MON ÉTAU
AïK : Mon Ut, mon lit, mon pauvre lit. — 59.
Ne t'use pas, mon vieil étaii :
Le sort nous rassemble.
Travaillons ensemble.
Sous ma lime et sous mon marteau, Ne t'use pas , mon vieil étau !
Tu servis longtemps à mon père Et semblés faiblir aujourd'hui ; Tu me resteras, je l'espère :
Quand je te vois, je pense à lui !
T'aurais-je blessé par mégarde ?
Je te chéris... et cependant Parfois, quand nul ne nous regarde, Moi je pleure en te regardant !
Ne t'use pas, etc.
Mil liuit cent riiKjt est une date Que mon père grava sur toi :
Te voilà donc, je le constate, De quatre ans plus jeune que moi. .
Mon père , bras et cœur d'élite , Siu' toi s'escrimait en chantant :
Il t'a donc fait vieillir bien vite ?
Pauvre père , il travaillait tant ! . . .
Ne t'use pas, etc.
Comme il se plaisait à me dire Ces airs qu'il na pas assez dits :
Vigoureux refrains de l'Empire Et doux refrains de son pays !
Guidant l'outil d'une main sûre.
Sa voix se réglait sur tes sons :
Au bruit de ta franche mesure Je crois entendre ses chansons !
Pan pan, pan pan, etc.
Notre mission n'est pas mince :
Pour notre labeur journalier.
Baron, comte, marquis et prince S'empressent à notre atelier.
Ils ont, aux grands jours de tapage Chasseurs que le cor appela.
Coursier, chiens, piqueur, équipage.
Je te préfère à tout cela !
Ne t'use pas, etc.
Mon père t'aimait et je t'aime.
Tu sais mes rêves d'avenir, Et m'apportes ce bien suprême Qu'on appelle le souvenir.
Ami , que ta vigueur renaisse !
Tu sus, en tes jours triomphants, (lagner le pain de ma jeunesse :
Gagne celui de mes enfants !
Ne t'use pas , etc.
Laissons l'ambitieux avide.
Peu jaloux d'être homme de bien.
Au sein de l'océan du vide "Voguer vers quelqu'immense rien !
Comme aux bords la vague profonde Se brise et retombe à la mer, Le flot des vanités du monde Se brise sur ton pied de fer.
Ne t'use pas, mon vieil étau :
Le sort nous rassemble,
Travaillons ensemble.
Sous ma lime et sous mon marteau.
Ne t'use pas, mon vieil étau !