‹ Chansons et chansonniersChapitre 22 sur 68 · DE · texte numérisé non relu

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Nous avons réuni en un faisceau les principaux chansonniers qui sortirent des barricades de Février pour célébrer les bienfaits de la Révolution. Nous voulons parler de ceux qui, au lendemain du combat, jetaient en pleine rue leurs chants populaires.

Ces couplets improvisés sans travail, tout d'inspiration, expriment bien les idées nouvelles qui à cette époque fermentaient dans les têtes républicaines de Paris et de ses faubourgs.

La plupart de ces chansonniers appartiennent au travail manuel de l'atelier, du magasin ou de la boutique; peu ont des occupations indépendantes ou une profession libérale.

Ils ont tous plus ou moins pratiqué la goguette, malgré les mouchards et les sergents de ville de la Royauté. On sait combien était peu respecté le

droit de réunion sous le règne de Sa Majesté Louis- Philippe I".

On appelle goguette l'endroit, cabaret ou café, où les membres sociétaires d'une réunion chantante ont le droit de se présenter et de chanter une ou plusieurs de leurs chansons. Nous citerons comme exemple, le Gymnase lyrique, les Soupers de Momus, les Lapiniers, et cinquante autres dont nous pourrions citer les noms.

Ces réunions ne sont pas fermées, les amis peuvent y assister sur la présentation d'un membre titulaire, on les reçoit à titre de visiteurs; ils peuvent même y chanter avec l'autorisation du président.

Ces assemblées chansonnières sont toujours joyeuses et paisibles. On n'y admet que des gens sérieux ; les loustics et les blagueurs n'y font pas leurs frais, car ils sont vivement éliminés. Le président est tout-puissant et sa parole souveraine est toujours écoutée.

Le côté moralisateur de ces fêtes rimées est à considérer; il habitue à la discipline et au respect.

Aujourd'hui, sous la République, les chanteurs de couplets ont toujours leurs modestes cénacles, mais ils y jouissent de lapins grande liberté; leurs séances n'en sont que plus gales et plus amusantes.

Voici les noms, par ordre alphabétique, des chansonniers qui ont principalement acclamé les trois journées de février 1848 :

Alais (Auguste), Avencl (Paul), Baillet (Eugène), Dalcs (Alexis), Demanet (Hippolyte), Drappier (V.), Dupont (Pierre), Fesleau (Louise Gille (Charles),

Le Boulanger (d'Yvelol), Leroy (Gustave), Loynel (Gustave), Loynel (Auguste) et Louvet.

Pour apprécier l'œuvre révolutionnaire de ces rimeurs parisiens, nous donnerons une chanson de chacun d'eux.

Au lendemain de la victoire du peuple, quand ce n'étaient pas des chanteurs des rues permissionnés qui interprétaient les couplets révolutionnaires, c'étaient des étudiants du quartier latin ou des jeunes gens des quartiers populeux qui s'improvisaient virtuoses du pavé, et la recette qu'ils faisaient était versée à la caisse des blessés. Le soldat des barricades quittait le fusil pour se faire chanteur au profit des victimes de la révolution, — C'était original et généreux.

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