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GALLET

Gallet est né au mois d'octobre 1698, rue de la Truanderie, d'un petit épicier-droguiste. Il gamina dans Paris avec tous les polissons de son quartier, car il était rebelle au moindre travail, à la moindre

étude, et, malgré cela, on lui reconnaissait beaucoup de cœur et infiniment d'esprit.

Quand son père mourut, en 1720, notre jeune poète ne s'occupa pas de conserver ou d'augmenter l'héritage paternel. N'ayant jamais eu de goût pour le commerce de l'épicerie, il ouvrit la maison de son père à ses amis poètes: Piron, Collé, Crébillon fils et Panard.

Si nous nous en rapportons à l'histoire, nous pouvons dire que la véritable fondation du Caveau fut là^ dans cette boutique de denrées coloniales, rue de la Truanderie. Ces premières réunions d'amis se firent pour rire, causer, boire et chanter des chansons amoureuses ou bachiques.

Gallet n'employa sa vie qu'à deux choses, à manger le bien qu'il tenait de son père et à composer des chansons grivoises.

Quelquefois le père Crébillon — Crébillon le Terrible — comme on le surnommait à cause de la noirceur tragique de ses pièces, venait aux agapes fraternelles de la rue de la Truanderie; alors c'était une soirée complète. Disons, en passant, que ce Crébillon, dont le joli buste figure si bien à la Comédie-Française, était un colosse sale comme un peigne et ayant conliuuellement la pipe à la bouche, mais grand mangeur et excellent convive. Le vieux censeur royal savait mettre son âge mûr au niveau de la folle jeunesse de Gallet et de Charles Collé, qui, à ce moment, avaient un peu plus de vingt ans, l'un l'autre.

La mère de Gallet allait se coucher de bonne heure, et à peine avait-elle quitté la table que les folies et les chants commençaient.

Gallet, aussitôt la porte de la salle à manger fermée derrière la vieille femme, se levait et entonnait à pleine voix, par exemple :

Si pour embellir le monde,

Jupiter m'eût consulté,

Dans les lieux où coule l'onde.

Le vin seul eût existé.

La terre eût été sa treille,

Et la mer son réservoir,

Et pour le inettre en bouteille,

J'aurais servi d'entonnoir.

Chacun disait une ou plusieurs chansons en buvant force rasades et c'était fort avant dans la nuit que les convives se séparaient.

Inutile de dire qi^e les affaires commerciales de notre épicier-chansonnier se ressentirent énormément de son amour pour la poésie lyrique. Les créanciers ne tardèrent pas à perdre leur confiance dans la solvabilité de notre philosophe et tombèrent tous ensemble sur le magasin de la rue de la Truanderie.

Gallet n'en conserva pas moins sagaité et sa manière de vivre jusqu'à son dernier soupir. A ce propos, nous croyons intéressant de citer un fragment des mémoires de Marmontel, où Gallet est peint de main de maître :

« Ce vaurien (Gallet) était un original assez curieux à connaître. C'était un marchand épicier qui, plus assidu au théâtre de la foire qu'à sa boutique, s'était déjà ruiné lorsque je le connus. Il était hydropique, et n'en buvait pas moins et n'en était pas moins joyeux ; aussi peu soucieux de la mort que soigneux de la vie, et tel qu'enfin dans la misère,

dans la captivité, sur un lit de douleur, et presque à l'agonie, il ne cessa de faire un jeu de tout cela. » Après sa banqueroute, réfugié au Temple, lieu de franchise alors pour les débiteurs insolvables, comme il y recevait tous les jours des mémoires de créanciers : Me voilà, disait-il, logé au Temple des Mémoires.

» Quand son hydropisie fut sur le point de l'étouffer, le vicaire du Temple étant venu lui administrer l'extreme-onction : « Ah! monsieur l'abbé, lui dit-il, vous venez me graisser les bottes; cela est inutile, car je m'en vais par eau. » Le même jour, il écrivit à son ami Collé, et en lui souhaitant la bonne année par des couplets sur l'air : Accompagné de plusieurs autres. Ce fut sa dernière gaîté :

Du premier mois de janvier

Je me ris comme du dernier;

Que la politique aille aifx piautres!

Dans mon répertoire j'ai mis

Qu'on trouve peu de vrais amis

Accompagnés de plusieurs autres.

Ce petit couplet de chansons Est un compliment sans façon A Collé le meilleur des nôli'es.

C'est prou pour moi, pauvre animal, Prêt à succomber sous un mal Accompagné de plusieurs autres.

De ces couplets soyez content :

Je vous en ferais bien autant, Et plus qu'on ne compte d'apôtres; Mais, cher Collé, voici l'instant Où certain fossoyeur m'attend, Accompagné de plusieurs autres.

Voila un chansonnier qui a une humeur peu commune et une façon originale et gaie d'envisager les choses de la vie.

Marmontel ayant rencontré Panard, après la mort de son ami Gallet : « Ah ! Monsieur, lui dit le chansonnier fort ému, un ami de trente ans, avec qui je passais ma vie ! . . .

» Vous savez qu'il est mort au Temple ? J'y suis allé pleurer et gémir sur sa tombe. Quelle tombe !

» Ah ! monsieur, ils me l'ont mis sous une gouttière, lui qui, depuis l'âge de raison, n'avait pas bu un verre d'eau ! »

Pour faire encore mieux connaître Gallet, je cite sa chanson intitulée :

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