FANFAN LA TULIPE
Comme Tmari d'notre mère Doit toujours s'app'ler papa.
Je vous dirai que mon père, Un certain jour me happa.
Puis me m'nant jusqu'au bas de la rampe, M' dit ces mots, qui m'mir'nt tout sens d'susd'sous « J' te dirai ma foi, » N'y a plus pour toi » Rien chez nous, » V'ià cinq sous, » Et décampe !
» En avant » Fanfan » La Tulipe, » Oui, miir noms d'une pipe, » En avant! »
Puisqu'il est d' fait qu'un jeune homme, Quand il a cinq sous vaillant, Peut aller d' Paris à Rome, Je partis en sautillant.
L' pi'emier jour je trottai comme un ange, Mais r lendemain J'mourais quasi de faim.
Un r'cruteur passa.
Qui m'proposa...
Pas d'orgueil, J'men bats l'œil, Faut que j' mange.
En avant, etc., etc.
Quand j'entendis la mitraille, Comm' je r'grettais mes foyers !
Mais quand j' vis à la bataille Marchei" nos vieux grenadiers ; Un instant, nous somm's toujours ensemble, Ventrcbleu ! me dis-je alors tout bas, Allons, mon enfant, Mon p'tit Fanfan,
Vite au pas.
Qu'on n'dise pas Que tu trembles !
En avant, etc., etc.
En vrai soldat de la garde.
Quand les feux avaient cessé, Sans r'garder à la cocarde, J' tendais la main au blessé.
D'insulter des homm's vivant encore, Quand j 'voyais des lâch's se faire un jeu; Ah ! miir ventrebleu.
Quoi, Devant moi, J'souffrirais Q'un Français S' déshonore !
En avant, etc., etc.
Vingt ans soldat, vaill' que vaille, Quoiqu'au d'voir toujours soumis.
Un' fois hors du champ de bataille, J' n'ai jamais connu d'ennemis.
Des vaincus la touchante prière, M' fit toujours Voler à leur secours P't-ètre c'que j' fais pour eux Les malheureux L' front un jour A leur tour
lA CHANSON RÉVOLUTIONNAIRE 103
Pour ma mère !
En avant, etc., etc.
A plus d'un' gentil!' friponne Mainte fois j'ai fait la cour ; Mais toujours à la dragonne, C'est vraiment 1' chemin 1' plus court Et j' disais, quand un' fille un peu fière, Sur l'honneur se mettait à dada :
N'tremblons pas pour ça.
Ces vertus-là, Tôt au tard Finissent par S' laisser faire.
En avant, etc., etc.
Mon père, dans l'infortune, M'app'la pour le proléger; Si j'avais eu de la rancune.
Quel moment pour me venger!
Mais un franc, un loyal militaire, D'ses parents doit toujours être l'appui ; Si j' n'avais eu qu' lui, J' srais aujourd'hui Mort de faim.
Mais enfin C'est mon père !
En avant, etc., etc.
Maintenant je me repose Sous le chaume hospitalier ; Et j'y cultive la rose Sans négliger le laurier.
D'mon armur' je détache la rouille, Car si l'temps ramenait les combats, D'nos jeunes soldats Guidant les pas,
J' inécrirais :
J'suis Français, Qui touch' mouille.
En avant Fan fan La Tulipe, Oui, miir noms d'un' pipe En avant !
Voici pour finir :
LE p'tIT MIMILE
Air des Bourgeois de Châtres.
J'apprends, mon p'tit Mimile, Qu'tes paifrenier du roi :
Pers'onn' dans notre ville, N'sait pas plus c'que c'est qu'moi.
C'est sans dout' queuqu'emploi Bourgeois ou militaire.
Au surplus, ça n'nous r'garde pas :
Mon fieu, tu f ras Comm' tu voudras.
Nous n'te tourmenterons guère.
J'te l'dirai sans rancune.
Je m' doutais qu' par là-bas T'avais fait ta fortune.
Car tu n'écrivais pas.
Après tant d'embarras, Pis qu' t'es tiré d'affaire :
Envoi-nous un millier de ducats.
Ensuite lu f'ras, etc.
Etc., etc.
Ton père, que ta lettre A contenté beaucoup,
Veut qu' tu y envoi' d' quoi s' mettre Dans les vign's jusqu'au cou; Mais n' te gên' pas pour ça,
Y n' boit pas fort ton père, Un tonneau d' Bourgogn' suffira,
Ensuite tu f'ras, Etc., etc.
Ton oncle r garde chasse Commence à bien s'user ; Ta tante Boniface Dit quT n' sait plus viser.
Tu sais que son grand papa D' l'Etat fut pensionnaire :
Fais-lui rendre c'te pension-là ; Ensuite, tu f'ras Etc., etc.
Ton fiUeux, Fanfan 1' bête, Est un grand garnement, Dans r cas de tenir tête A tout un régiment.
Puisque c' chien d'enfant-là A r goût du militaire.
D'un' épaulette y s'contentera ; Ensuite, tu f'ras Etc.. etc.
Ton cousin, 1' grand Giraffe, Va tout droit a son but,
Y sait d'jà Tostographe Et r ba, be, bi, bo, bu.
Y en a d' pus bêt' que ça Dans r nouveau ministère :
Mais c'est égal, pouss' le par là ;
Ensuite, tu f'ras Etc., etc.
Quand au cousin Bâtisse
Y n' manqu'ra pas d'emploi, Car il est rojalisse
Encor' plus que le roi ; Pour n' pas s' battr' y s' cacha Pendant la dernière guerre.
Y n'demande que la croix pour ça; Ensuite, tu fras Etc., etc.
Maintenant chaque dimanche Ton parrain Tournesol, Porte un' cocarde blanche Larg' comme un parasol.
Depuis vingt ans il a Vingt fois changé d' bannière, Faut qu' tu ï fass' jug' de paix c'ti-là ; Ensuite, tu fras Etc., etc.
Y faudrait pour bien faire Qu' ton oncl' Jean soit juré, Qu' not' bedeau soit vicaife, Qu' not' vicaire soit curé.
Pour finir c't'articl'-là.
Enfin qu' ton pèr' soit maire, L' reste du village attendra;
Ensuite, tu fras C'que tu voudras • Nous n' te tourmenterons guère.
Voici ce que Déranger a écrit sur Emile Debraux, en 183G :
a Ce n'était pas un chansonnier ordinaire qu'Emile Debraux I Ses chansons patriotiques
répondaient au vif besoin d'opposition de l'époque où il les composa.
» Voyez quelle haine de la Restauration dans ses chansons, quelle colère de nationalité et d'indépendance, quel orgueil de nos victoires, quelle douleur de nos revers ! Lisez la Veuve du soldat, morceau épique où brillent d'admirables strophes ; lisez l'ode intitulé Marengo, hymne sainte de la vieille et glorieuse République ; V Appel aux Députés, etc., etc.
» J'ai connu sa vie, ses habitudes, ses goûts, tout cela me plaisait ; comme on le sait, il n'était pas riche, les riches auraient ri de son indigence, ou l'auraient insulté en le secourant. Il les fuyait, et c'était de sa part haute raison que d'agir ainsi. »
Paul-Émile Debraux est mort le 12 février 1831.