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LA BELLE BOURBONNAISE

Sous le régne de Louis XVI, la chanson ne changea pas beaucoup d'allure; cène fut qu'à l'approche des grands événements de 1789 qu'elle devint agressive et satirique.

Avant de passer à cette époque, parlons encore de la Belle Bourbonnaise.

Cette chanson avait été faite sous Louis XIV contre une courtisane délaissée, mais la malignité publique l'avait exhumée, sous Louis XV, pour bafouer sa royale maîtresse la Dii Barry. On trouva que les couplets de la Belle Bourbonnaise s'appliquaient parfaitement à la royale favorite « d'un Bourbon ».

Il nous faut signaler, également, la Nouvelle Bourbonnaise, dont les allusions contre madame Du Barry, étaient plus vives et plus malicieuses. Malgré son succès elle n'obtint pas la vogue prolongée et retentissante de la Belle Bourbonnaise, la seule qui soit restée fameuse, et que nous reproduisons ici :

Dans Paris, la grand'ville Garçons, femmes et filles, Ont tous le cœur débile

Et poussent des hélas ! (On pleure.)

lia, ha, ha, ha, La belle Bourbonnaise, l>a maîtresse de Biaise, Est très mal à son aise.

Elle est sur le grabat Ha, ha, ha, ha, ha, ha, Ha, ha, ha, ha, ha, ha. {On rit.) Est très mal à son aise, Elle est sur le gi^abat.

N'est-ce pas bien dommage Qu'une fllle aussi sage.

Au printemps de son âge, Soit réduite au trépas.

Ha, ha, ha, ha!

La veille d'un dimanche.

En tombant d'une branche.

Se fit mal à la hanche Et s'est cassé le bras.

Ha, ha, ha, ha, ha, ha.

Ha, ha, ha, ha, ha, ha.

Se fit mal à la hanche Et s'est cassé le bras.

Pour guérir cette fille.

On chercha dans la ville, Un médecin habile ; Et l'on n'en trouva pas.

Ha, ha, ha, ha.

L'on mit tout en usage.

Médecine et herbage, Bon bouillon et laitage, Rien ne la soulagea.

Ha, ha, ha, ha, etc.

Et la pauvre malade D'argent n'ayant pas garde,

On tomba sur ses hardes Et rien ne lui resta.

lia, ha, ha, ha.

Et fermant la paupière, Eir finit sa carrière.

Et sans drap et sans bière En terre on l'emporta.

Ha, ha, ha, ha, ha, ha.

Etc., etc.

Pour fair' sonner les cloches.

On donna ses galoches, Son jupon et ses poches, Son mouchoir et ses bas.

Ha, ha, ha, ha.

Quant à sa sœur Javotte, On lui donna sa cotte.

Son manteau plein de crotte.

Le jour qu'elle expira.

Ho, ha, ha, ho, ha, ha.

Etc., etc.

La pauvre Bourbonnaise Va dormir à son aise.

Sans fauteuil et sans chaise.

Sans lit et sans sopha.

Ha, ha, ha, ha, Voila qu'elle succombe, Puisqu'elle est dans la tombe, Qu'elle est dans l'autre monde, Chantons son Libéra.

Ho, ha, ha, ho, ha, ha, Ho, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha.

Puisqu'elle est dans la tombe.

Chantons son Libéra.

Un chanteur, nommé Valsuani, dit le Grimacier,

disait cette chanson avec un grand talent. Il avait une énorme paire de lunettes, sans verres et branlantes, sur son nez. L'instrument qui lui tenait lieu de violon, se composait d'un long manche avec deux cordes, auxquelles une vessie servait de chevalet. Son rire et ses pleurs au refrain étaient grotesquement pleins d'originalité.

En 1840, au quartier latin, il y avait un imitateur du Grimacier, qui chantait aussi admirablement la Belle Bourbonnaise. Il fréquentait les hôtels et les tables-d'hôtes. Il avait près de soixante-dix ans.

La Révolution française et la chanson adoptèrent la cocarde et le bonnet phrygien comme emblèmes de la liberté. En voici la raison : La Phrygie était un pays libre, ses habitants trafiquaient des produits de leur sol sans octrois et sans impôts. Leurs navires sillonnaient la Méditerranée. Les Phrygiens faisaient principalement le commerce avec la Grèce et les États-Romains. Ils avaient entre autres un costume particulier, propre aux habitants de l'Asie Mineure, ils se coiffaient d'un bonnet rouge, en grosse étoffe, d une forme exceptionnelle, que nous connaissons sous le nom de bonnet phrygien.

