‹ Chansons et chansonniersChapitre 24 sur 68 · LE 24 FÉVRIER · texte numérisé non relu

LE 24 FÉVRIER

La foudi'e populaire a grondé. Sa voix tonne.

La flamme a gagné les faubourgs.

Vieux roi, ne scus-tu pas vaciller la couronne

Que lu ramassas aux Trois-Jours ? (1) Ne sens-tu pas aussi tressaillir le vieux monde

Au cri de la grande cité :

C'est que cet ouragan qui s'avance et qui gronde

Porte en ses flancs la liberté !

Oui, le peuple est debout! le peuple parle en maître !

Uends-lui sui'-lc-champ tous ses droits, Ses droits anéantis. — Si tu ne veux pas être.

Vieillard, le dernier de ses rois, Baisse le front devant la grande populace,

Réponds au cri qu'elle a jeté, Oa d'un trône avili laisse libre la place.

Pour qu'on y mette l'équité.

Tu souris aux efforts des citoyens en rage.

Toi, royalement entêté?

Ah ! pi"ends bien gai'de alors, au milieu de l'orage

De voir sombrer la rovaulé ?

Le peuple est un géant aux robustes épaules,

Qui ne craint rien, ni fer, ni feu, Dont la main étendue embrasse les deux pôles.

Comme ferait la main de Dieu !

Un sang épais et noir bouillonne dans ses veines,

Ses yeux creux en sont injectés ; Spartacus immortel, il rugit sous les chaînes

Qui garrottent ses libertés.

Ses longs rugissements de fureur vengeresse

Montent menaçants jusqu'à toi :

Ils te disent assez que son anneau le blesse

El qu'un geôlier n'est pas un roi.

Demain, en plein soleil, il veut se lever libre,

Et de sa souveraineté

;i) Révolution de 1830.

LES CHANSONNIERS PATRIOTES DE 18 i8 151

Le souffle tout-puissant détruira l'équilibre

De la vieille société.

Une dernière fois faut-il que l'on fimploro ?

Ecoute donc, royal vieillard, La volonté du peuple: il en est temps encore,

Mais demain il sera trop tard.

L'émeute vagabonde, insolente, rebelle,

Déesse aux énormes contours.

Qui porte du phosphore au fond de la prunelle

Et des cadavres pour atours, Avait su rassembler, pour combattre, autour d'elle

Tous les opprimés des faubourgs.

Sa voix rauque semblait grande d'horreur, et belle

Dans ses sanguinaires discours.

Le peuple, humble et soumis, le formidable athlète,

Sentait en lui son cœur bondir ; Une fièvre de sang troublait sa forte tète.

Il voulait ou vaincre ou mourir.

On aurait pu se croire au beau temps des croisades.

Où la foi guidait la valeur :

La Terre Sainte était ses hautes baiTicades

Et l'Ottoman son oppresseur.

En avant! en avant ! cria la sombre émeute,

Ce jour est un jour éclatant !...

Et le peuple partit comme une ardente meute

Qui cherche un gibier palpitant.

Ses tempes sonl en feu, ses veines sont gonflées,

La vengeance marbre sa peau; Ses musculeuses mains par le travail enflées

Serrent la hampe d'un drapeau.

Un virus hydrophobe en ses membres circule,

Son œil hagard porte l'effroi ;

La poudre est le parfum qu'un peuple vengeur brûle Sur le catafalque d'un roi.

Oui, ton nom est maudit sur la place publique !

N'espère plus, pauvre vieillard :

La grande voix humaine a fait la République...

Louis-Philippe, il est trop tard!...

Alors, en mugissant, le torrent populaire,

Par un flux terrible apporté.

Dans un reflux rapide em{ orle avec colère

Sceptre, couronne et royauté.

Février 1848.

Paul Avenel est aujourd'hui un de nos joyeux chansonniers. II est membre de ki Lice chansonnière, et avec cela auteur dramatique et romancier.

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