‹ Chansons et chansonniersChapitre 25 sur 68 · EUGÈNE BAILLET · texte numérisé non relu

EUGÈNE BAILLET

Eugène Baillet est un de nos chansonniers cuutemporains qui a écrit V Histoire des Sociétés chantantes, dites goguettes. Il est connu dans toutes les réunions de ce genre qui existent à Paris. Il a fait de nombreuses chansons politiques, mais il ne les a pas mises dans le recueil qu'il a publié, comme ayant sans doute perdu leur actualité. 11 en a qui sont très populaires. Nous citerons au hasard : la Religieuse, Ma Voisine, On ne meurt pas d'amour, le Conducteur de diligence^ etc., etc., mais comme

ce chapitre de notre étude ne traite que des chansons politiques ou révolutionnaires, nous citerons : Au citoyen Guizot :

Air : Las anguilles vt les jeunes filles.

Les affaires sont terminées, Je crois que tu ne pensais pas Que l'on pouvait, en trois journées, Te faire ainsi sauter le pas. La France, jadis monarchique, Menant les choses au galop, Est maintenant en llépuhlique.

Qu'en dis-tu, citoyen Guizot?

Ton cher ami, ton vieux compère, Pressé, s'est montré négligent- Je crois sa douleur bien amère, Car il a laissé de l'argent; Cet argent qu^il a dû nous prendre Sur la denrée et sur l'impôt.

On parle qu'on va nous le rendre.

Qu'en dis-tu, citoyen Guizot?

Pour la garde-nationale.

Tu sais qu'elle a tourné le dos, Seule on vit la municipale.

Vouloir soutenir tes drapeaux.

Jusqu'au fantassin malhonnête Qui, connaissant ton vil tripot, Tourna vers toi sa baïonnette.

Qu'en dis-tu, citoyen Guizot ?

Le beau château des Tuileries, Que tu visitais si souvent.

N'a plus ces belles galeries.

Ces dorures sont en plein vent; ■ La chambre à coucher de Philippe

Possède au mur plus d'un accroc, Tous les salons sentent la pipe, (ja'en dis-tu, citoyen Guizot?

Enfin, au pied de la Colonne, Après tous s'en être affublé, Ils ont osé porter le trône.

Et là, joyeux, ils l'ont brûlé.

Puis autour se pâmant d'aise, Car ça brûlait comme un fagot.

Ils ont chanté la Marseillaise, Qu'en dis-tu, citoyen Guizot?

Si jamais tu revois ton maître,

Dis-lui qu'on a goûté son vin,

Qu'un gaillard qui doit s'y connaître

M'a dit l'avoir trouvé divin.

Bien qu'encore au sein de ses caves

Ou dût l'oublier aussitôt,

Car ou trinquait toujours aux braves.

Qu'en (lis-tu, citoyen Guizot ?

Dans ton hôtel du ministère.

Sabre en main, chacun le cherchait.

Tous les yeux brillaient décolère, Penses-tu ce qu'on te voulait !

Mais déjà du beau sol de France Tu fuyais sans doute au grand trot.

Ton hôtel nous sert d'ambulan<^e.

Qu'en dis-tu, citoyen Guizot ?

Eugène Baillet est un passionné de la chanson. 11 a été président de la Lice chansonnière, tout en gardant sa place dans plusieurs sociétés chantantes.

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