‹ Chansons et chansonniersChapitre 46 sur 68 · SPEECH · texte numérisé non relu

SPEECH

Le peuple anglais, de l'Angleterre, Il était le premier de tous ; En vain le France aura beau faire, 11 restera bien loin de nous.

Nous sommes graves constamment, Chez les Français, c'est différent...

{Parlé) : Oh! les PVançais, ils ne connaissaient bien qu'une chaose :

C'était le polka, (bis) Tojor le polka.

En Frince, C'était par trop de dinse!...

Tojor le polka, Ou le mazourka Vo ne les sortirez jémais de là.

(Parlé) : No!...

Loin de traiter à la légère.

L'amour, cet sentiment sérieux, Nous en fesons un grave affaire Un et un, por no, c'était deux :

Vo, Français, lorsque plein d'ardeur, Vo faisez votre joli cœur...

(Parlé) : Qu'est-ce que vo faisez alors?... Ohl ce lai l pas difficile... tenez...

{Il prend une pose de danseur) Tojor le polka (bis) En Frince, C'était par trop de dinse.

Tojor le polka, Ou le mazourka, Vo ne les sortirez jémais de là.

(Parlé) : No!...

Quand il volait faire le guerre, Plus calme et froid que vo, Français, Le piple anglais de l'Angleterre Ne pressait lui, jémais, jémais :

Vo, vo tombez comme un éclat D'obus... et pendant le combat...

[Il prend la position d'un troupier qui croise la baïonnette)

Tojor le polka (bis) En Frincc, C'était par trop de dinse.

Tojor le polka, Ou le mazourka, Vo ne les sorth'ez j écriais de là.

(Parlé) : No!...

J'ai commencé pour l'Angleterre, Mon petit speech sur les Français, Mais je savais plus comment faire, Pour en sortir avec succès, Comme vo, moi, je n'avais pas, Pour me tirer d'embarras.

(Parlé) : Vo comprenez, je n'avais pas... (Il prend une pose)

Tojor le polka (bis) En Frince, C'était par trop de dinse. Tojor le polka, Ou le mazourka, Vous ne les sortirez jémais de là.

{Parlé) : No! ..

On comprendra par la citation que nous venons de faire que pour l'interprétation des chansons de Bourget, il fallait des artistes exceptionnels et de talent.

Ces petits ouvrages lyriques n'étaient pas alors

soumis aux droits d'auteurs, c'est-à-dire qu'il n'y avait pas de perception organisée pour les œuvres des chansonniers.

Uu verre d'eau sucrée fut la cause de la fondation de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, qui aujourdhui perçoit dans les théâtres, dans les cafés-concerts et autres étahlissements où l'on chante et où l'on fait de la musique, des droits d'auteurs pour les chansonniers, les musiciens et les éditeurs de musique.

Voici comment : un soir, en 1850, qu'Ernest Bourget se promenait aux Champs-Elysées, il entendit un de ses refrains exécuté par l'orchestre du café des Ambassadeurs. La curiosité le prenant, il s'approcha de l'établissement et prêta l'oreille. — « Circulez, lui dit une voix. La musique ici n'est faite que pour les consommateurs. » — La personne qui parlait ainsi était le sieur Morel, directeur du café chantant,

Bourget, d'un regard, toisa son interlocuteur et, sans exprimer l'idée qui venait de lui germer en tête, il entra dans le périmètre du café, où il y avait un grand nombre de personnes assises sur des chaises, devant des petites tables, fumant et buvant, en écoutant les artistes placés sur une espèce de scène dramatique, mais sans rideau et sans décors.

Bourget alla se placer à une table non loin de l'orchestre et demanda un verre d'eau sucrée. Il prit un carnet dans sa poche et nota toutes les chansons qui furent chantées dans la soirée.

La représentation tirant à sa fin, il appela le garçon qui l'avait servi. Le garçon vint.

CHANSONNIERS CONTEMPORAINS — I8i8-1889 271

— Combien ce verre d'eau sucrée? demanda notre chansonnier?

— Cinquante centimes, monsieur.

— Vous avez donc augmenté le prix de vos consommations ?

— Je ne peux pas vous dire.

— ■ Faites venir votre patron, je vous prie.

Le garçon alla sans doute dire à M. Morel qu'un consommateur refusait de payer, car celui-ci arriva aussitôt.

— Monsieur, lui dit Bourget, veuillez me dire pourquoi vous vendez cinquante centimes un verre d'eau sucrée au lieu de quarante centimes, comme cela a lieu partout.

— Il faut bien que je paie mes artistes, répondit M. Morel.

— Et les auteurs, les payez-vous?

— Les auteurs! ça ne me regarde pas. Et je voudrais bien savoir quelles prétentions ils peuvent avoir sur des chansonnettes qui appartiennent à tout le monde, une fois publiées.

— Chaque auteur est propriétaire de ses œuvres cependant.

— Elles sont jolies les œuvres!

— Alors, pourquoi les prenez- vous?

— Parce que j'amuse mon public avec.

— C'est tout ce que je voulais savoir, monsieur. Bourget paya cinquante centimes son verre d'eau

sucrée au garçon et s'en alla.

Le lendemain, il envoyait un acte d'interdiction de chanter ses chansons, à M. Morel.

Le sieur Morel passa outre ; il y eut un nouveau procès que Bourget gagna.

Notre chansonnier prévint alors les douze ou quinze auteurs qui avaient été sur le programme de Morel, parmi lesquels étaient : Plantade, Parizot, Tourte, de Courcy, Paul Ilenrion, Colombier, etc., et on décida de former immédiatement une société pour la perception des droits d'auteur.

En effet, le 28 février 1851, fut formée une société civile sous le nom de : Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de musique. L'acte fut passé, à Paris, devant M^ Halphen, notaire, et son collègue.

L'objet de cette société est :

• lo La défense mutuelle des Auteurs et Compositeurs de musique, soit concurremment avec leurs Éditeurs, soit sans le concours de ces derniers, vis-à-vis des entrepreneurs d'établissements publics qui exécutent les œuvres littéraires ou musicales, avec ou sans les paroles originales, tels que : théâtres, concerts, cales-chantants et tous autres établissements exploitant les productions littéraires et musicales autres que les pièces de théâtre ;

2'> La perception des droits des auteurs et des compositeurs, vis-à-vis des susdits établissements, à Paris, dans les départements et à létranger, et la mise en commun d'une partie seulement de ces droits.

Dans les premières années, cette société eut son siège social rue Sainte-Anne, G3. Elle entama un grand nombre de procès; mais elle les gagna tous, s'appuyant sur la loi de 1791 et sur l'article 428 du Code pénal.

La première année, elle perçut 4,000 francs de

droits d'auteurs, et en 1888, ses recettes montèrent à plus à\in million.

Elle a plus de 1,200 membres : son siège est Faubourg-Montmartre, 17. Elle est régie par un syndicat qui a sous ses ordres un agent général.

Avec la Société des auteurs di'amatiques , des gens de lettres, la, Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique est une des trois grandes sociétés civiles qui perçoivent pour les auteurs.

Ernest Bourget est mort à Champagne (Seineet-Marne), le 3 octobre 1864.

Page 1