TE SOUVIENS-TU ? V
Te souviens-tu, disait un capitaine Au vétéran qui mendiait son pain.
Te souviens-tu qu'autrefois dans la plaine, Tu détournas un sabre de mon sein ?
Sous les drapeaux d'une mère chérie.
Tous deux jadis nous avons combattu ; Je m'en souviens, car je te dois la vie : Mais, toi, soldat, dis-moi, T'en souviens-tu ?
Te souviens-tu de ces jours trop rapides, Où le Français acquit tant de renom !
Te souviens-tu que sur les pyramides.
Chacun de nous osa graver son nom ?
CHAKSONS ET CHANSONNIERS
Malgré les vents, malgré la terre et l'onde, On vit flotter, après l'avoir vaincu, Notre étendard sur le berceau du monde : Dis-moi, soldat, dis-moi, t'en souviens-tu ?
Te souviens-tu que les preux d'Italie Ont vainement combattu contre nous ?
Te souviens-tu que les preux d'Ibérie Devant nos chefs ont plié les genoux?
Te souviens-tu qu'aux champs de l'Allemagne Nos bataillons, arrivant impromptu, En quatre jours ont fait une campagne : Dis-moi, soldat, dis-moi, t'en souviens-tu ?
Te souviens-tu de ces plaines glacées Où le Français, abordant en vainqueur.
Vit sur son front les neiges amassées Glacer son corps sans refroidir son coeur ? Souvent alors, au milieu des alarmes.
Nos pleurs coulaient, mais notre œil abattu Brillait encore lorsqu'on volait aux armes : Dis-moi, soldat, dis-moi, t'en souviens-tu?
Te souviens-tu qu'un jour notre patrie Vivante encore descendit au cercueil.
Et que l'on vit, dans Lutèce flétrie, Des étrangers marcher avec orgueil ?
Grave en ton cœur ce jour pour le maudire. Kl quand Bellone enfin aura paru.
Qu'un chef jamais n'ait besoin de te dire : Dis-moi, soldat, dis-moi, t'en souviens-tu ?
Te souviens-tu ?... Mais ici ma vojx tremble, Car je n'ai plus de noble souvenir; Viens-t'en, l'ami, nous pleurerons ensemble, En attendant un meilleur avenir.
Mais si la mort, planant sur ma chaumière. Me rappelait au repos qui m'est dû.
Tu fermeras doucement ma paupièi-e, En me disant : Soldat, t'en snuviens-tu ?
Puis, la Colonne, qui date de l'année 1818 :
0 toi, dont le noble délire Charma ton pays étonné, Eh quoi ! Déranger, sur ta lyre, Mon sujet n'a pas résonné !
Toi, chantre des fils de Bellone, Tu devrais rougir, sur ma foi.
De m'entendre dire avant toi :
Français, je chante la Colonne.
Salut, monument gigantesque.
De la valeur et des beaux arts ; D'une teinte chevaleresque Toi seul colore nos remparts.
De quelle gloire t'environne Le tableau de tant de hauts faits.
Ah ! qu'on est fier d'être Français Quand on regarde la Colonne.
Avec eux la gloire s'exile, Osa-t-on dire des proscrits; Et chacun vers le champ d'asile Tournait ses regards attendi-is.
Malgré les i-igueurs de Bellone, La gloire ne peut s'exiler, Tant qu'en France on verra briller Des noms gravés sur la Colonne.
L'Europe qui, dans ma patrie.
Un jour pâlit à ton aspect, En brisant ta tête flétrie.
Pour toi conserva du respect.
Car des vainqueurs de Babylone,
Des héros, morts chez l'étranger, Les ombres, pom* la protéger.
Planaient autour de la Colonne.
Anglais, fier d'un jour de victoire, Par vingt rois conquis bravement, Tu prétends, pour tromper l'histoire, Imiter ce beau monument.
Souviens-toi donc, race bretonne :
Qu'en dépit de tes factions.
Du bronze de vingt nations Nous avons formJ la Colonne.
Et vous, qui domptiez les orages.
Guerriers, vous pouvez désormais
Du sort mépriser les outrages,
Les héros ne meurent jamais.
Nos noms, si le temps nous moissonne,
Iront à la postérité ;
Vos brevets d'immortalité
Sont burinés sur la Colonne.
Proscrits, sur l'onde fugitive Cherchez un destin moins fatal :
Pour moi, comme la sensitive, Je mourrais loin du sol natal !
Et si la France, un jour m'ordonne De chercher au loin le bonheur, J'irai mourir au champ d'honneur.
Ou bien au pied de la Colonne.
Ensuite, dans un autre ordre d'idées, voici Fanfan la Tulipe et le P'iit Mimile, qui faisaient les délices des milieux populaires :