Ce bonnet, que portaient tous les navigateurs de ce pays, était un signe de liberté, parce qu'il était adopté par des hommes libres . Lorsqu'un de leurs navires entrait dans un port, on apercevait de loin les bonnets rouges des matelots et l'on disait

avec un certain ton : ce sont des Phrygiens ! ce qui voulait dire : ce sont de braves gens, nous pouvons trafiquer avec eux, ils ne nous tromperont pas, car ils n'y ont pas intérêt, ne vendant que pour leur propre compte et n'ayant pas de redevance à payer à un seigneur et maître, qu'il s'appelle roi, empereur ou seigneur. Aussi les Phrygiens étaient accueillis avec cordialité partout où ils allaient. Quant à Rome on affranchissait un esclave, on lui posait sur la tête le bonnet phrygien, en signe d'émancipation.

La Révolution, pour la bourgeoisie, a répandu la terreur autour du bonnet phrygien ; le bonnet rouge est devenu un insigne de massacre, de sang, de pillage et de cruautés. Le bonnet phrygien avait été, pourtant, adopté logiquement par les révolutionnaires, et si, par les événements, cet insigne d'affranchissement s'est trouvé mêlé à des drames sanglants, son origine n'en est pas moins louable, noble et digne. Aujourd'hui, heureusement, les bourgeois sont revenus de leur peur, car on voit, sur quelques-unes de nos places publiques, des statues officielles représentant la République coiffée du bonnet phrygien.

De 1789 à 1800, il se publia à Paris la valeur de dix volumes de chansons,

La chanson, sous la Révolution, prend une allure qui jusqu'à ce jour lui étnit inconnue. Beaucoup sont empreintes des meilleures convictions républicaines, et respirent les plus nobles sentiments, mais hélas ! à côté d'elles, il y en a qui sont inspirées par le sang ou par la réaction la plus injuste et la plus effrénée.

Coupigny fit des strophes en l'honneur de Marat et de Le Pelletier de Saint-Fargeau, tous deux assassinés par des royalistes. Le premier par Charlotte Corday, le second par un ancien garde du corps nommé Paris, dans un café du Palais-Royal.

Coupigny était employé dans les bureaux de la marine. Au début de la Révolution, il était, comme on le voit, ultra-révolutionnaire. Mais son zèle et son dévouement pour le nouvel état de choses s'évanouirent à l'avènement de Napoléon, Il en arrive à chanter l'empereur et à devenir le maître des cérémonies du nouveau monarque.

L'empereur l'aimait beaucoup et ne trouvait bien ordonné que ce qui avait été conçu et exécuté par Coupigny.

Cxétait aussi un parasite, mais recherchant la so€iété qui lui plaisait et ne s'asseyant pas à la table du premier venu.

Il fut, pendant de longues années, le commensal de Talma. Lorsque le célèbre tragédien mourut, Coupigny, qui nourrissait l'espoir d'être couché sur son testament, apprenant qu'il n'y figurait pas, s'écria avec dédain : « Quelle ingratitude ! Un homme chez qui je dînais depuis plus de vingt ans tous les mercredis ! »

Il mourut dans l'opulence, en 1835, après avoir publié deux volumes de romances, qui étaient la négation, comme pensées, de ses premières œuvres poétiques. Il était né en 1766.

La première chanson révolutionnaire que nous citerons, est le fameux Ça. ira!

Ces couplets étaient l'écho des sentiments populaires de l'époque.

Elle fut composée pendant que le peuple de Paris faisait les terrassements au Champ-de-Mai-s, pour la fête de la Fédération, qui eut lieu le 14 juillet 1790.

L'auteur des paroles est inconnu. Pourtant, en nivôse de l'an II, un ancien soldat, nommé Ladreyt, qui pour vivre s'était fait chanteur des rues, revendiqua l'honneur des paroles du Ça ira. Il écrivit une lettre au Comité de sûreté générale pour demander une récompense nationale « comme auteur » des paroles du Ça ira de 1790 et de plusieurs » autres chansons révolutionnaires. »

L'air du Ça ira est une contredanse du temps, de Bécourt, très à la mode, que Marie-Antoinette jouait souvent sur son clavecin. Elle entendit encore cet air en montant à l'échafaud; les faubouriens qui entouraient la guillotine, la chantaient à tue-tête. En voici deux couplets :

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,

Le peuple en ce jour sans cesse répète

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira :

Malgré les -mutins, tout réussira!

