NINON DE LENCLOS
Air : Femmes, voulez-vous éprouver '■'
Rempli du sévère projet De mêler l'utile au comique.
J'ambitionnais un sujet,
Ou moral ou mythologique :
Des bulletins dans l'urne enclos
Dispersant la masse confuse,
Je tombe sur Ninon Lenclos :
Ah ! le bon bille-t qu'a ma muse ! (Bis
Gomment vous rendre les attraits Dont Ninon Lenclos fut pourvue ?
Ce n'est que dans ses seuls portraits, Peints ou gravés, que je l'ai vue :
On la citait à dix-sept ans Comme une personne accomplie ; Car la nature en même-temps .
L'avait faite belle et jolie.
Qu'elle était légère, sa voix !
Qu'elle élait légère, sa danse !
Et qu'ils étaient légers ses doigts Sur le luth, faits à la cadence !...
Mais, dès qu'à ces arts d'agrément Elle put joindre l'art de plaire, On convient généralement Qu'elle y fut encore plus légère.
Colighy, d'Albret et Condé Lui rendirent d'abord les armes ; Banier, Villarceaux, Sévigné Encensèrent après ses charmes; Lachàtre et Courville bientôt Obtinrent ses faveurs intimes; Et même La Jlochefoucault Près d'elle oublia ses maximes.
Toujours d'un long engagement Elle appréhenda la fatigue.
Conservant plus fidèlement Un dépôt d'argent qu'une intrigue.
De ses caprices tour à tour Etiez- vous objet ou victime, Elle vous rendait votre amour ; Mais elle gardait votre estime.
Faisant trêve à la volupté, De bel esprit s'occupait-elle, Le ton de sa société Dans le sien trouvait un modèle :
Ses conseils sur le double mont Servaient de plus d'une manière A Chapelle, à Saint-Evremont, A Scarron, et même à Molière.
On sait qu'à Voltaire en mourant Elle laissa deux mille livres.
Afin qu'il put, auteur naissant, Se procurer quelques bons livi'cs.
Voltaire dut à la beauté Sa bibliothèque première :
Mais que le legs a profité Entre les mains du légataire !
Par les petits soins d'un abbé.
Porteur d'une antique promesse.
Est-il vrai qu'elle a succombé A quatre-vingts ans... par faiblesse?
Ah ! si de Philémon Gcdpin Ninon Baucis fut aussi folle.
C'est qu''en hiver, de loin en loin, Un rayon de soleil console.
Au reste, amis, ne croyons pas, En proie aux flammes éternelles, Ninon, qui se plut ici-bas, A des flammes toujours nouvelles ; Son salut nous est confirmé Par ces paroles très précises :
« A quiconque a beaucoup aimé,
« Beaucoup de fautes sont remises. »
Le chevalier de Piis mourut en 1832,