PIERRE DUPONT
Pierre Dupont, dont nous parlerons plus tard d'une façon plus détaillée, dut à la révolution de Février de se trouver tout de suite en lumière .
En fréquentant le quartier latin, où il s'était fait beaucoup d'amis, et en assistant aux banquets démocratiques et protestataires d'alors, il commença sa réputation de chansonnier.
A celte époque, il était déjà réputé par ses productions : le Pain, le Chant des Ouvriers, le Chant des Étudiants et la Vigne.
Qui ne se souvient pas de ce vigoureux Chant des Ouvriers, qui emplissait tous les faubourgs?
Nous dont la lampe, le malin, Au clairon du coq se rallume, Nous tous qu'un salaire incertain llamène avant l'aube à l'enclume, Nous qui des bras, des pieds, des mains. De tout le corps luttons sans cesse, Sans abriter nos lenrlemains Contre le froid de la vieillesse,
Aimons-nous, et quand nous pouvons Nous unir pour boire à la ronde,
Que le canon se taise ou gronde,
Buvons (fer) A l'indépendance du monde.
Cette chanson a six couplets, et Pierre Dupont les chantait lui-même admirablement.
LOUIS FESTEAU
Louis Festeau est un chansonnier dont les œuvres sont considérables. Il était très connu dans le monde ouvrier, et, dans ses chansons de 1848, il s'intitulait : Chansonnier du peuple. Il publia successivement : la Fraternité, le Rameau de la paix et la République en danger,
Louis Festeau était un libre-penseur et un fier républicain.
Voici la Fraternité :
Air De Nosiradamus .
Volons au but!... L'ouragan populaire Balaye un roi qui barrait le chemin ; La France a dit, dans sa sainte co'ère : Avec les grands, plus de trompeur hymen ! Sans recourir aux justes représailles, L'Égalité, le front paré de fleurs, Jette aux martyrs l'anneau des fiançailles. Fraternité, joins nos bras et nos cœurs !
Disparaissez, royales comidies !
La République a dressé son forum.
Paix aux rcgrels! silence aux psalmodies!
Tout cri s'efface en un seul Te Dcum.
La Liberté, télégraphe électrique,
Touche en courant ses nombreux défenseurs;
L'univers chante un sublime cantique...
Fraternité, joins nos bras et nos cœurs!
Ne craignez pas que Luti>ce affranchie Élève un jour une Tour de Babel; Chaque Français repousse l'anarchie, Et se souvient de Gain et d'Abel...
Terrible et doux, il va prouver au Monde Qu'il a trouvé sous ses pavés vainqueurs, L'Art qui détruit et la Raison qui fonde. Fraternité, joins nos bras et nos cœurs!...
"Plus de combats où le Faible succombe! Foudres d'airain, taisez vos grandes voix! Dans les Cités, en devançant la bombe, La P.ensée entre et détrône les Rois.
Sur l'Union fondant l'Ère nouvelle.
Avec son sang, son cpée et ses pleurs, Le Peuple écrit sur ?a Charte immortel'e : Fru'.crnité, ]o'ms nos bras et nos coeurs.
Un même élan a fait courir aux armes;
Un même choc a brisé les faux dieux.
Qu'un même accord dissipe les alarmes;
Qu'un même encens s'élève vers les cieux.
Tous abrités sous la Jiiéme oriflamme,
En abjurant de haineuses fureurs,
.N'ayons qu'un chant, qu'un but, qu'un Dieu, qu'une Ame,
FraternitiK joins nos bras et nos cœurs.
Du Glçhe entier, grande étoile polaire.
Lève-toi, France, et scintille aux regards! A les rajons l'Europe enfin s'éclaire.
Et fait flotter de nouveaux étendards.
Les Nations, astres purs et sans voiles, En gravitant sous tes feux protecteurs, Viendront former ta couronne d'étoiles... Fraternité, joins nos bras et nos cœurs!...