Nos ennemis confus en restent là,

Et nous allons chanter alléluia!

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira.

Quand Hoileau, jadis, du clergé parhi,

Comme un prophète il a prédit cela.

En chantant ma chansonnette.

Avec plaisir on dira :

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira.

Malgré les mutins, tout réassira.

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira.

Suivant les maximes de l'Evangile,

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira.

Du législateur tout s'accomplira;

Celui qui s'élève, on l'abaissera ;

Et qui s'abaisse, Ton élèvera.

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira.

Le vrai catéchisme nous instruira

Et l'affreux fanatisme s'éteindra,

Pour être à la loi docile

Tout français s'exercera

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,

Malgré les mutins, tout réussira.

Une chanson révolutionnaire, très célèbre, c'est la Carmagnole, dont l'auteur est resté inconnu. Elle fut composée en juillet 1792, époque à laquelle Louis XVI fut enfermé au Temple, et elle ne tarda pas à devenir la rivale, en succès, du Ça ira!

La Carmagnole était dansée dans les bals publics. On la chantait sur les théâtres et aussi au pied de la guillotine. Elle était donnée, alors, comme une approbation du peuple aux exécutions sanglantes qu'on faisait des traîtres à la patrie.

Barrère ne craignit pas d'appeler des Carmagnoles les harangues qu'il prononçait à la tribune de la Convention nationale.

La musique de cette chanson est fort entraînante. L'auteur est, dit-on, Italien et d'origine piémontaise. Mais il a évité de se faire connaître. L'air de la Carmagnole produit beaucoup d'effet en pas redoublé, joué par une musique militaire.

Madam' Veto avait promis De faire égorger tout Paris ;

Mais son coup a manqué Grâce à nos canonnié.

Dansons la carmagnole, Vive le son ! vive le son !

Dansons la carmagnole, Vive le son du canon !

Monsieur Veto avait promis

D'être fidèle à sa patrie; Mais il y a manqué, Ne faisons plus cartié.

Dansons, etc.

Antoinette avait résolu

De nous fair' tomber sur le eu ;

Mais son coup a manqué,

Elle a le nez cassé.

Dansons, etc.

Son mari, se croyant vainqueur, Connaissait peu noti'e valeur.

Vas, Louis, gros paour.

Du Temple dans la tour.

Dansons, etc.

Les Suisses avaient tous promis

Qu'ils feraient feu sur nos amis;

Mais comme ils ont sauté,

Comme ils ont tous dansé !

Dansons, etc.

Quand Antoinette vit la tour, EU' voulut faire demi- tour; Elle avait mal au cœur De se voir sans honneur.

Dansons, etc.

Lorsque Louis vit fossoyer, A ceux qu'il voyait travailler,

Il disait que pour peu

Il était dans ce lieu.

Dansons, etc.

Le patriote a pour amis Toutes les bonn's gens du pays;

Mais ils se soutiendront

Tous au son du canon.

Dansons, etc.

L'aristocrate a pour amis

Tous les royalist's à Paris ; Ils vous les soutiendront Tous comm' des vrais poltrons.

Dansons, etc.

La gendarm'rie avait promis Qu'elle soutiendrait la pati'ie;

Mais ils n'ont pas manqué

Au son du canonnié.

Dansons, etc.

Amis, restons toujours unis, Ne ci'aignons pas nos ennemis ;

S'ils viennent attaquer,

Nous les ferons sauter.

Dansons, etc.

Oui, je suis sans-culotte, moi, En dépit des amis du roi.

Vivent les Marseillais,

Les Bretons et nos lois.

Dansons, etc.

Oui, nous nous souviendi'ons toujours Des sans-culottes des faubourgs.

A leur santé buvons.

Vivent ces bons lurons!

» Dansons la cai'magnole,

Vive le son ! vive le son !

Dansons la cai'magnole, Vive le son du canon !

Quand Bonaparte devint premier consul, il fit interdire le Ça ira et la Carmagnole.

