

Am du Carnaval. — o.

Je le sens bien, c'est trop de sérénades, Trop de banquets donnés par l'amitié :

0 mes amis, mes anciens camarades.

Tel que je suis laissez-moi par pitié ; Pour moi toujours votre cœur est le même : Faut-il tout haut m'en faire ainsi l'aveu? Par trop d'élan on nuit à ceux qu'on aime : Ah ! laissez-moi chanter au coin du feu. {bis.)

Oui , laissez-moi mon humble solitude ; Dans vos banquets trop vite mon cœur bat. Vous me forcez à tant de gratitude Que malgré moi vous me rendrez ingrat.

Jusqu'à présent du mot reconnaissance Le chansonnier ne s'est pas fait un jeu : Dieu ! j'oubliais ceux qui m'aiment en France ! Ah ! laissez-moi chanter au coin du feu.

Bons ouvriers, épargnez-moi de grâce.

Vous m'avez fait un manteau de géant : Dans ses longs plis si mon pied s'embarrasse, Je vais , hélas ! rentrer dans le néant. N'étouffez pas les accords de ma lyre ; Je voudrais tant vous éclairer un peu : Quand j'ai pour vous tant de choses à dire, Ah ! laissez-moi chanter au coin du feu.

De nos soldats la voix aussi me crie

Qu'en moi l'auteur remplit bien son mandat ,

Pour quelques vers donnés à la patrie :

Non , rien n'est bon comme un cœur de soldat !

Pour me fêter ils déposent leurs armes.

Ils sont du peuple encor sous l'habit bleu.

A leurs accents j'ai versé tant de larmes :

Ah ! laissez-moi chanter au coin du feu.

Bons ouvriers, soldats de notre armée, J'entends encor vos hymnes si touchants : Deux autres voix dans mon âme charmée Mêlent soudain leurs échos à vos chants. Tendres échos ! quel doux nom ils épellent ! Plus que la gloire ils sont chers , ô mon Dieu !

— Ce sont, amis, mes enfants qui m'appellent Ah ! laissez-moi chanter au coin du feu.

Un faible oiseau chantait sur une branche , Près de son nid , à quelques pieds du sol ; Un aigle approche, il écoute et se penche, Et sur les monts l'emporte dans son vol. L'aigle s'écrie : •• Au sein de l'étendue Règne avec moi : chante près du ciel bleu. «

— Si loin du nid sa voix était perdue !

— Ah ! laissez-moi chanter au coin du feu.

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