‹ Chansons et chansonniersChapitre 13 sur 68 · LE CHANT DU DEPART · texte numérisé non relu

LE CHANT DU DEPART

Un Député du peuple.

La Victoire, en chantant, nous ouvre la barrière,

La Liberté guide nos pas, ]']t du Nord au Midi, la trompette gueri'ière

A sonné l'heure des combats.

Tremblez, ennemis de la France !

Rois ivres de sang et d'orgueil !

Le peuple souverain s'avance.

Tyrans, descendez au cercueil !

La République nous appelle.

Sachons vaincre ou sachons périr;

Un Français doit vivre pour elle,

Pour elle un Français doit mourir.

Une Mère de famille.

De nos yeux maternels ne craignez pas les larmes :

Loin de nous de lâches douleurs !

Nous devons triompher quand vous prenez les armes :

C'est aux rois à verser des pleurs!

Nous vous avons donné la vie,

Guerriers! elle n'est plus à vous ; Tous vos jours sont à la patrie ; Elle est votre mère avant nous !

La République, etc., etc.

Deux vieillards

Que le fer paternel arme la main des braves !

Songez à nous, au Ghamp-de-Mai's ; Consacrez dans le sang des rois et des esclaves

Le fer béni par vos vieillards;

Et, rapportant sous la chaumière

Des blessures et des vertus.

Venez fermer notre paupière

Quand les tyrans ne seront plus !

La République, etc., etc.

Un enfant

De Barra, de Viala, le sort nous fait envie ;

Ils sont morts, mais ils ont vaincu.

Le lâche accablé d'ans, n'a point connu la vie !

Qui meurt pour le peuple a vécu.

Vous êtes vaillants, nous le sommes;

Guidez-nous contre les tyrans;

Les républicains sont des hommes,

Les esclaves sont des enfants 1

La République, etc., etc.

Une épouse

Partez, vaillants époux; les combats sont vos fètcs ;

Partez, modèles des guerriers; Nous cueillerons des fleurs pour on ceindre vos tètes;

Nos mains tresseront vos lauriers ;

Et, si le temple de mémoire,

S'ouvi'ait à vos mânes vainqueurs,

Nos voix chanteront votre gloire, Nos flancs porteront vos vengeurs !

La République, etc., etc.

Une jeune fille

Et nous, sœurs des héros, nous qui de l'hyménée Ignorons les aimables nœuds.

Si, pour s^unir un jour à notre destinée. Les citoyens forment des vœux, Qu'ils reviennent dans nos murailles, Beaux de gloire et de liberté.

Et que leur sang, dans les batailles.

Ait coulé pour l'égalité.

La République, etc., etc.

Ti'ois guerriers

Sur le fer devant Dieu, nous jurons à nos pères, A nos épouses, à nos sœurs,

A nos représentants, à nos fils, à nos mères. D'anéantir les oppresseurs :

En tous lieux, dans la nuit profonde, Plongeant l'infâme royauté.

Les Français donneront au monde Et la paix et la liberté !

La République, etc., etc.

Cette œuvre martiale, due à la collaboration de deux hommes de grand talent, chacun dans leur genre, est comme la Marseillaise une œuvre impérissable.

Voici venir le Chant de liberté ou Veillons au salut de VEmpire, ou encore le Salut de la France, dont l'auteur est Adrien Simon Boy (1791).

Cette chanson, sous la Révolution, était très populaire, mais depuis, n'étant désignée que par

son premier vers : Veillons au salut de l'Empire. substitué à son véritable titre : Le Chant de liberté, elle a passé pour beaucoup de gens — ne s'étant pas donné la peine de la lire — pour une chanson bonapartiste. L'auteur disait, selon lui, veillons au salut de la République, du pays, de la France; voilà son idée première, son idée véritable et non pas, je le répète, Veillons au salut de l'Empire créé par Napoléon.

Nous avons, malheureusement, certains citoyens qui ne lisent jamais; ils se font l'écho de ce qu'ils entendent, et lorsqu'ils récoltent ainsi une erreur ou une sottise, ils la colportent, et à la longue elle passe pour un article de foi ou une vérité.

Adrien Simon Boy était ancien chirurgien en chef de l'armée du Rhin, mort en 1795 à Alsen, près Mayence.

Le Chant de Liberté est sur l'air de : Vous qui d'amoureuse aventure, (musique de Dalayrac.)

