‹ Chansons épiquesChapitre 11 sur 16 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Qu'envoya Dieu pour veillera son tour, Si, veuille ou non, ferme les yeux Guibour.

Or elle entend la plaine ténébreuse

Au loin bruire, et crie : « Ah ! malheureuse !

C'est quelque assaut qu'ils brassent pour demain,

Et mon seigneur m'a retiré sa main !

Me voilà, seule ; en deux je vais pliée !

Guillaume, ami, vous m'avez oubliée !

Pourquoi, baron, le plus fier sous le ciel,

M'avoir quittée en ce péril mortel ?

Je le savais qu'en votre douce France

Vous oublieriez que j'attends délivrance !

Que faites-vous, Guillaume, monseigneur?

C'est trop tarder, vous y perdez l'honneur !

Hâtez-vous, sire, ou jamais qu'en pensée

Vous ne verrez votre femme épousée,

Car pour l'amour de vous, qui m'êtes cher,

La meule au cou, je mourrai dans la mer,

Ou toute vive en terre serai mise, Sainte Marie ! ou brûlée en chemise I Ma pauvre cendre en ira dans le vent Ou je mourrai de peine auparavant ! »

Lasse et blessée, ainsi pleure la dame, Et sous le coup de ses douleurs se pâme

La nuit s'en va, l'alouette a chanté,

Le matin luit sur la franche cité,

Guibour s'éveille, aux créneaux se relève,

Et tout à coup tremble et croit qu'elle rêve...

La plaine est vide, au loin le jour éclôt,

Plus une tente et plus un chariot ;

Avec la nuit retenant son haleine,

L'ost sarrasine a déserté la plaine ;

Elle est enfuie avec ses trente rois,

Ses auferans, ses sommiers, ses charrois,

Et ses engins à battre les murailles

Et ses faux dieux, et leurs cent mille ouailles !

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