NAPOLÉON
Air : Verse: amis, ver.i'z ù tassa pleine .
Autour de moi va s'amasser lorage ;
Je le savais en évoquant ce nom.
Fils du progrès, il faut bien du couiage
l'our s'attaquer à leur >i'apoIéoii.
Sans essayer de cupter l'au(Jiloirc.
Je vais juger mon homme par deux vers :
Gloire au soldat qui nous donna la gloire !
Haine au tvran qui nous donna des fers !
Qu'il était beau, quand delà République 11 entraînait les courageux enfants ; Quand le surnom tout Romain d'Italique Récompensait des efforts triomphants !
D'un tel passé ternissant la mémoire 11 lui faut plus que les lauriers offerts : Gloire au soldat qui nous donna la gloire ! Haine au tyran qui nous donna des fers !
Du Saint-Bernard il a franchi les cimes, La vieille Autriche a revu son vainqueur; Nos généraux, nos soldats sont sublimes, Kl leur consul devient notre empereur.
Le peuple alors n'est plus rien dans l'histoire. Son nom magique éblouit l'univers :
Gloire au soldat qui nous donna la gloire ! Haine au tyran qui nous donna des fers !
Tout lui sourit. 11 domine, il est père, L'Espagne éteinte a son frèi'e pour roi ; Parmi les camps, quel tumulte s'opère ! Le Niémen en tressaille d'effroi.
11 part, formant le projet illusoire De conquérir l'empire des hivers :
Gloire au soldat qui nous donna la gloire ! Haine au tyran qui nous donna des fers !
De francs avis ne purent le convaincre ; Dupe des rois qu'il a su ménager, Les voilà tous réunis pour le vaincre ; La France ouverte a subi l'étranger.
Son aigle altier se noya dans la Loire ; Notre avenir dépendit d'un revers :
Gloire au soldat qui nous donna la gloire ! Haine au tyran qui nous donna des fers !
Adieu, guerrier! Carthage a vaincu Rome : De tout pouvoir son enfant est banni.
1()8 CHANSONS ET CHANSONNIEHS
A VOUS, Anglais, il se conQe en homme ; N'ayez plus peur, son règne est bien fini. Pourquoi cingler vers celle roche noire, Cachot brûlant isolé sur les mers ?
Gloire au soldai qui nous donna la gloire ! Honte au bourreau qui lui donna des fers !
Eh bien, malgré ce caractère franc, ouvert, cet esprit primesautier, ce talent à mille facettes qui lançait tant de rayons divers, le brave chansonnier Chailes Gille vit tout à coup le désespoir et le découragement venir ensemble l'assaillir à un moment donné. Ses rêves les moins ambilieux ne se réalisaient pas; ses affaires commerciales, au lieu de prospérer, périclitaient. Il lui arriva forcément qu'en travaillant, il ne trouva pas ce qu'il cherchait dans la vie. Et, pour mettre un terme à toutes Ses déceptions, il eut recours au suicide. Il se pendit en 1856; il avait trente-six ans. Il fut vivement regretté de ses nombreux amis.
LE BOULLENGER (d'Yvetot)
Le citoyen Le BouUenger (d'Yvetot) — comme il signait ses chansons politiques — était un ancien chirurgien de la marine française. Il s'était embarqué fort jeune, ayant seulement en poche son diplôme d'officier de santé, et, après avoir fait le tour du monde, il revenait à la Faculté de médecine pour obtenir son diplôme de docteur.
C'était un homme fort gai et spirituel. Il racon-
tait ses voyages avec beaucoup d'intérêt. Il avait chanté de ses chansons dans les cinq parties du monde. Il avait une belle voix et il jouait du violon . C'est lui qui était parmi les chanteurs ambulants des écoles après le 24 Février.
Il aimait la chanson, et il en avait rapporté de fort originales des pays qu'il avait parcourus. 11 les avait presque toutes traduites en français, pour mieux en montrer le côté gai, drôle ou comique. Il parlait plusieurs langues comme sa langue maternelle.
Voici les couplets qu'il avait improvisés en Février. Disons aussi que pour accompagner, avec son violon, sa chanson dans la rue, il s'était mis une magnifique barbe postiche de sapeur. Il ressemblait à un druide gaulois en rupture de gui sacré, à ce que nous a rapporté un de ses amis.
ZOZOT ET PHILIPPE
Air : La favidondaine .
Philippe disait à Guizot,
Le jour des barricades :
Le peuple veut la poule au pot;
Mais c'est trop de bravades.
Henri Quatre fut un dindon, La faridon daine, la faridondon.
D'avoir fait son mérite ainsi,
Biribi, A la façon de Barbari, Mon ami.
Toi, surnommé l'Homme de Gand,
Tu restes en arrière, El malgré ton rare talent,
Que fat ton ministère?
Sans posséder un ducaton, La faridondainc, la faridondon.
Crois-tu pouvoir être chéri,
Biribi, A la façon de Barbari, Mon ami?
Admire ton prédécesseur :
Thiers fut pétri d'adresse ; Moins que toi sublime orateur,
Il eut plus de finesse.
Par la forlificalion, La faridondaine, la faridondon, Il devint Crésus à Paris,
Biribi, A la façon de Barbari, Mon ami.
Comprends que tout heur est pour moi,
Et plus je thésaurise, Plus je suis sur de rester roi.
Quoi qu'on fasse et qu'on dise.
Gaizol, tremblant comme un poltron, l^a faridondaine, 'la faridondon, Dit : l'heur est de filer d'ici.
Biribi, A la façon de Barbari, Mon îuiii.
Hélas ! peuples, n'imitez plus
Ces batraciens d'Ésope, Et proclamez, par vos vertus,
Hia'ruLiQUF, e.\ Europf.
Naîtrait-il un yap'Aéon, La faridondaine, la faridondon,
Qu'à présent il dût être honni,
Biribi, A la façon de Barbari,
Mon ami.
Le docteur-chansonnier Le Boullenger(d'Yvetot) était encore, il y a quelques années, chirurgienmajor dans nos troupes de Cochinchine.