GUSTAVE MATHIEU
Gustave Mathieu est né à Nevers, si nous nous en rapportons à ce qu'il dit sur sa naissance en terminant son poème-fanfare, intitulé : Monsieur G audéru :
C'est le sieur Mathieu, bourgeois de Nevers, Né vingt ans après l'autre République, Qui de la Fanfare a dicté les vers...
Ce même Mathieu l'a mise en musique.
Gustave Mathieu était un artiste de pure race ; sous le poète, il y avait un homme. Inspiré, comme Pierre Dupont, par la muse idyllique, il fait ses amours de la nature en fleurs. Les grands bois, la prairie, la campagne rose, blanche et verte, comme il le dit lui-même, ont pour lui un attrait irrésistible; aussi a-t-il donné à son œuvre poétique le titre de : Parfums, chants et couleurs.
Gustave Mathieu était un poète qui aimait, au printemps, à s'échapper de Paris pour aller respirer les haleines fraîches et vivifiantes de la forêt de
Fontainebleau; c'était sous ses ombrages qu'il goûtait le véritable bonheur de vivre; mais comme il y avait en lui deux hommes : l'homme des champs et l'homme de la ville, il revenait à son bien-aimé Montmartre, où il demeurait, à la chute des dernières feuilles d'automne. Alors, la politique hantait son cerveau. Le républicain convaincu rentrait en scène au milieu de tous ses amis. En pouvait-il être autrement, après avoir dit, en partant, au mois de mai : Au revoir à Paris en ces termes :
Adieu! clair flambeau de l'Humanilé, Paris fraternel, vieux Paris qu'on aime! Oh ! mais ce n'est pas un adieu suprême : On a beau le fuir, on revient quand même Au foyer sacré de la liberté.
Au revoir, Paris, vieux Paris qu'on aime!
11 reprenait ses habitudes hivernales en retrouvant ses camarades. Il était causeur et bien ancré dans ses opinions, en véritable ancien marin qu'il était. Il avait tenu la mer pendant plusieurs années de sa jeunesse et il parlait de ses voyages avec plaisir. Il avait conservé un peu la marche d'un marin à terre, le plancher des vaches ne l'avait pas débarrassé de l'allure que provoque le roulis du pont d'un navire. Il était vif, actif, remuant et mettait beaucoup de feu dans sa conversation. Qu'il parlât poésie ou politique, il y mettait la même ardour. Il était de taille moyenne et portait son feutre sur l'oreille, ce qui. avec sa l)arbe en pointe, lui donnait un faux air de mousquetaire en civil. Dans la saison printaniiière,il avait toujours un bouquet de violettes à la boutonnière gauche de son habit.
Mathieu et son bouquet de violettes étaient connus de tous les habitués du café de Madrid, boulevard Montmartre, où il faisait de fréquentes apparitions.
M. Francisque Sarcey, dans un article sur notre chansonnier, dit: « Gustave Mathieu était un poète républicain, et je me souviens qu'en 48 nous chantions à l'école quelques-unes de ses chansons en rhonneur de la jeunesse, de la liberté et de la démocratie.
<( Son image, en ce temps-là, ne se distinguait pas très nettement, pour moi ni pour bien d'autres sans doute, de celle de Pierre Dupont, qui était non pas seulement le chantre des grands bœufs, mais encore de la République des paysans. Ce n'est même pas sans surprise que j'ai retrouvé dans le volume qui m'a été envoyé par M. Mariéton la jolie chanson de Jean Raisin : ♦
« Sous une vieille écorce grise Jean Raisin a passé l'hiver.
Il est en fleur, le voilà vert; Jean Raisin ne craint plus la bise!...
Il est jouflu, blanc et vermeil ; Le voilà vin ; toute sa force Ruisselant de sa fine écorce, S'échappe en rayon de soleil.
« Cette chanson, que nous chantions à pleine voix dans les cours de l'Ecole normale, m'était restée comme une composition de Pierre Dupont. »
« Plus tard quand je suis revenu à Paris pour y faire du journalisme, j'ai beaucoup entendu parler de Gustave Mathieu, qui était, le poète attitré de quelques-uns des Rats morts de cette époque. »
« Mon ami Laurier, qui était familier avec toutes les excentricités parisiennes, le connaissait beaucoup et m'en parlait quelquefois. Mais il ne savait de ses vers que ceux que le poète récitait dans les cafés, entre deux bocks; et ce n'étaient pas les meilleurs, car, en IbGO, le poète avait pris position, il s'était voué à la politique et toutes les pièces qu'il composait affectaient des allures de Marseillaise !
« Gustave Mathieu est un de ceux (et il y en a plus qu'on ne pense), que la politique a perdus ou tout au moins dévoyés. Personne nç fut jamais moins fait que lui pour le dithyrambe patriotique, démocratique ou guerrier, La fée qui l'avait doué à son berceau y avait déposé un joli chalumeau champêtre à six trous : son tort fut de vouloir en tirer des accents de trompette. »
Et le fameux critique termtne son article par ces lignes : « Eh oui! il aurait dû ne chanter que l'amour et la nature. Pourquoi diantre a-t-il voulu être un poète politique? Il y a gagné, cela est vrai, une popularité parmi les brocs de bière et les verres d'absinthe des habitués d'estaminet. Mais toute cette partie de son œuvre a péri sans retour, et il n'en restera que quelques jolies pièces dignes d'êtres mises à côté des plus fraîches poésies du seizième siècle. »
N'en déplaise à M. Francisque Sarcey, nous dirons franchement que nous ne sommes pas de son avis; car nous trouvons fort belles les chansons politiques de Gustave Mathieu; cela ne veut pas dire que nous ne trouvons pas admirables la Blonde Cendérinette et le Chant des Yoliers. Du reste, ce
n'est pas la première fois que M. Sarcey repousse la chanson politique. Dans une de ses conférences du boulevard des Capucines, il a eu le même sentiment pour les chansons politiques d'un autre poète, qui, comme Mathieu, faisait de ses couplets une arme pour combattre le despotisme ou chanter la liberté. La chanson, pour lui, paraît être une bonne fille, soumise, docile et rieuse, qui ne doit pas se permettre d'être ferme, brave et agressive quand l'occasion se présente. Que serait Béranger si sa muse ne s'était pas mêlée de la politique de son temps?
La chanson a souvent raison de se mêler des choses qui, pour certains, ne la regardent pas. Elle est propre à tout. Et, parfois, le coup d'épingle qu'elle donne à un endroit sensible blesse davantage qu'un coup d'épée donné par un maladroit, qui n'a ni son esprit d'à-propos, ni son ironie sanglante.
Est-ce que les chansons suivantes n'ont pas un véritable mérite? La patrie en danger; le Chant Gaulois; Monsieur Capital; Liberté, Egalité, Fraternité; la République universelle ; le Plébiscite ; Sauvons la République. Ces chansons ne prouvent pas seulement le talent de l'auteur mais son courage.
Ecoutez donc ce chant daté de 1852, intitulé : Liberté, Egalité, Fraternité.