A côté des cris de la rue et des refrains des carrefours, on chantait la Guillotine d'amour, à l'usage des horizontales du jour, qui en faisaient les délices de leurs boudoirs. Cette œuvre, malgré son immoralité flagrante, était imprimée tout au long dans les recueils populaires que l'on vendait sur la voie publique.

L'autre chanson en vogue est VOrage, — dans un autre ordre d'idées, — dont la musique est de Simon et les paroles de Fabre-d'Églantine.

Il pleut, il pleut, bergèi'e, Presse tes blancs moutons :

Allons sous ma cbaumièro, Bergère, vite, allons!

J'entends sur le feuillage L'eau qui tombe à grand bruit ; Voici, voici l'orage; Voilà l'éclair qui luit.

Entends-tu le tonnerre? Il roule en approchant ; Prends un abri, bergère ; A ma droite, en marchant.

Je vois notre cabane...

Et, liens, voici venir

Ma mère et ma sœur Anne, Qui vont l'étable ouvrir.

Bonsoir, bonsoir, ma mère ; Ma sœur Anne, bonsoir.

J'amène ma bergère Près de vous pour ce soir.

Va te sécher, ma mie.

Auprès de nos tisons ; Sœur, fais-lui compagnie.

Entrez, petits moutons.

Soignons bien, ô ma mère!

Son tant joli troupeau; Donnez plus de litière A son petit agneau.

C'est fait : allons près d'elle.

Eh bien! donc, te voilà!

En corset qu'elle est belle I Ma mère, voyez-la.

Soupons. Prends cette chaise; Tu seras près de moi ; Ce flambeau de mélèze Brûlera devant toi.

Goûte de ce laitage.

Mais tu ne manges pas ?

Tu te sens de l'orage, H a lassé tes pas.

Eh bien ! voilà ta couche ; Dors-y jusques au jour ; Laisse-moi sur ta bouche Prendre un baiser d'amour.

Ne rougis pas, bergère :

Ma mère et moi, demain. Nous irons chez ton père, Lui demander ta main.

Fabre avait ajouté d'Églantine à son nom, parce qu'il avait remporté, aux jeux floraux de Toulouse, un prix composé d'une églantine d'argent.

Il était né à Carcassonne en 1755, et fut guillotiné à Paris en 1794.

N'oublions pas de dire qu'en 1790, il avait obtenu un grand succès avec le Philinte de Molière, ou la suite du Misanthrope, comédie en cinq actes et en vers, sur laquelle repose toute sa réputation d'auteur dramatique.

Une remarque : c'est qu'au milieu de la tourniente révolutionnaire, des recueils de chansons tendres et galantes poursuivaient leur publication; ce sont : VAlmanach des Muses, le Chansonnier des Grâces, les Etrennes du Parnasse et les Etrennes d'Apollon.

VAlmanach des Gens de bien paraissait encore en 1797, et ne contenait que des chansons contrerévolutionnaires, qui exprimaient son opinion avec une grande force et un véritable courage.

Le 18 floréal an II (7 mai 1794), le citoyen Robespierre avait présenté à la Convention un rapport sur les fêtes nationales. Il y disait : « Si l'im- » mortalité de Vâme est un songe, elle est la plus su- » blime des conceptions humaines. L'idée de VÊtre » suprême et de l'immortalité de Vâme rappelle à » la justice; elle est donc républicaine. » — Et il fut décrété que le peuple français reconnaîtrait VÊtre suprême et Vimmortalité de Vâme. L'Assemblée tout entière approuva ce décret avec enthousiasme.

On pensa donc à célébrer la fête de VÊtre suprême. Cette célébration eut lieu le 20 prairial

an II (8 juin 1794). Robespierre, alors président de l'Assemblée, se rendit avec tous ses collègues au Champ-de-Mars, pour entendre des hymnes composés par Marie-Joseph Chénier et Désorgues, et mis en musique par Chérubini, Méhul, Lesueur et Gossec.

Puis, la journée se termina par des danses et des repas fraternels.

Le Père de VUnivers, un des hymnes de la fête, était du chansonnier Désorgues, et la musique de Gossec.

Désorgues, comme Ésope et Tyrtée, était contrefait. Il avait une bosse par devant et par derrière, ce qui le faisait appeler le Petit Bossu. Ses vers furent couronnés au concours ouvert à l'occasion de la fête.