\'eillons au salut de l'empire,

Veillons au maintien de nos droits !

Si le despotisme conspire,

Conspirons la perte des rois !

Liberté ! que tout mortel te rende hommage, Tremblez, tyrans ! vous allez expier vos forfaits.

Plutôt la mort que l'esclavage !

C'est la devise des Français.

Du salut de notre patrie

Dépend celui de l'univers;

Si jamais elle est asservie,

Tous les peuples sont dans les fers!

Liberté I que tout mortel te rende hommage. Tremblez, tyrans ! vous allez expier vos forfaits.

Plutôt la mort que l'esclavage ! C'est la devise des Français.

Ennemis de la tyrannie,

Paraissez tous, armez vos bras.

Du fond de l'Europe avilie.

Marchez avec nous aux combats.

Liberté ! Liberté ! Que ce nom sacré nous rallie. Poursuivons les tyrans, punissons leurs forfaits !

Nous servons la même patrie.

Les hommes libres sont Fra,nçais.

Jurons union éternelle,

Avec tous les peuples divers ;

Jurons une guerre mortelle

A tous les rois de l'univers.

Liberté! Liberté ! Que ce nom sacré nous rallie. Poursuivons les tyrans, punissons leurs forfaits!

On ne voit plus qu'une patrie.

Quand on a l'àme d'un Français.

Cette chanson est une exaltation des sentiments républicains et l'empire de Napoléon n'a rien de commun avec elle.

Nous terminerons notre revue de l'époque révolutionnaire en citant encore cinq noms de chansonniers.

Le premier est François Marchant, qui mit la Constitution en vaudeville et chansonna vertement les Jacobins. Son œuvre anti-républicaine est considérable. Il mourut en 1793 âgé de trente-trois ans.

Le second est Louis-Ange Pitou également chansonnier royaliste. Il chantait en plein air et principalement sur le place de Saint-Germain-l'Auxerrois.

Une de ses chansons intitulée : le père Hilarion avait un grand succès, à cause de ses idées réactionnaires et du quartier où il la chantait. Il semblait prendre à témoin le Louvre et les Tuileries de ce qu'il disait, et la foule lui répondait dans le sens qu'il donnait à entendre. Ange Pitou fut déporté à Cayenne. Il en revint et écrivit ses mémoires en deux volumes. Ils sont peu connus, étant peu intéressants.

Clairville a fait sortir Louis-Ange Pitou de son obscurité en le prenant pour un des personnages dans son opérette : la Fille de madame Angot.

Les trois autres : Barré, Radet et Desfontaines étaient trois amis qui, pendant de longues années, firent en collaboration, pièces de théâtre et chansons.

En 1792, Barré, avocat et auteur dramatique, fonda le théâtre du Vaudeville, situé rue de Chartres. Il en fut le directeur pendant vingt-cinq années.

Il collabora, quoique directeur, à un grand nombre de pièces qu'il fît jouer sur sa scène et ses collaborateurs habituels étaient Radet et Desfontaines.

En ce temps-là, les auteurs dramatiques et les chansonniers mêlaient la politique à leurs œuvres. Ce fut à ce propos qu'en 1 793, Radet et Desfontaines furent incarcérés. Ils restèrent plusieurs mois sous les verrous. Le Comité de salut public doutait de leur civisme. Pour reconquérir leur liberté, ils firent un vaudeville patriotique et guerrier intitulé : Au relour, assaisonné au goût du moment, qui ne pouvait plus faire douter de leur

sympathie pour les idées révolutionnaires. Cependant, leur rançon ne fut complétée que par les couplets suivants, qu'ils envoyèrent à la Commune de Paris :

Air : On doit soixante mille francs.

L'aristocrate incarcéré Par le remords est déchiré ;

C'est ce qui le désole ; Mais le patriote arrêté De l'àme a la séi'énité,

C'est ce qui le console.

Des mesures de sûreté Nous ont ravi la liberté,

C'est ce qui nous désole; Mais dans nos fers nous l'adorons, Dans nos chants nous la célébrons,

C'est ce qui nous console.

Des lieux témoins de nos succès, Hélas ! on nous défend l'accès

C'est ce qui nous désole ; Mais dans nos vers, c'est là le hic, Nous propageons l'esprit public,

C'est ce qui nous console.

