ÉPILOGUE
Aux Aliscamps la bataille est gagnée ;
La Fièrebrace a fini sa journée,
Ses six neveux sont déferrés ; Vivien
Gît sous le marbre, en sol libre et chrétien.
Quant aux méchants, par Dieu fils de Marie !
Il en a fait une telle tuerie
Que de cent ans ils n'y retourneront
Et laisseront aux champs pourrir Taffront.
Or, à présent, le franc marquis chevauche.
Son père à droite et ses frères à gauche,
L'épée au flanc, le bon épieu levé.
Le gonfanon flotte, au vent soulevé,
Et sur le heaume, où des feux se répandent,
Quand il descend, trois langues rouges pendent.
Pas de baron qui n'ait part au butin.
Tant d'acier brille au soleil du matin,
Aux freins tant d'or et tant d'or sur les selles Que tout l'espace est tremblant d'étincelles.
Mais tête nue et le poil hérissé Guillaume va comme un lionbles iè Marqué de sang, de poussière et de fange. Tel il jura de rentrer dans Orange, Horrible à tous, et de rendre au retour Sa lèvre vierge aux lèvres de Guibour.
Le jour est beau, la terre en est dorée.
A cris joyeux va la Geste honorée ;
Guillaume seul est triste et songe en soi :
Le cœur lui pèse, il ne sait pas pourquoi.
Il songe à tant de chocs et de mêlées
Où de ses mains tant d'âmes sont allées,
Noires de sang, aux justices de Dieu;
Et dans le rêve il revoit son neveu
Et de l'hostie en gémissant l'assiste...
Et croit que c'est pour Vivien qu'il est triste...