ALEXIS DALÈS
Il y avait deux Dalès parmi les chansonniers parisiens : Dalès aîné et Alexis Dalès.
Dalès aîné, dont la physionomie rougeaude et réjouie avait quelque analogie avec la figure riante et éveillée de Désaugiers, avait présidé la société chantante, les « Enfants du Temple ». Il avait du talent et s'acquittait à merveille de ses fonctions de président. Vers 1844, une de ses chansons: Montons à la barrière, eut un grand succès de rue.
Son frère, Alexis Dalès, né en janvier 1813, était aussi fort connu. Il fréquentait les goguettes. Il était très applaudi aux « Amis de la Vigne », à Ménilmontant, et à la « Lice chansonnière ». Il a rimé un nombre considérable de chansons, parmi lesquelles nous remarquerons : Pauvre Paris, A genoux devant le soleil, Nos souvenirs, la Bulle de savon, etc., etc. Elles brillent toutes par l'esprit et la gaieté.
Eh bien, ce chansonnier insouciant, cet homme si joyeux, si alerte, si bon vivant, si aimé de ceux qui le connaissaient intimement, fut arrêté tout à coup en pleine vie. Un mal pire que la mort vint frapper son corps bien portant, sans pourtant détruire son intelligence. Écoutez, il va lui-même vous renseigner sur sa maudite destinée, sur son impitoyable martyre.
Lisez avec le cœur, Télégiaque chanson qu'il a adressée à son ami Jest, et vous comprendrez avec quelle cruauté le malheur s'est appesanti sur lui.
Elle a pour titre : le Perclus, en voici quelques vers :
... En mon cœur brisé toute joie est ravie ; Le sort, depuis longtemps me frappant sans. pitié, Me condamne à mourir sans sortir de la vie, Et des jours qu'il me doit me reprend la moitié.
Vous, joyeux Licéens, qui m'avez vu sourire (I), Vous pour qui j'accordais ma lyre, Rappelez-vous quelle franche gaieté
inspirait ma musette, alors qu'en ma jeunesse Du présent savourant l'ivressa.
J'osais, fou que j'étais, compter sur la santé.
Chantez, frères, chantez le sourire à la bouche ! Sur les maux d'ici-bas répandez quelques fleurs. Que d'un pauvre pei'clus, étendu sur sa couche, Dieu vous épargne les douleurs.
Etc., elc.
Alexis Dalès n'avait pas quarante ans quand il fut atteint par la maladie, et il vit encore. Il est plus que septuagénaire.
Il est dans un asile de vieillards, où la charité l'a accueilli, en lui tendant la main.
Voici sa chanson de 1818, intitulée : Garde a vous ! appel au peuple électeur.
Air ; A f/finoux devant le xnleil.
Peuple géant des barricades, Apôtre de l'humanité, Toi qui, bravant les fusillades.
Succombe en criant: Liberté!...
(1) Licéens, c'est par nu pareil /va?i«/M7we que se désignent tiabituelleineut les ineinbres deja Lice chansonnière.
Ton courage est pl-us qu'héroïque, Mais pourtant ne va pas fléchir.
En proclamant la République, (bis) II faut savoir la maintenir. {ter)
Pour vaincre l'aristocratie, Ouvriers, consultant vos cœurs, Apprenez la diplomatie, Usez donc du droit d'électeurs.
Hélas ! votre ciel politique Par l'intrigue peut s'obscurcir.
En proclamant la République, (bis) Il faut savoir la maintenir. (fer)
Ron peuple, ton insouciance A nommer tes représentants, Compromet notre belle France Et l'avenir de ses enfants.
Ah f sur notx'e sol énergique' Doit-on semer sans i-ecueillir.
En proclamant la République, (6<») Il faut savoir la maintenir ! {ter)
C'est peu de se couvrir de gloire
Un jour de Révolution ;
Chacun doit, après la victoire,
Propager sa conviction.
Sur les débris d'un trône antique,
Apprenez l'art de rebâtir.
En proclamant la République, {bis)
Il faut savoir la maintenir ! {ter)
Sur vous la l'éaction veille.
Serrez-vous, donnez-vous la main :
Votre victoire de la veille La perdrez-vous le lendemain ?
Le peuple, bien que pacifique,
Des traîtres doit se garantir.
En proclamant la République, {bis)
Il faut savoir la maintenir 1 (ter)
Frères, lorsque Dieu nous seconde.
Ennemis de la royauté,
Greffons tout le bonheur du monde
Sur l'arbre de la liberté !...
Ce symbole patriotique.
Parmi nous doit-il se flétrir !
En proclamant la République, {bis)
Il faut savoir la maintenir ! {ter)
Nous citerons encore d'Alexis Dalès trois chansons de la même époque : Philippe et son chien, Jean Pichet, et Tapez-moi là-dessus.