Pour nous encore la vérité N'éclaire pas l'autorité

C'est ce qui nous désole ; Mais en attendant ce beau jour, Vous applaudirez Au retour^

C'est ce qui nous console.

Les deux prisonniers avaient accompagné ces couplets d'une lettre. La voici :

a Citoyen président,

» Nous avons lu avec autant de plaisir que de reconnaissance dans le journal du Décadi, la mention civique faite au conseil général de la Commune, de notre pièce intitulée : Au retour.

» En attendant l'expédition qui doit nous être remise et que nous désirons avec la plus vive impatience, nous te prions, citoyen président, de communiquer au conseil nos joyeux remerciements.

» Reçois, citoyen président, la salutation fraternelle de tes concitoyens.

» Radet et Desfontaines. »

Il ne faut pas oublier de dire que dans la pièce : Au retour, un camarade du volontaire Justin, se permet une plaisanterie sur la taille peu grenadière du jeune soldat.

Celui-ci lui répond :

Ami, mets la main sur mon cœur Tu sentiras que j'ai la taille, Tout comme toi, rempli d'ardeur, J 'grandirai l'jour de la bataille.

Les plus p'tits comme les plus grands Savent combattre les despotes ; C'est à leur hain' pour les tyrans Qu'on doit m'surer les patriotes.

En effet, avec de pareils couplets de facture, les membres de la redoutable Commune de Paris ne pouvaient rester insensibles, et nos deux vaudevillistes échappèrent à la guillotine. L'esprit peut donc parfois servir à quelque chose I

Nous ajouterons que c'est dans cette même pièce que se trouve : J'ons un curé patriote, dont l'air est devenu classique pour les chansonniers et les vaudevillistes.

Nous allons donc reproduire ici ces couplets qui jouissent d'une si grande renommée :

J'ons un curé patriote, Un curé bon citoyen, Un curé vrai sans-culotte, Un curé qui n'fait qu'du bien.

Chaqu' paroissien trouve en lui, Son modèle, son appui, Et nos cœurs (ter) sont tous à lui.

Sont tous à lui {bis).

Désormais le presbytère, Séjour de la liberté, Par un froid célibataire.

Ne sera plus habité; Not' curé vivra chez lui Et sans dîmer chez autrui.

Il aura (ter) sa femme à lui, Sa femme à lui (bis).

Sans le s'cours de la soutane.

Et comm' nous coiffé, vêtu,

Y r'mettra celui qui s'damne Dans l'chemin de la vertu.

Y prêch'ra 1' s'enfants d'autrui, Puis le soir en bon mari,

Il en f ra (ter) qui seront à lui, Qui s'ront à lui {bis).

Si l'vieux évêque de Rome Dit quelqu' mauvaises raisons.

Contre un prêtre qui s'fait homme,

S'il braque ses saints canons, Notre curé, Dieu merci, N'en prendra point de souci.

Il aura (bis) d'aut' canons qui s'ront pour lui, Qui s'ront pour lui {bis).

En 179G, 011 fonda les Dîners du Vaudeville, société chantante à l'instar du Caveau défunt, qui ne pouvait renaître à cause de la Révolution, tous ses membres étant royalistes.

Parmi les membres les plus actifs de ce nouveau cénacle littéraire, on comptait naturellement Barré, le directeur du Vaudeville et ses deux amis Radet et Desfontaines. La Société se composait de vingtcinq chansonniers, dont nous avons donné les noms autre part dans ce volume.

Les Dîners du yaudeville vécurent avec la plus franche gaieté jusqu'au 2 nivôse an X. Leur répertoire littéraire ou plutôt la collection des chansons et pièces diverses auxquelles ils donnèrent naissance forme neuf volumes in-18, qui sofit devenus très rares en librairie.

La plupart des membres, sauf pourtant Barré, Radet et Desfontaines, entrèrent dans le nouveau Caveau créé en 1806, par Désaugiers et le libraire Capelle, et connu sous le nom de Caveau moderne, dont les premières années furent présidées par Laujon, puis par Désaugiers. Les réunions se tenaient au Rocher de Cancale, elles existèrent jusqu'en 1817. Elles eurent pour illustrations : Désaugiers, Armand Gouffé, Brazier, Laujon et Déranger. Ce dernier y fut reçu en 1813.