Les voici :

Père de l'Univers, suprême intelligence,

Bienfaiteur ignoré des aveugles mortels,

Tu révélas ton être à la reconnaissance

Qui seule éleva tes autels.

Ton temple est sur les monts, dans les airs, sur les ondes; Tu n'as point de passé, tu n'as point d'avenir; Et sans les occuper, tu remplis tous les mondes Qui ne peuvent te contenir.

Tout émane de toi, grande et première cause : Tout s'épure aux rayons de ta divinité; Sur ton culte immortel la morale repose. Et sur les mœurs, la liberté.

Pour venger leur outrage et ta gloire offensée, L'auguste Liberté, ce fléau des pervers. Sortit au même instant de ta vaste pensée, Avec le plan de l'univers.

Dieu puissant! elle seule a vengé ton injure; De ton culte elle-même instruisant les mortels. Leva le voile épais qui couvrait la nature, Et vint absoudre tes autels.

0 toi ! qui du néant, ainsi qu'une étincelle. Fis jaillir dans les airs l'astre éclatant du jour, Fais plus... verse en nos cœurs ta sagesse immortelle. Embrase-nous de ton amour.

De la haine des rois anime la pati"ie ; Chasse les vains désirs, l'injuste orgueil des rangs, Le luxe corrupteur, la basse flatterie.

Plus fatale que les tyrans.

Dissipe nos erreurs, rends-nous bons, rends-nous justes- Kègne, règne au delà du tout illimité : Enchaîne la nature à tes décrète augustes, Laisse à l'homme sa liberté.

Le poète Désorgues s'était passionné pour la République. Plus tard, il chanta Bonaparte général et consul, mais il n'épargna pas les sarcasmes contre Napoléon empereur.

Il fit entre autres une chanson qui avait pour refrain :

Oui, le grand Napoléon Est un grand caméléon.

Il fut dénoncé, arrêté et renfermé à Bicêtre comme fou. Il y mourut en 1808, sans avoir voulu demander sa grâce à celui qui reniait son origine révolutionnaire pour mieux acclimater son implacable despotisme. Il avait quarante-cinq ans seulement; et c'est en vain qu'on l'avait fait passer pour

fou, car, jusqu'à son dernier moment, il avait conservé sa pleine raison.

Gossec, compositeur belge, qui jivait rais en musique les strophes de Désorgues, devint plus tard membre de la classe des beaux-arts à l'Institut. L'Opéra et l'Opéra-Comique le placent au nombre de leurs compositeurs célèbres. C'est à lui que revient la première idée du Conservatoire.

François-Joseph Gossec était né à Vergnies (Hainaut) en 1733, et il est mort à Passy en 1829, âgé de quatre-vingt-seize ans.

Maintenant, parlons de la Marseillaise, du Chant du départ et du Chant de liberté, plus connu sous ce titre : Veillons au salut de VEmpire. Le mot Empire doit être, là, considéré comme synonyme de République. L'auteur a donc voulu dire : Veillons au salut de la République. Cette chanson, que nous donnerons tout à l'heure, affirmera ce que nous avançons.

L'hymne patriotique de la Marseillaise fut apporté à Paris le 30 juillet 1792, parles Volontaires marseillais qui arrivèrent dans la capitale. Ce fut parle faubourg Saint-Antoine qu'ils entrèrent, et le citoyen Santerre les conduisit aux Champs- Elysées, où un banquet avait été préparé pour eux. Ce chant patriotique exalta, par sa mâle allure, l'enthousiasme des Parisiens pour la défense delà patrie.

Tout le monde sait que cet hymne est de Rouget de risle, pour les paroles et la musique, et qu'il lui fut inspiré par les événements. La réaction étrangère voulait étouffer la liberté en arrêtant la Révolution dans sa marche.

La Marseillaise fut bientôt populaire, et devint d'un grand secours pour repousser les armées royalistes qui menaçaient d'envahir la France. Le 18 nivôse an IV (8 janvier 1795), un arrêté du Directoire ordonna de jouer l'œuvre de Rouget de risle dans tous les spectacles.