Ensuite vinrent les Soupers de Momus, qui avaient pour adeptes : Jacinthe Leclerc, Casimir

Ménestrier, Etienne Jourdan et Emile Debraux. Les événements politiques qui surgirent à celte époque dispersèrent encore les chansonniers. Ce ne fut que vers 1825 qu'ils songèrent à fonder le Réveil du Caveau. Mais la mort de leur maître à tous, Désaugiers, détruisit encore une fois cette association (1827).

DES AUGIERS

Marc-Antoine-Madelaine Désaugiers naquit à Fréjus en Provence, le 17 novembre 1772. Son père était un bon propriétaire, un peu musicien, un peu poète et auteur de la chanson des Deux Jumeaux de Bergame.

La famille Désaugiers étant venue habiter la capitale en 1774,renfant fat placé quelques années plus tard au collège Mazarin; puis il suivit sa sœur en Amérique.

Il revint en France, en 1797, et se jeta dans la littérature dramatique. Il fit, en collaboration, de charmantes pièces avec Gentil, Brazier, Rougemont, Francis, etc. Nous citerons parmi ses succès le Dîner de Madelon, Monsieur Vautour, Je fais mes farces, la Chatte merveilleuse elles Petites Danaîdes.

Mais nous n'avons pas ici à nous occuper de l'auteur dramatique, nous n'avons qu'à parler du chansonnier.

La philosophie tient peu de place dans ses couplets. Désaugiers est un paysagiste, il peint ce

qui frappe ses yeux. Sa chanson : Le tableau du jour de Van, est d'une piquante vérité d'observations ; c'est comme dirait un bon Parisien ; « La nature prise sur le fait. » La Treille de sincérité, sa Chanson à manger, excellente contre-partie de la chanson à boire : Le vrai buveur, de maître Adam. La lecture de la Treille de sincérité suffira pour iipprécier le talent de Désaugiers :

Nous n'avons plus cette merveille Ce phénomène regretté :

La treille De sincéi'ité {bis).

Cette treille miraculeuse, Dont la vertu tient du roman, Passa longtemps pour fabuleuse Chez le Gascon et le Normand; (bis) Mais des garants très authentiques Ont lu, dans un savant bouquin, Que son raisin des plus antiques.

Existait sous le roi Pépin...

Nous n'avons plus, etc.

Un docteur qui faisait parade

De son infaillibilité,

Allant visiter un malade,

Vit le raisin et fultenté.

Puis de son homme ouvrant la porte

Et le trouvant sans pouls ni voix :

C'est, dit-il, le diable m'emporte!

Le trentième depuis un mois.

Nous n'avons plus, etc.

Un auteur sous son frais ombrage, Lisant un poème fort beau,

A chaque feuille de l'ouvrage, S'humectait d'un raisin nouveau.

« Ça, lui dit-on, un tel poème Vous a coûté six mois et plus?

Non, reprit-il à l'instant même, Il m'a coûté cinquante écus. »

Nous n'avons plus, etc.

Sous la treille, un petit Pompée Criait aux badauds étonnés :

« Dans ma vie, ah! quels coups d'épée, Quels coups de sabre j'ai donnés !

Quels coups de fusil! Quels... » Zeste, Il mord la grappe là-dessus, Et poursuit d'un air plus modeste :

« Quels coups de bâton j'ai reçus ! » Nous n'avons plus, etc.

Au moment de donner la vie A l'héritier de son époux, Une jeune femme eut envie.

De raisin si beau si doux...

Et le pauvre homme ayant pour elle Cueilli le fruit qu'elle happa :

« Que mon cousin, lui dit la belle.

Sera content d'être papa! »

Nous n'avons plus, etc.

Un curé que le saint bréviaire Amusait moins que le bon vin.

S'avisa de monter en chaire Plein du jus du fatal raisin.

« Frères, dit-il à l'auditoire, Malgré tout ce que je vous dis, Je sais aimer, chanter et boire.

Et je fais gras les vendredis... »

Nous n'avons plus, etc.

Mais hélas! par Tordre du prince.

Ce raisin justement vanté, Un jour du fond de sa province Près du trône fut transplanté, Pauvre treille autrefois si belle Que venais-tu faire à la cour?

L'air en fut si malsain pour elle.

Qu'elle y mourut le premier jour.

Nous n'avons plus cette merveille Ce phénomène regretté :

La treille De sincérité.

Comme chef-d'œuvre, parmi les chansons de Désaugiers, nous pourrions nommer après celleci : Monsieur et Madame Denis ou les souvenirs de deux époux du dix-septième siècle.

Désaugiers avait le physique du vrai chansonnier, son embonpoint, sa jovialité, sa figure ronde et réjouie, ses cheveux frisés, ses yeux noirs et perçants, son geste toujours juste, sa voix qui était fort agréable, contribuaient au succès de ses chansons; en un mot, il savait bien les dire et les faire valoir. Il était ardent royaliste.

Désaugiers a créé un personnage : Cadet-Duteux, qui lui sert dans les parodies de pièces jouées sur les théâtres de Paris. Cadet-Buteux appartient à Désaugiers, comme la Lisette que s'est appropriée Déranger.

Lisette existait dans le répertoire des chansonniers, vingt ans avant la naissance de Déranger. Seulement lui, il a su lui donner une allure particulière et sympathique qui en a fait cette bonne

petite fille que nous connaissons sous le nom de la Lisette de Béranger.

Désaugiers est mort dans sa cinquante-quatrième année, à la suite de l'opération de la pierre, et fut enterré le 11 août 1827.

Avant d'être opéré, il avait composé son épitaphe :

Ci-gît, hélas ! sous cette pierre Un bon vivant mort de la pierre; • Passant, que tu sois Paul ou Pierre, Ne va pas lui jeter la pierre.

EMILE DEBRAUX

Quatre ans après la mort de Désaugiers, un autre chansonnier populaire mourait. Nous voulons parler de Paul-Emile Debraux qui, avec son maître Béranger, contribua à la vulgarisation de la légende napoléonienne.

Emile Debraux était né à Aiicerville (Meuse) en 1T98. Il fit ses études au lycée impérial et plus tard fut employé à la bibliothèque de l'Ecole de médecine. Il resta peu de temps dans cette place, de 1816 à 1817 seulement.

Amoureux de l'indépendance et de la chanson, il ne voulut aucune entrave à sa liberté.

Mais hélas! Il n''était pas riche, et la misère vint bientôt à son foyer. Sa muse joyeuse et patriotique, doublée d'une insouciance philosophique, ne purent le sauver d'une longue et cruelle maladie qui

amena sa mort. Quand il mourut, il était à peine âgé de trente-trois ans.

Ses chansons la Colonne, le Prince Eugène, T'en souviens-tu? le Mont-Saint- Jean, Fanfan-la-Tulipe et Mon pHit Mimile obtinrent un grand succès dans le peuple. Les guinguettes et les ateliers fredonnaient ses refrains.

Sa muse fut parfois politique, et les Bourbons qu'il frondait le mirent sous les verrous. La Restauration était sans pitié pour ceux qui avaient des idées et de l'esprit... quand ils étaient ses adversaires.

Béranger a fait une chanson-prospectus sur Emile Debraux, qui sert de préface aux œuvres de ce chansonnier.

Emile Debraux était très appécic dans les réunions chantantes appelées Goguettes. Comme Béranger, il avait pris le héros Bonaparte pour faire opposition aux Bourbons, ramenés sur le trône de France par les baïonnettes étrangères.

Faisons un simple rapprochement entre deux chansons de ces chansonniers traitant le même sujet. Dans sa chanson intitulée : Sainte- Hélène, Debraux dit :

.rai (lit au chef de nos vieux matelots : Quel est ce roc embrassé par les flots ? Un saint respect succède à l'insolence.

Je vois les fronts s'incliner en silence. De ces rochers quel est donc le renom? Quelle est cette tombe sans nom ?

A qui furent ces armes ?

— Bon voyageur, verse des larmes,

Ici mourut Napoléon.

Déranger, dans sa chanson ayant pour titre le Cinq Mai, fait parler ainsi un soldat de TEmpire, revenant en France sur un vaisseau espagnol :

Dieu ! le pilote a crié : Sainte-Hélène l Et voilà donc où languit le héros !

Bons Espagnols, là s'éteint votre haine. Nous maudissons ses fers et ses bourreaux.

Sa gloire est là comme le phare immense D'un nouveau monde et d'un monde trop vieux, Pauvre soldat, je reverrai la France, La main d'un fils me fermera les yeux.

Cette comparaison des deux œuvres suffit à démontrer que ces deux chansonniers ont vulgarisé la légende napoléonienne.

Maintenant, donnons les chansons les plus populaires de Emile Debraux. D'abord :

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