Rouget de l'Isle était officier du génie et royaliste. Il est né à Lons-le-Saulnier, et il mourut, le 27 juin 1836, à Choisy-le-Roy, près Paris. Louiâr Philippe lui avait fait une petite pension de deux mille francs, qui lui permettait de ne pas mourir de faim. Ajoutons que le roi bourgeois avait chanté la. Marseillaise au balcon de l'Hôtel-de- Ville, à côté de Lafayette, pour paraître plus digne de son avènement au trône. Rien que cela valait plus de deux mille francs de pension viagère.

Nous n'insistons pas sur la valeur patriotique de ce chant de guerre, dont les couplets sont gravés dans toutes les mémoires; seulement, nous ferons remarquer que le sixième couplet de cette œuvre n'est pas de Rouget de l'Isle : il est attribué à Marie-Joseph Chénier, qui l'improvisa pour les enfants qu'il était chargé de conduire du faubourg Saint-Antoine à la fête de la Fédération.

La Marseillaise est aujourd'hui notre hymne national. Toutes les musiques civiles et militaires l'exécutent dans les cérémonies officielles.

Allons, enfants de la pairie !

Le jour de gloire est arrivé!

Contre nous de la tyrannie L'étendard sanglant est levé. (Bis.) Entendez-vous, dans les campagnes, Mugir ces féroces soldats ?

Ils viennent jusque dans nos bras Égorger nos fils, nos compagnes!...

Aux armes, citoyens! formez vos bataillons! Marchons!... qu'un sang impur abreuve nos sillons!

Que veut cette horde d'esclaves,

De traîtres, de rois conjurés?

Pour qui ces ignobles entraves,

Ces fers dès longtemps préparés?... (Bis.)

Français, pour nous, ah! quel outrage!

Quels transports il doit exciter !

C'est nous qu'on ose méditer

De rendre à l'antique esclavage !

Aux armes, citoyens! etc., etc.

Quoi ! ces cohortes étrangères Feraient la loi dans nos foyers?

Quoi ! ces phalanges mercenaires Terrasseraient nos fiers guerriers? (Bis.) Grand Dieu! par des mains enchaînées.

Nos fi'onts sous le joug se ploieraient ; De vils despotes deviendraient Les maîtres de nos destinées!

Aux armes, citoyens! etc., etc.

Tremblez, tyrans ! et vous, perfides.

L'opprobre de tous les partis!

Tremblez! vos projets paricidcs Vont enfin recevoir leur prix! (Bis.) Tout est soldat pour vous combattre :

S'ils tombent, nos jeunes héros, La France en produit de nouveaux, Contre vous tout prêts à se battre.

Aux armes, citoyens!... etc., etc.

Français, en guerriers magnanimes.

Portez ou retenez vos coups ;

Épargnez ces tristes victimes A i-egret s'armant contre nous. (Bis ) Mais ces despotes sanguinaires, Mais les complices de Bouille, Tous ces tigres qui, sans pitié, Déchirent le sein de leur mère.

Aux armes, citoyens! etc., etc.

Nous entrerons dans la carrière Quand nos aînés n'y seront plus; Nous y trouverons leur poussière Et la trace de leurs vertus. (Bis.) Bien moins jaloux de leur survivre Que de partager leur cercueil.

Nous aurons le sublime orgueil De les venger ou de les suivre.

Aux armes, citoyens! etc., etc.

Amour sacré de la pairie.

Conduis, soutiens nos bras vengeurs.

Liberté, Liberté chérie,

Combats avec tes défenseurs ! (Bis.)

Sous nos drapeaux, que la victoire

Accoure à tes mâles accents !

Que tes ennemis expirants

Voient ton triomphe et noire gloire !

Aux armes, citoyens! formez vos bataillons! Marchons!... qu'un sang impur abreuve nos sillons!

Le Chant du Départ est de Marie-Joseph Chénier.

Il le composa pour la fête anniversaire de la prise de la Bastille, le 14 juillet 1794. Méhulenfit la musique.

Cet hymne de guerre fut accueilli avec transport

par nos armées, et partagea les succès de la Marseillaise.

Marie-Joseph Chénier était un républicain dévoué et convaincu. Représentant du peuple, il consacra toute sa vie à la propagation des vertus républicaines. Il mourut en 1811, et Méhul en 1817.

Méhul était un grand compositeur de musique, dont les œuvres sont considérables; mais le Chant du Départ, par son inspiration toute patriotique, a survécu dans l'esprit du peuple aux quarante-deux opéras qu'il a composés.

C'est un maître qui tient une large place dans l'œuvre musicale de la France.

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